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Pagination > 450 p.
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Intéressant ouvrage de présentation de la phénoménologie religieuse, étayée par de nombreux exemples tirés de la culture et la quotidienneté modernes. Mais si l’adjectif ‘Petit’ précise bien qu’il ne vise nullement à l’exhaustivité, l’expression ‘vraie religion’ n’est pas abordée... Cette version remaniée d’un premier ouvrage publié au Québec est d’un abord agréable et aisé, sans pour autant verser dans le simplisme. L’auteur a tenté, avec un certain bonheur, d’expliquer l’expérience du sacré par deux versants, la phénoménologie du religieux ou ses diverses manifestations d’une part, et d’autre part la dialectique du sacré et du profane. Les chapitres III et IV traitent ainsi respectivement du Mythe : récit sacré et du Rite : mode d’emploi du sacré. Les chapitres suivants traitent ensuite des non moins incontournables thèmes du (V) Sacré : interdit et transgression, puis de la (VI) Religion, ponts et pontifes ( pontife vient de pontifex = faiseur de ponts ) et de la (VII) Fête, moment sacré : « le but de la fête comme expérience proprement religieuse de transgression de l’interdit du sacré : aller chercher, à travers l’excès et la dépense, un surplus d’énergie ou de sens pour continuer à vivre (p.115) ». Les chapitres VIII et IX s’interrogent quant à eux sur la place et l’adéquation des principales religions aujourd’hui, alors que leurs préceptes et symboles datent de quelque deux millénaires, soient Sacré domestiques et sacré sauvage, les paradoxes de l’institution et La religion dans la postmodernité. Les trois derniers chapitres, enfin, abordent trois grandes problématiques : (X) Religion est morale, (XI) En deçà du bien et du mal et (XII) De quelques fantômes : Dieu, l’âme et le salut.
Parallèlement à ces grandes thématiques, diverses digressions et anecdotes donnent au lecteur de quoi approfondir sa réflexion. Par exemple, dans un pays de tradition aussi ‘religieuse’ que le Japon qui réussit le triple syncrétisme du Shintō / Bouddhisme / Animisme, lui-même passablement mâtiné de Confucianisme et surtout de Bouddhisme Zen ( en chinois Chan ), très intéressant est le fait que « la culture japonaise traditionnelle ne possédait pas de terme équivalent à notre concept de religion. C’est seulement au XIXe siècle, lorsque le pays s’est ouvert davantage aux influences du monde extérieur, que des lettrés nippons en forgèrent un, en bonne partie d’ailleurs pour répondre aux critiques des missionnaires chrétiens prompts à présumer qu’un peuple où ce terme était absent devait être dénué de valeurs religieuses et, dès lors, qu’on pouvait coloniser sans vergogne (p.21) ».
De plus, l’auteur revient plusieurs fois sur cette distinction vitale opérée par le Bouddhisme autant que l’Islam entre l’ego et Dieu : « le ‘petit moi’, l’ego que nous chérissons tant est bien sûr lui aussi, ultimement, une ‘illusion’. Sa véritable nature, une fois qu’il en a pris conscience ( à travers une illumination comme celle de Bouddha par exemple ), est de se fondre à la totalité indivise de l’être. Mais les humains, à cause de la puissance de leurs désirs, tiennent désespérément à leur ego. Celui-ci est source de plaisir, assurément, mais également de toutes les souffrances – physiques ou morales. C’est le désir, en fait, qui empêche surtout les humains de prendre conscience de ce qu’ils sont vraiment (p.186) ». Or prendre conscience de leur vraie nature, comme l’exhortaient l’oracle de Delphes avec sa célèbre formule « Connais-toi toi-même » et plus tard Nietzsche par son « Deviens qui tu es », exige une vraie attitude religieuse d’introspection et d’écoute de Soi. Et les voies de Dieu étant impénétrables, cela nécessite souvent la répétition de quelque mantra, cérémonie ou transe, et en l’espèce, plus précisément, un artéfact de projection : « une icône donc, comme toutes les icônes, dont la fonction est de reconduire à l’invisible dans cette zone de silence où celle-ci n’est plus nécessaire et où les mots eux-mêmes cèdent la place au silence qui, comme les mystiques l’ont souvent compris, demeure peut-être la seule manière convenable de ‘parler’ du sacré, de nommer l’innommable (p.183) »… D’où l’image invoquée par l’auteur de « la pile rechargeable pour illustrer le besoin de rebrancher périodiquement la vie profane à la source du sacré (p.100) ».
Justement, cet exposé didactique et assez complet en apparence n’aborde pas la question centrale de ce qu’est la vraie religion mentionnée dans le titre de l’ouvrage. Car que signifie « nommer l’innommable » ? Assurément, cela ne passe pas par des mots, ou très difficilement, à moins d’en avoir l’expérience. Curieusement, alors que l’auteur fait nommément plusieurs allusions à Sigmund Freud et à sa théories psychanalytique, l’inconscient n’est jamais mentionné, et encore moins analysé. Or fêtes, rites et mythes religieux ont été abondamment décrits, et analysés avec un rare luxe de détails, par ce disciple éphémère du maître de Vienne que fut Carl Gustav Jung, qui montra l’adéquation entre Soi = Inconscient = Dieu, et la nécessité pour le Moi = l’égo de lui obéir et de le suivre pour réussir son individuation, à savoir l’unité psychique de l’individu que d’autres appellent la réincarnation de Dieu en l’homme et que symbolise toute la figure du Christ. C’est ainsi qu’un des ouvrages du psychologue suisse, Dialectique du Moi et de l’Inconscient, répond à cette constatation velléitaire du présent auteur : « que l’on obtient toujours ce que l’on veut, pour peu qu’on le demande avec suffisamment de conviction et de ténacité. Je n’ai jamais osé l’interroger pour savoir ‘à qui’ il fallait adresser de telles demandes (p.32) ».
En résumé, ce Petit Traité réussit dans son exposé phénoménologique de la religion, mais hélas ne traite pas le second volet de la nature de la vraie religion. Le livre passe donc à côté de cette ‘grande question’, pourtant essentielle et existentialiste, qui a suscité et ponctué toutes les croyances dans la longue histoire de l’humanité… Enfin, si l’auteur a destiné son ouvrage à ses étudiants et au grand public, et ce avec un effort louable d’illustrations par la culture populaire ( groupes rock emblématiques, gay pride, etc. ), on peut regretter les nombreux décalages dans les registres de langue. Philippe CESSE © 2004-2007 - Les Beaux Esprits Se Rencontrent (LBESR) : Archivé édition N°31 : 29.XII.06 * * *
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