Qu'est-ce que la poésie pour vous ? La poésie est le commencement et la fin d'une quête qui commence et ne finit jamais ! C'est l'œil de ma mémoire dans l'intimité de mon existence : une sorte de vertige permanent des lèvres au verbe…
Qu'est-ce qu'un poète ? A-t-il devoir envers ses lecteurs ou vers la société ? Un poète est un semeur d'émotions, un philosophe des rues, sans nom et sans horizon… L'unique devoir d'un poète est de rendre les possibles des impossibles ! Sa patrie est ailleurs, mais son message d'humanité est très important, car une société sans poésie, est une société morte !
Quel regard portez-vous sur la poésie contemporaine ? La poésie est née à l'aube des temps… Il y a la poésie, sans distinction : je n'aime pas les divisions. Certes, aujourd'hui ceux qui s'expriment en métaphores sont confrontés aux réalités d'atomisation et de mondialisation de nos sociétés, mais leur cri est là pour faire entendre les blessures de l'âme… Comme toujours d'ailleurs !
Je suis en total désaccord avec ceux qui prédisent la fin du rayonnement de la poésie française, car enfin, qu'est-ce que la poésie française aujourd'hui ? Simplement la voix éternelle d'un nouveau métissage culturel. La richesse de la poésie est dans le partage pluriethnique, des cultures diverses, où s'entremêlent sonorités, mythes et perceptions différentes qui enrichissent notre imagination.
C'est pourquoi la ligne éditoriale des Editions La Porte que je dirige est pluri-culturelle et multi-langues. Les objectifs sont de faire connaître des cultures de langues latines peu connues en Europe, et surtout d'offrir un espace d'échange par l'édition.
Vous publiez également la revue La Porte des Poètes. Quelle est sa spécificité par rapport aux recueils des Editions la Porte ? La revue La Porte des Poètes est publiée à Paris depuis 1986. Elle est née de l'amitié entre un poète chilien exilé et un français attiré par les cultures hispanophones. La spécificité est dans la variété des sujets et l'espace pour d'autres artistes, peintres et photographes par exemple. Mais il y a aussi une présence constante de poètes de la francophonie, de France ou ailleurs.
En effet, vous publiez des poètes de pays divers. Comment les sélectionnez-vous ? La sélection est faite par un comité de lecture, où le directeur a une place importante pour les décisions. Généralement, les textes nous parviennent par courrier ou e-mail.
Vous avez publié en mars une anthologie bilingue de poésie féminine de divers pays. Comment se sont opérés vos choix ? Nous avons suivi la même procédure, c'est-à-dire à partir de textes envoyés par les auteurs pendant les années précédentes : des recueils, des livres, des cartes postales et même des affiches. Nous avons rassemblé et choisi celles qui nous semblaient les plus intéressantes.
Quelles spécificités voyez-vous entre le langage poétique des femmes et des hommes ?
La spécificité des femmes est dans leur perception de l'existence et du monde. Par culture, sa création reflète une sensibilité particulière. Les sujets qu'elles traitent sont variés et touchent davantage les relations et sentiments humains : la famille, l'amour, la solitude, et le sens profond de l'aventure féminine. Les hommes parlent, eux, plus au sens social ou politique, sans pour autant laisser négliger les thèmes traditionnels : l'amour, l'amitié, la nature, etc.
La sensualité est présente avec force et rigueur dans l'espace créatif des femmes d'aujourd'hui. Et il y a une vraie démystification d'une réalité qu'on disait misogyne. Dans l'homme, il y a des problèmes pour exprimer sa sensualité sans tomber dans la sexualité. L'écriture des femmes est une réalité indiscutable, et elle n'enlève rien à l'espace de création des hommes.
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