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[26] ARABE - HEBREU > [5] Arabe Classique
[70] MOYEN ORIENT / MAGHREB > [21] Littérature
BOUHLAL Siham - René Khawam ou la passion de traduire
René Khawam ou la passion de traduire
par BOUHLAL Siham
 

Peu de chercheurs ont autant voué leur vie à la traduction ; la qualité et l’abondance des textes que René Khawam ont donné à un large public connaissance des lettres arabes, mais avec quelques réserves...

 

René Khawam naquit en 1917 à Alep, dans une famille originaire du Caucase. Après des études de français chez les frères maristes en Syrie, il s’installa à Paris en 1947 où il enseigna le français aux classes secondaires. Il abandonna ensuite l’enseignement pour se consacrer à la traduction et au décryptage de manuscrits qu’on lui adressait, dit-on, du monde entier.

Il clama sa vie durant son objectif de « réhabiliter » la culture arabe et de redonner leur saveur à des textes « édulcorés » ou « expurgés ». Selon ses propres dires, il avait de cela une expérience précise : « mon père était un homme de l’oral, il était poète…Il était un homme de la tradition orale, mais aussi un homme de la tradition puritaine…des professeurs de la Sorbonne lui demandaient de déchiffrer des textes arabes. Moi, je leur disais de se méfier car, dans un manuscrit, dès qu’il voyait des choses qui étaient sous la ceinture, inconsciemment il changeait le poème et inscrivait avec le même rythme, le même mètre, des vers sans les détails croustillants ( Dire, n°1, Printemps 87 ) ».

Disparu en 2004, René Khawam aura laissé en une quarantaine d’années un nombre considérable de publications, quelques essais et surtout une cinquantaine de traductions ( cf. par exemple Contes d’Islam ). Le public curieux de cette culture arabe fut au rendez-vous, et la presse tomba sous le charme. Il eut le plus souvent droit à des articles élogieux, le portrait qu’on faisait de lui n’était autre que celui qu’il revendiquait lui-même : « le verbe précis, le ton mordant, les yeux rieurs, René Khawam semble tout droit sorti d’un conte des Mille et une nuits… Les ruses des Arabes n’ont plus de secrets pour cet Oriental, qui doit à la ville d’Alep une triple culture : arabe, ottomane et française... par ses nombreuses traductions, Khawam porte à notre connaissance des textes enfouis dans le cimetière de la mémoire des hommes. Son ambition, déjà grandement réalisée : ressusciter les textes inédits d’une grande valeur et réhabiliter les textes trafiqués ( Loïc Barrière, Alger Info International, 13.XII.95 ) ».

Ce succès dans la presse n’eut cependant pas grand retentissement dans le milieu des chercheurs arabisants. Il faut dire que l’homme avait des prétentions qui reléguaient presque chercheurs anciens et contemporains au rang de vulgaires faussaires et, de surcroît, il négligeait bien souvent de citer ses sources manuscrites. Au-delà de l’examen strict de la précision de ses traductions, on comprend l’inimitié dont il a fait l’objet dans ces milieux : ne déclarait-il pas « quand je réhabilite un texte de l’ampleur des Mille et une nuits , c’est cinq cent livres qui tombent d’une bibliothèque, car j’ai prouvé qu’ils étaient faux ( Alger Info international, 13.XII.95) » ?

Le cas des Nuits, qui ne peut être qu’effleuré ici, soulève une difficulté qui ne tient pas à la qualité de la traduction. En voulant fixer les Nuits comme un texte écrit, comme l’œuvre précisément datée d’un seul auteur, René Khawam touchait à la question du conte, de son élaboration et de sa transmission. Or le conte évolue dans une sorte d’emboîtement où les histoires, inlassablement, ouvrent les unes sur les autres. Ainsi Claude Brémond, un des spécialistes actuels des Mille et une nuits, précisait : « dire : ‘Les mille et une nuits date du 13e siècle’, c’est opérer une coupe arbitraire dans une chaîne évolutive, c’est désigner des éléments comme impurs. Ainsi la position la plus raisonnable est d’envisager les Nuits comme un fait culturel, comme une nébuleuse en expansion ( Dire, n°1, Printemps.87 ) ». A cette même occasion, Michel Tournier donna un très bel article pour replacer les Nuits dans la dimension orale qui les vivifie : « le conte est la création à la fois du conteur et de son auditoire ( Le Figaro littérature, X.86 ) ».

