RESUME
Commencée en 1930, la Coupe du Monde de la FIFA comptait en 2006 dix-huit championnats ( 1942 et 1946 annulés par la Seconde Guerre mondiale ). Ces dix-huit Coupes du Monde ont été remportées par sept pays seulement, partagées par quatre pays européens et trois nations sud-américaines. Avec neuf victoires de part et d’autre de l’Atlantique, les trophées seraient équitablement répartis dans le monde footballistique, que sont l’Europe et l’Amérique du Sud.
Ainsi, plutôt que se baser sur les seules finales, cette petite étude montre que cette apparente égalité n’est que cela : apparente ! C’est même le fait de l’exceptionnelle efficacité du Brésil ( et de l’Argentine dans une moindre mesure ) qui, une fois en demi-finale, remporte la Coupe du monde : 5 fois en 10 participations en demi-finale, à opposer à l’Allemagne : 3 victoires en 11 participations, soit deux fois moins bien. Avec sa victoire de 2006, l’Italie affiche la même efficacité que le Brésil : 4 victoires en 8 participations en demi-finale, avec exactement le même historique en termes d’occurrences.
Sans même étudier les flux financiers, plutôt qu’axer sur le seul décompte des finales, ce sont les demi-finales qui ont été retenues pour les raisons explicitées dans le chapitre II. Les occurrences sont pondérées par deux séries de valeurs qui estiment la performance de chaque équipe, avec deux séries d’indicateurs : A[x] et G[y]. Le chapitre III, qui affine les résultats du chapitre II, montre en quoi l’histoire de la Coupe du Monde est en fait celle de deux époques, la première de 1930 à 1970, la seconde de 1974 à 2006, deux phases comptant neuf coupes chacune.
Enfin, certaines constantes s’en dégagent qui indiquent qu’au Mondial de 2010 en Afrique du Sud, une équipe africaine a ses chances d’atteindre les demi-finales, avec deux équipes européennes au moins, dont l’une qui remportera la Coupe. Les résultats résumés sont rassemblés dans le tableau suivant :
En cumulant et pondérant les résultats année après année, les indices A[x] et G[y] ( qui concordent à l’exception de la Coupe de 1966 ) montrent que le Nouveau Continent a conservé environ un tiers de sa performance, mais elle est en baisse : de 35,36~39,71% en 1930-1970, elle passe à 27,77~31,85% en 1974-2006, soit une chute d’environ un quart. Inversement, la part de l’Europe est passée de 66,11~59,56% à 68-89~65,93%. En chaque cas, le second chiffre G[y] semble plus robuste, et l’érosion est sur tous les tableaux. Le calcul des chiffres ci-dessus est donné plus bas.
I • OBSERVATIONS DIRECTES
La finale est une affaire transatlantique ( 9 cas sur 18 ) ou intracontinentale : 7 fois européenne et 2 fois latino-américaine.
Pendant la première période 1930-1970, l’Amérique Latine a organisé 4 Coupes et en a remporté 5, contre respectivement 5 et 4 pour l’Europe, un vrai chassé-croisé.
Dans la seconde période 1974-2006, l’Amérique Latine a remporté 4 Coupes mais n’en a plus organisé que deux, contre respectivement 5 et 5 pour l’Europe, avec tout ce que cela implique en termes de retombées financières, d’infrastructures et d’image.
Tableau 2 : les 72 demi-finalistes depuis 1930
Pays organisateur Finale & Petite Finale :
1930 URUGUAY : Uruguay 4 - 2 Argentine USA (inexistant) Yougoslavie
1934 ITALIE : Italie [2-1] Tchécoslovaquie Allemagne 3 - 2 Autriche
1938 FRANCE : Italie 4 - 2 Hongrie Brésil 4 - 2 Suède
1950 BRÉSIL : Uruguay 2-1* Brésil Suède 3-1* Espagne
1954 SUISSE : Allemagne 3 - 2 Hongrie Autriche 3 - 1 Uruguay
1958 SUEDE : Brésil 5 - 2 Suède France 6 - 3 Allemagne
1962 CHILI : Brésil 3 - 1 Tchécoslovaquie Chili 1 - 0 Yougoslavie
1966 ANGLETERRE : Angleterre [4–2] Allemagne Portugal 2 - 1 URSS
1970 MEXIQUE : Brésil 4 - 1 Italie Allemagne 1 - 0 Uruguay
1974 ALLEMAGNE : Allemagne 2 - 1 Pays-Bas Pologne 1 - 0 Brésil
1978 ARGENTINE : Argentine [3-1] Pays-Bas Brésil 2 - 1 Italie
1982 ESPAGNE : Italie 3 - 1 Allemagne Pologne 3 - 2 France
1986 MEXIQUE : Argentine 3 - 2 Allemagne France 4 - 2 Belgique
1990 ITALIE : Allemagne 1 - 0 Argentine Italie 2 - 1 Angleterre
1994 USA : Brésil 0 - 0 (3-2) Italie Suède 4 - 0 Bulgarie
1998 FRANCE : France 3 - 0 Brésil Croatie 2 - 1 Pays-Bas
2002 COREE/JAPON : Brésil 2 - 0 R.F.A Turquie 3 - 2 Corée du Sud
2006 ALLEMAGNE : Italie 0 - 0 (5-3) France R.F.A 3 - 1 Portugal
2010 AFRIQUE DU SUD
2014 BRESIL très probablement
Légende : [2-1] après prolongations, (3-2) tirs au but
Souligné : les pays organisateurs ayant atteint au moins la demi-finale
Soit :
Vainqueur Finaliste 1er Demi-Finaliste 2nd Demi-Finaliste Total
Europe 9 14 14 13 50
Amérique Latine 9 4 3 3 19
Total 18/18 18/18 17/18 16/18 69/72
Ont été pris les quatre demi-finalistes de chaque Coupe du Monde, car :
1. ces quatre équipes ont généralement déjà 4 ou 5 matches dans les jambes, depuis les qualifications de groupe, de 8e et de quarts de Finale. On peut donc considérer qu’elles sont parmi les plus performantes de la planète. Le risque d’une éviction des meilleures équipes par ‘le hasard’ est considérablement éliminé si on ne commence qu’aux demi-finales.
