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 | CIARAN Carson | | Le thé au trèfle | | Titre original : Shamrok Tea | [31] Actes Sud
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323 pages - 23 € ISBN 10: 267427-4799-0
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| Texte | Iconographie | Pertinence | Objet | Informatif/Intéressant
Pagination > 450 p.
Historicisant
Universitaire
Appareil critique
| Cartes
Dessins / Croquis
Photos / Reproductions
Quadrichromie
Griffe originale
| Concision
Cohérence
Esprit / Génie
Pluridisciplinaire
Sujet original
| Cartonné / Relié
Grand format
Papier spécial
Maquette / Typographie
Autres / Cachet
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Un roman étonnant, dans les méandres de l'esprit et le spectre des couleurs : le lecteur commence, déconcerté par ce monde irréel où se mêlent faits et fantasmagories, un voyage pour initiés que seuls permettent un breuvage au thé et le tableau d'un maître… L'histoire
Un enfant de Belfast, Carson, parle de lui, de son oncle Célestin, et de sa troublante cousine. C'est avant tout l'histoire d'un gamin qui a des dons de télékinésie, au destin lié à Maeterlinck, camarade de pensionnat, et à Bérénice, sa cousine, eux aussi dotés des mêmes pouvoirs… Ces trois enfants, jaune, bleu et vert, ont été programmés pour remplir une mission. Pour cela, il leur faudra voyager dans le temps grâce à une potion : le thé au trèfle, et grâce aussi à une porte : le tableau de Jan van Eyck.
Il s'agit donc d'une histoire fantastique où les mômes ont le don de la vision, ils peuvent léviter et même se déplacer dans le temps. C'est aussi une hagiographie, et bien plus encore : c'est une histoire de dimensions parallèles où le narrateur, à la suite d'un voyage temporel, se retrouve parachuté dans un ailleurs, une sorte de miroir déformant du lieu d'où il vient, ni tout à fait le même, ni tout à fait un autre. Rien ne se crée, tout se transforme.
La Mosaïque
Thé au trèfle n'est pas un roman linéaire, il ne suit aucune chronologie ni ne décrit une intrigue se déroulant au long des chapitres… Et pourtant, le roman a son unité : c'est un livre à tiroirs, où chaque histoire amène une autre et ainsi de suite presque à l'infini… On croit alors se perdre, mais les fils lancés se croisent fatalement, sans cesse même : les histoires ne divergent finalement que pour mieux converger, et l'auteur sait très bien où il entend mener le lecteur, de sorte que la première histoire n'est finalement pas si éloignée de la dernière. Car tout se répond : les correspondances sont multiples, et les anecdotes, histoires de saints, de personnes réelles ou imaginaires qui se rencontrent et se croisent, ne sont jamais anodines et forment un tout.
En fait, le roman ressemble à notre esprit lorsqu'il forme nos pensées qui filent sans sens apparemment. Mais seulement en apparence, puisqu'il y en toujours un sens… Comme le dit le père Brown, personnage féru de Sherlock Holmes, « derrière toute histoire se cache une autre histoire et, pour vous raconter la vie de Wittgenstein, j'ai dû dévier de mon sujet à plusieurs reprises. Ma mémoire elle-même m'y a contraint, la mémoire que Saint Augustin compare à un vaste champ, à des champs, à un immense palais ou, encore à de vastes entrepôts où sont remisées des images sans nombre (p.176) ».
De la couleur avant toute chose
C'est donc un livre kaléidoscopique, au style simple mais ciselé sur les descriptions, avec un vocabulaire recherché, un livre aux chapitres colorés et aux facettes multiples. Car c'est aussi de couleur qu'il s'agit : chaque chapitre a une couleur pour titre, ou un mot qui s'y rapporte, comme émeraude, café, noir corbeau, ou incarnat. Et chacun se teinte d'une nuance précise, qui à la fin de l'ouvrage, réunissant tous les chapitres réunis, forment le spectre des couleurs… En effet, ce n'est qu'à la fin qu'on voit comment tout se répond, la fin devient commencement du livre, et vice-versa : la fin révèle l'ensemble du puzzle dont les morceaux accumulés au cours des chapitres successifs s'emboîtent et reconstitue le roman comme un tout. La boucle est bouclée.
La construction du livre pourrait se comparer à l'agencement de l'institution dirigée par le père Brown où évolue le protagoniste : « les couloirs étaient pleins de paliers inattendus, les cages d'escaliers de courbes et de tournants. Les pièces se télescopaient. Des alcôves débouchaient sur des pièces annexes (p.131) ». On n'entre donc pas dans pareil livre comme on plonge dans un roman ordinaire. Difficile dès les premières lignes, il le reste durant les premiers chapitres, sans qu'on comprenne de quoi il retourne.
Les indices ont pourtant semés au long du récit, mais ils ne suffisent pas. Des indices, point de contact entre les différents fuseaux du livre, les chapitres sont scandés par la couleur, car il s'agit de peinture : « mettre l'accent sur les couleurs : Terre de Sienne, Bleu de Prusse, Héliotrope, etc, dans leur rapport avec des détails historiques & hagiographique (p.188) ». Et plus précisément d'un peintre : Jan can Eyck… Et si l'on rétrécit l'iris encore, il s'agit de son tableau, Les époux Arnolfini.
Le trèfle : monde du double
Les jours, eux, sont scandés par des références bibliques, et ce n'est alors plus de peinture dont il est question, mais de religion et de catholicisme. Les jours de tel événement est nécessairement corroboré par la vie du saint dont c'est le jour… Et s'il fallait ne retenir qu'un saint, ce serait Sainte Dympna, patronne des fous. Car la folie est en filigrane : histoire de personnes qui s'oublient, des moments d'absences, avant de revenir à elles et de réintégrer leur moi, après de véritables dédoublement de personnalité, de vision et de perte de connaissance.
L'histoire elle-même se termine à Gheel, cité où cohabitent fous et saints d'esprit, sans frontières entre les deux mondes. Car le narrateur dans cette ville, est-il fou ? Son histoire est-elle un délire, une hallucination schizophrénique ? Ou bien est-il vraiment saint d'esprit, avec une histoire autant véridique que fantastique ?
Et si l'on ne devait retenir qu'une seule couleur, ce serait le vert, la couleur des fous : vert comme le trèfle, symbole de l'Irlande et patrie du narrateur, vert comme le trèfle ingrédient de ce fameux breuvage qu'est le thé au trèfle, drogue hallucinogène qui ouvre le troisième œil pour que l'esprit voie l'invisible : « Thé au trèfle, grâce auquel on voit le monde tel qu'il est_ c'est-à-dire infini. (p. 242) »… Car le thé au trèfle permet de franchir les barrières du temps, par l'intermédiaire d'un tableau, tableau magique et vase communicant que seuls les initiés peuvent emprunter. Et le vert, c'est aussi Bérénice, comme mélange des deux couleurs primaires que sont le jaune du narrateur et le bleu de Maeterlinck…
Un livre fou ! Et plein de surprises… A découvrir. Delphine LEGUERINAIS © 2004-2007 - Les Beaux Esprits Se Rencontrent (LBESR) : Archivé édition N°5 : 01.VIII.04 * * *
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