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 | SCARBOROUGH Dorothy | | Le Vent | | Titre original : The Wind | [15] Interférences
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315 pages - 25 € ISBN 10: 2-909589-09-9
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| Texte | Iconographie | Pertinence | Objet | Informatif/Intéressant
Pagination > 450 p.
Historicisant
Universitaire
Appareil critique
| Cartes
Dessins / Croquis
Photos / Reproductions
Quadrichromie
Griffe originale
| Concision
Cohérence
Esprit / Génie
Pluridisciplinaire
Sujet original
| Cartonné / Relié
Grand format
Papier spécial
Maquette / Typographie
Autres / Cachet
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Début XXe siècle : une jeune bourgeoise passe du confort aristocratique de sa Virginie natale à la dure vie des cow-boys texans. Cette plume fine et observatrice qui décrit l'évolution de l'héroïne livrée à elle-même, sans recours et sans défense face à la force et aux hurlements du vent… Dorothy Scarborough ( 1878 - 1935 ) occupe une place à part dans la littérature américaine : d'abord excellent écrivain, ensuite femme dans un milieu encore dominé par les confrères masculins, et enfin professeur de littérature à l'Université de Columbia où elle influença sans doute des vocations comme celle de Carson McCullers. La préface du livre développe quelques éléments de sa vie avec des précisions sur le destin de ses écrits.
Au milieu de nulle part…
La longue et agonisante maladie de sa mère, couplée à un dénuement financier, obligent la jeune Letty (Letitia) Mason à trouver refuge chez le seul homme de famille pouvant encore s'occuper d'elle : son cousin Bev ( Beverley ). Celui-ci avait quitté la verdoyante Virginie presque dix ans auparavant pour le Texas, où il avait chu et était devenu éleveur de bétail, dans une bourgade répondant au joli nom de Sweetwater. Pleine d'illusions et des souvenirs d'un cousin charmant, Letty entreprend le long voyage en train, à bord duquel un homme riche, espiègle et séduisant, lui raconte sans détours et avec malin plaisir combien cette contrée est déshéritée et l'existence rude. Et il précise combien les vents, Norther et cyclones, la ravagent et éprouvent les nerfs des femmes…
Naturellement, Sweetwater désigne tout ce que le lieu n'est pas : champs arides à perte de vue et horizons sans repères. Les hommes mènent une vie dure également, mais au moins ils peuvent sortir et se dépayser au galop, là où les femmes sont confinées à l'intérieur pour s'occuper des enfants et des tâches ménagères. Letty, qui a de l'éducation, une grande sensibilité et des rêves de prince charmant, tombe ainsi dans un monde fruste sans occupations sociales ou intellectuelles… Elle ne s'en offusque pas ni ne montre aucune distance, mais de là à accepter proposition de mariage, que sa jeune beauté ne manque pas de susciter, il y a tout un monde comme on dit…
Comme l'indique le titre, ce que la préface explique plus en détails, le roman est entièrement sous le sceau du vent, dont l'emprise progresse au long des chapitres, jusqu'à la fin magistrale. Entre temps, le quotidien occupe, et harasse non sans charme, à l'image de ces multiples descriptions de l'Homme en osmose avec la nature : « c'est comme ça que ça marche. Quand il y a trop de bétail qui grouille, les animaux sont capables de foncer droit devant eux et de se jeter du haut d'une falaise, ou de courir jusqu'à en crever. Pour les calmer, il faut chanter. Les cow-boys connaissent des tas de mélodies pour ça (p.236) ». Les comportements des animaux sont si bien décrits que plusieurs passages et dialogues soulignent la ressemblance avec les humeurs humaines.
Un Roman abouti
C'est que Le Vent fourmille de détails et témoigne d'une sensibilité toute féminine : « le jour suivant, il y avait dans les yeux et le sourire de Cora un air de mystère propre à intriguer son entourage. D'une manière toute féminine, elle couvait son secret, le faisant miroiter dans chacun de ses gestes, le caressant malicieusement du regard sous ses cils baissés, le flattant de chacune des inflexions de sa voix. La moue de ses lèvres charmantes, le frémissement de ses fossettes, tout indiquait un secret qu'elle pourrait révéler si elle le voulait. Mais pas question ! On voyait qu'elle tenait à ce que tout le monde sache qu'elle cachait quelque chose, mais qu'elle ne vendrait pas la mèche (p.135) ».
Les caractères et pensées des psychologies paysannes, hommes comme femmes, sont finement exposés par leurs gestes et échanges. Susceptibilités et sentiments sont souvent au cœur des chapitres, engendrant griefs et malentendus lesquels, à leur tour, nourrissent la tragédie humaine que les rigueurs du climat viennent exacerber. On pourra ainsi comparer l'amour de Cora pour Bev son mari (p.122) et la jalousie de celle-ci à l'encontre de Betty, qui ne sait plus à quel saint vouer sa détresse… De son côté, si Betty est consciente de son manque d'expérience et de son impuissance à affronter le destin et les personnalités plus fortes que la sienne, elle apparaît très sûre d'elle-même quand il s'agit de refuser poliment et avec tact les déclarations enflammées de proposition de mariage : elle n'est pas amoureuse, et ne peut donc se marier… De la même manière, le glissement d'une âme gentille et généreuse vers un égoïsme relatif au bord de la crise de nerf, est décrit avec grande psychologie.
La plume de Scarborough est riche dans ses palettes descriptive et stylistique : agréables, sensibles avec une justesse des mots, et ce sans fioritures. Texane d'origine, on sent que l'auteur porta longtemps cette histoire en elle avant que 'les mots pour le dire viennent aisément… Histoire humaine donc, mais ce roman est aussi le témoignage romancé d'une réalité historique et climatique : allier l'histoire à la littérature et la restituer comme si on y était est preuve de génie littéraire. Philippe Cesse © 2004-2007 - Les Beaux Esprits Se Rencontrent (LBESR) : Archivé édition N°13 : 11.XII.04 * * *
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