S’il avait eu la véritable ambition de défendre et donner à connaître la culture arabe à un large public ( et ce fut une incontestable réussite, ne serait-ce que sur le plan du choix très varié des genres littéraires allant de la littérature érotique aux textes sacrés de l’Islam, en passant par des traités de ‘politique’ ), René Khawam porta constamment un jugement négatif, sévère et bien souvent injustifié sur ses prédécesseurs, traducteurs anciens des textes qu’il reprenait à son compte. Dans son introduction à la traduction de La lettre aux Français de l’Emir Abdelkader ( Phébus, 1984 ), il déclarait : « la traduction de 1858 due à G. Dugat ( la seule existante à ce jour – et depuis longtemps introuvable ) prudemment édulcorante ô combien trahit systématiquement la pensée de l’Emir qu’elle cherche à ‘occidentaliser’ à tout prix – alors que le discours original de l’auteur, dans sa saveur charnue ( G. Dugat dirait ‘sa redondance’ ), est évidemment – et heureusement – plus proche des paraboles bibliques que des exposés des théories politiques contemporains. Il y avait là, pensions-nous, une injustice à réparer (p.33) ».

La traduction de Dugat est certes difficile à trouver, mais on peut encore dénicher quelques exemplaires de la deuxième édition de 1985 aux éditions Bousslama, sous l’égide de Mohamed Turki. Le texte de l’Emir y est suivi de plus de 150 pages de notes du traducteur, notes savantes et souvent fort utiles. L’impression générale laissée par la lecture du texte de Dugat ne justifie pas à mon avis les reproches de René Khawam. Pour l’apprécier, le mieux est de confronter quelques passages des deux traducteurs :

A celui qui dédaigne le contemporain et pense que
le pas est dû aux anciens,
Dis-lui : Cet ancien a été nouveau, et ce nouveau
deviendra ancien. ( Dugat, p.137 ).

Dis à celui qui considère ses contemporains
comme du néant
Et donne la prééminence
Aux anciens :
Cet ancien a été un Moderne
Et ce Moderne
Deviendra un jour ancien ( Khawam, p.194 ).

Ou encore :

Dieu l’a ainsi décidé : le kalam, depuis qu’il a été
taillé, a pour esclave le sabre, depuis qu’il a été affilé ( Dugat, p.118 ).

tel est le statut décrété par Dieu
pour les roseaux à écrire
une fois qu’ils sont taillés :
les sabres sont pour eux des serviteurs
une fois qu’ils sont affilés ( Khawam, p.176 )

A la suite de ces passages, on peut comprendre ce que voulait dire René Khawam quand il parlait d’édulcorer. Il voulait simplement dire simplifier, et c’est bien ce que fit Dugat, avec bonheur semble-t-il, au profit de la compréhension du lecteur et en approchant au mieux le style de l’Emir : simple, limpide et concis. Toutefois, l’introduction de Dugat reste marquée par l’idéologie colonialiste, de même que certains épisodes de la biographie qu’il donne en annexe. Sur ce point, la présentation du texte par René Khawam rend certainement justice à l’Emir. La Lettre de l’Emir n’est pas le seul exemple de cette passion démesurée de la traduction, qui le portait à dénigrer systématiquement le travail déjà accompli, ou à l’occulter tout simplement. Ainsi dans son introduction à la traduction d’un unique chapitre du fameux ouvrage Al- Mostatraf d’Al Ibshihî, René Khawam affirme que G. Rat en a traduit seulement « quelques morceaux choisis » ( in Les poètes amoureux, L’Esprit des Péninsules, Paris, 1999 ), alors que celui-ci avait établi une traduction intégrale ( 1588 pages ! ) de ce monument de la littérature arabe classique aux éditions Leroux, entre 1899 et 1902.

L’on doit à R. Khawam quelques grandes idées de traductions, tel Le Livre des Ruses, maintes fois comparé au Prince de Machiavel. Cet ouvrage déborde le simple cadre politique qui était celui du Prince, pour présenter la sagesse et le savoir-faire des grands personnages de l’histoire ancienne, arabes ou non, comme lorsque pris sur le vif dans une situation périlleuse, on doit agir tel un joueur d’échecs devant jouer le coup décisif. L’ouvrage est loin de l’anthologie de traîtrises et stratagèmes que suggère le titre français, choisi par le traducteur. Le titre arabe Raqâ’iq al hulal fî daqâ’iq al hiyal est d’ailleurs légèrement différent, et propose une métaphore rapprochant subtilité des ruses à la finesse d’un voile cachant son effet transformant par sa transparence… Dans ce livre comme dans toute sa production, René Khawam donnait toujours des préfaces brillantes, denses et défendant avec conviction l’image de la culture arabe en Occident. Certes, peu de chercheurs ont autant voué leur vie à la traduction ; la qualité et l’abondance des textes que René Khawam a fait apprécier à un large public doivent lui garder la considération de ceux qui cheminent à la découverte des lettres arabes.



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