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Pagination > 450 p.
Historicisant
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Cohérence
Esprit / Génie
Pluridisciplinaire
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Deux récits de vie entrecroisés, celui d’Ana née en 1887, et celui de son fils Ciro, qui tissent une fiction partiellement inspirée de la réalité : celle d’un milieu modeste dans les environs de São Paulo au début du XXe siècle, entre drames familiaux et crise économique… Le premier récit campe dès l’ouverture la fiction d’un témoignage indirect, celui de la mère du narrateur, évoquant avec réticence la vie de sa propre mère, Ana. Cette orpheline confiée très tôt à une dure vieillarde de Sorocaba ( ville où naquit l’auteur, près de São Paulo ), apprit dans l’exploitation le métier de servante, avant de s’élever à la dignité supérieure de gouvernante de famille bourgeoise à São Paulo, pour finalement revenir à Sorocaba et contracter un mariage de raison. S’ensuivit une vie familiale faite de hauts ( au faîte de la prospérité de son mari commerçant ) et de bas plus nombreux encore, conduisant au bout du compte à la ruine et au naufrage dans l’alcool, jusqu’à la mort sordide. La vie de son fils Ciro ( l’oncle donc du narrateur ) commença aussi dans la disgrâce, physique celle-là, séquelle d’une mauvaise guérison qui se poursuivit par une succession similaire d’heurts et malheurs s’achevant tristement.
La sécheresse délibérée de l’écriture donne aux deux textes l’apparence d’un témoignage social autant que familial, dépourvu de pathos : c’est la chronique d’un monde brutal et de travail acharné, de soumission implacable aux lois de l’argent et aux vicissitudes politiques, sans espoir aucun de salut pour qui n’appartient d’emblée ( ou qui n’est pas taillé pour s’agréger solidement ) au clan des heureux de ce monde. Ce récit, mi-fiction mi-rapport, vaut témoignage, précisément, sur cet arrière-plan social politique et économique si souvent présent dans la littérature brésilienne contemporaine.
Toutefois, le parti-pris esthétique de dépouillement impose sa froideur au récit et, entre le lecteur et les personnages, une distance qui toutes deux nuisent à l’effet d’ensemble. On voudrait pénétrer davantage dans la pensée et les émotions des acteurs de cette histoire qui se déroule sur un mode excessivement factuel, où tout paraît mis sur le même pied. C’est d’autant plus dommage que, à côté même des protagonistes de chaque récit, d’autres figures auraient mérité une tout autre attention, comme porteuses d’un roman personnel qu’on aurait aimé lire. C’est en particulier le cas de Balila, le mari d’Ana et le père de Ciro, une étrange et attachante figure, immigrée de Marseille mais d’origine italienne, boulanger de son état. Il obtient la main d’Ana à force d’obstination ( bornée ou amoureuse ? ), tantôt père attentionné, tantôt mari violent jusqu’aux coups de ceinture, et homme aussi capable de se bâtir avec courage une petite fortune que de la perdre, en même temps que l’affection de sa femme. Avec philosophie, et content, il erre finalement sur les pistes du sertão en marchand ambulant, accompagné de son jeune fils, dans une sorte de muette complicité : « au fil du temps, le style du père avait changé ; du commerçant sanguin qui avait perdu sur les deux fronts de la concurrence et du mariage avait émergé l’homme sans ambition entrant dans la vieillesse avec une joyeuse résignation (p.73) ». Bref, on en aurait aimé un peu plus… François PROST © 2004-2007 - Les Beaux Esprits Se Rencontrent (LBESR) : Archivé édition N°18 : 01.IV.04 * * *
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