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 | CUTLER Alan | | La Montagne et le Coquillage | | Titre original : The Seashell on the Mountaintop | [31] Jean-Claude Lattès
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285 pages - 19 € ISBN 10: 2-7096-2280-7
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| Texte | Iconographie | Pertinence | Objet | Informatif/Intéressant
Pagination > 450 p.
Historicisant
Universitaire
Appareil critique
| Cartes
Dessins / Croquis
Photos / Reproductions
Quadrichromie
Griffe originale
| Concision
Cohérence
Esprit / Génie
Pluridisciplinaire
Sujet original
| Cartonné / Relié
Grand format
Papier spécial
Maquette / Typographie
Autres / Cachet
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Biographie rigoureuse de Niels Stensen, alias Nicholas Sténon, père de la géologie. Son traité révolutionnaire De solido intra solidum naturaliter contento expliqua les dents incluses dans la pierre des montagnes : chaque couche géologique représentait à une époque du passé… Comme beaucoup de géologues depuis plus de trois siècles, Alan Cutler fut séduit par la pensée et la personne de Nicolas Sténon né en 1638 au Danemark sous le nom de Niels Stensen ( voir aussi le livre de Jacques Berg ). Son ouvrage, écrit dans une langue limpide et rigoureuse, c'est un document plaisant à lire et à relire. Il rend habilement compte de ces deux aspects de la grandeur spirituelle et morale de Sténon, tout en rappelant qu'il fut un chercheur humble et sincère, capable d'amitié, d'enthousiasme et d'ouverture au monde. Mais, deux ans après s'être lancé dans cette aventure intellectuelle, Sténon y renonça pour se faire prêtre et quitta la cour ducale pour des logis plus modestes. Son existence brillamment commencée se termina ainsi dans une pauvreté librement choisie.
Ces deux composantes, splendeur et misère, étaient déjà présentes chez le jeune étudiant qu'il fut à Copenhague. En son esprit fertile cohabitaient déjà à cette période la volonté de tout comprendre par l'observation directe et une grande faculté d'écoute des savants discours de ses condisciples et maîtres. Plus que les mathématiques aux débouchés incertains, il s'orienta vers la médecine, mais non sans s'instruire dans mille autres domaines. Il se distingua comme anatomiste, découvrant tout d'abord les conduits acheminant la salive et, par la suite, les glandes lacrymales.
STENON : Père de la Géologie
Il fut bien reçu à Paris malgré sa réfutation des écrits de Descartes sur la glande pinéale. Il tint surtout à se rendre à Florence où vivaient encore plusieurs compagnons de l'astronome Galilée, dont le médecin ducal Francesco Redi. Mais c'est à Sténon, en tant qu'invité, que le duc demanda de disséquer la tête du fameux requin. Les dents de cet animal sont fort semblables aux fossiles appelés glossopetrae ( langues de pierre ) comme l'avaient timidement suggéré dans l'indifférence générale Guillaume Rondelet en 1554 et Fabio Colonna en 1616. En ce temps-là en effet, l'opinion des autorités était que le monde avait moins de six mille ans ( le monde aurait été crée en -4004 ), et que l'Homme l'habita quelques jours après.
Sténon se concentra pendant deux ans sur la difficulté majeure de la géologie naissante : comment les sédiments marins avaient-ils pu se transformer en ces dures roches qui constituent les montagnes ? Y répondre était rendre plausible la nature animale et l'extraordinaire ancienneté des fossiles. Aller sur le terrain, descendre dans les mines, examiner les pierres des maisons, telle fut la méthode suivie. C'est à la cour ducale de Florence, en l'an 1666, qu'il eut l'intuition fondatrice de comparer les dents d'un requin récemment pêché en Méditerranée avec des dents fossiles jusque-là considérées comme un caprice de la nature. La fondation de la géologie comme science à part entière fut donc un acte révolutionnaire.
Au-delà de l'anecdote, il résulta que les couches du sous-sol constituaient une véritable bibliothèque, accumulant des témoignages portant sur des millions de siècles. En 1668, le duc de Toscane lui permit d'ouvrir une grosse perle : Sténon trouva en son centre un grain de sable enveloppé d'innombrables couches concentriques. Sa vision de l'écorce terrestre comme superposition de strates se formant alors avec précision, il rédigea l'ouvrage De solido où il établit une distinction fondamentale entre les solides issus d'êtres vivants à la structure nécessairement complexe, et les autres minéraux qui se forment par simple accumulation.
Il donna surtout les principes de formation des strates successives, grâce auxquelles on déchiffre le sous-sol comme un livre. Etant lui-même anatomiste, Sténon construisit donc une « anatomie de la Terre » avec pour principe de base que chaque couche du sous-sol correspondait à une époque du passé, se suivant comme les pages et chapitres d'un livre dont les fossiles seraient les personnages. La géologie prit en effet racine dans son traité De solido intra solidum naturaliter contento.
Les Tribulations d'un Danois en Europe
Le roi du Danemark, mis au courant des immenses talents de son jeune sujet, lui demanda de rentrer au pays : Sténon était d'autant plus réticent qu'il venait de se convertir au catholicisme, alors explicitement interdit au Danemark. Mais son ouvrage attendit longtemps son imprimatur, bien que les re-lecteurs lui étaient d'emblée favorables. Sous couvert de se mettre en route pour le Danemark, Sténon voyagea beaucoup. En 1670 à Amsterdam, apprenant la mort du roi, il reprit le chemin de la Toscane, pendant que les académiciens de la Royal Society débattaient de son ouvrage et les érudits protestants, de sa conversion.
Sténon tenta de progresser en géologie comme en théologie, mais le duc mourut et son fils encouragea moins les sciences. Il s'en retourna donc à Copenhague, où ses conférences d'anatomie louaient à présent le Créateur. Les Danois se montrant peu enthousiastes, il retourna à Florence : en 1677, les autorités catholiques firent de lui un évêque missionnaire en terre protestante. Cette dernière mission qui lui permit de rencontrer Leibniz et d'autres érudits d'Europe du Nord, ne fit cependant que l'affaiblir de jour en jour… Il mourut en 1686, mais ses idées de géologue furent reprises par d'innombrables naturalistes, tandis que sa vertueuse carrière d'évêque in partibus conduisit le Vatican à le béatifier en 1988… Jean-Baptiste BERTHELIN © 2004-2007 - Les Beaux Esprits Se Rencontrent (LBESR) : Archivé édition N°25 : 15.III.06 * * *
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