2. au niveau mondial, la célébrité et la récurrence de quatre équipes ( Brésil, Allemagne, Argentine, Italie ) éclipsent pratiquement les autres ; néanmoins, les deux équipes de la petite finale atteignant tôt ou tard une finale, une 3e ou 4e place contribue quand même à leur célébrité auprès du public comme des annonceurs ;
3. le public amateur connaît les vainqueurs, et parfois l’adversaire. Les demi-finales sont généralement oubliées, à moins d’un match mémorable ou d’un exploit hors du commun. En termes de retombées sur la culture générale, les quatre dernières équipes en lice sont un univers statistique suffisant.
Plusieurs remarques préliminaires ressortent du tableau ci-dessus, et montrent le duopole Europe - Amérique Latine .
1. Pays d’accueil : de 1930 à 1998, les rendez-vous ont bon an mal an alterné entre l’Europe et l’Amérique Latine :
• l’Europe a ainsi été organisatrice 10 fois sur 18, soit plus de la moitié ;
• l’Amérique Latine, 6/18, soit un tiers ;
• et si on compte la Coupe de 1994 tenue aux Etats-Unis, l’Occident a ainsi organisé toutes les rencontres depuis 1930 sauf une (17/18). L’octroi de celle de 2002 à la Corée du Sud / Japon ( le binôme fut un argument de poids ) puis celle de 2010 à l’Afrique du Sud sont le reflet d’une volonté d’ouverture, mais accordée du bout des lèvres. La très forte asymétrie prendra des décennies avant de revenir à des proportions moins outrancières.
• quatre pays l’ont organisé deux fois : Italie, France, Allemagne et Mexique, lequel dut le faire en catastrophe en 1986, la Colombie, l’organisateur désigné au départ, ayant sombré dans la guérilla. En termes d’organisation de la Coupe, l’Europe mène donc par sept pays à cinq.
2. Dans la même veine, les demi-finales de cette Coupe ‘mondiale’, qui doit rassembler des équipes des cinq continents, ne sont finalement qu’un cocktail de Coupe d’Europe et de Coupe des Amériques.
• Ces deux continents se partagent équitablement les 18 finales : 9 – 9
• 2/3 de toutes les équipes présentes en demi-finales sont européennes ( 50/72 ), l’Amérique Latine n’en représentant qu’un quart ( 19/72 ). L’essentiel de la présence latino-américaine a été assurée par trois équipes : Brésil, Argentine et Uruguay, et depuis 1974, par les deux premières seulement : la dernière présence de l’Uruguay en demi-finales date de 1970.
• Plus intéressant pour les bookmakers : si l’on excepte les finales de 1930 et 1950, toutes deux ‘100% latino’ et ‘à domicile’, l’Amérique Latine a cloué l’Europe 7 fois sur 9. Autrement dit, lorsque l’Europe a affronté l’Amérique Latine en finale, elle ne l’a emporté que 2 fois sur 9 : ses sept autres victoires sont des matchs entre équipes européennes, et ne sont le fait que de deux pays : Brésil (5) et Argentine (2). Cette efficacité supérieure en terme de participation a sans doute grandement contribué à leur exceptionnelle célébrité dans le reste du monde.
• Enfin, en 76 ans, seules 3 équipes d’autres parties du monde ont atteint les demi-finales : les Etats-Unis en 1930, et en 2002, la Turquie et la Corée du Sud qui ont joué la petite finale. La position de demi-finalistes des Etats-Unis en 1930 est plutôt un biais dû au faible nombre de participants : treize. L’exploit de la Turquie sur la Corée du Sud en 2002 est encore plus éloquent quand on songe que contrairement à la Corée, elle ne jouait pas ‘à domicile’, qui est un facteur statistiquement significatif.
3. En effet, comme cela est connu, il existe une très forte corrélation entre pays organisateur et nationalité de l’équipe victorieuse :
Tableau 3 : corrélation entre pays organisateur et qualification de son équipe
Monde dont: Europe Amérique Latine
pays organisateur et vainqueur 6/18 = 1/3 4/18 2/18
pays organisateur et finaliste 8/18 5/18 3/18
pays organisateur et 1er demi-finaliste 11/18 7/18 4/18
pays organisateur et 2nd demi-finaliste 12/18 = 2/3 7/18 4/18
Un tiers des 18 Coupes a été remporté par le pays organisateur. En fait, les Coupes du Monde en Amérique Latine ont toutes été gagnées à domicile. De même des rencontres en Europe, avec l’exception de la Suède en 1958, battue par le Brésil.
L’émulation par la présence du public national est connu des joueurs, quel que soit le sport. Un cas éloquent est celui de l’Angleterre, qui remporta la Coupe chez elle en 1966 : malgré son excellence dans les championnats nationaux et en Europe, ce pays n’est parvenu en demi-finale qu’une unique fois depuis 1970, et au 4e rang en 1990, comme la Corée du Sud en 2002. On peut aussi citer le Chili, qui gagna la petite finale de 1962 où avait lieu la Coupe. De même, présente en demi-finale en 1950 et 1954, la Suède se hissa enfin en finale en 1958, chez elle.
Suite de l’article : II • ESTIMATION DE PERFORMANCE |