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 | LEE Seung-U | | La Vie rêvée des Plantes | | Titre original : Sikmuldeuleu Sasaenghwal | [16] Zulma
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300 pages - 18,50 € ISBN 10: 2-84304-372-7
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| Texte | Iconographie | Pertinence | Objet | Informatif/Intéressant
Pagination > 450 p.
Historicisant
Universitaire
Appareil critique
| Cartes
Dessins / Croquis
Photos / Reproductions
Quadrichromie
Griffe originale
| Concision
Cohérence
Esprit / Génie
Pluridisciplinaire
Sujet original
| Cartonné / Relié
Grand format
Papier spécial
Maquette / Typographie
Autres / Cachet
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Roman d’amour, et d’un double amour à trois voix : les parents comme leurs enfants ont chacun été engagé dans une relation triangulaire à sens unique. La plume est tendre, sensible et emplie de symboles archétypiques, au service d’une vraie œuvre littéraire. D’entrée, on sent le roman bien écrit. L’intrigue est riche en sentiments et en symboles : c’est d’abord l’histoire de deux frères amoureux de la même jeune femme, Sunmi, mais seul l’aîné, Uhyon, photographe à ses heures, en est aimé de retour. Sunmi lui enregistre des chansons, non sans talent poétique :
Je t’ai donné mon cœur. De toi, je n’ai pas reçu un regard Alors que je suis là depuis si longtemps. Combien de temps me faudra-t-il encore attendre ? Avant qu’il ne disparaisse sans laisser de trace, Prend mon cœur en photo, mon photographe (p.75)
Mais la jalousie du cadet, Kihyon, sera fatale à l’idylle de son frère, et sera de plus indirectement responsable de la perte de ses deux jambes. Toute la suite du roman narre la quête constante du cadet pour réparer le mal qu’il a causé, du moins une partie comme il n’en est que trop conscient. Parallèlement, les chapitres dévoilent les amours passées de leurs parents, que les enfants reproduisent à leur manière, sans le savoir, autour d’un certain arbre, symbole de l’union des amours que le sort a avortées… Voilà pour une présentation strictement sur le plan littéraire.
Pour le lecteur perspicace ou familier des interprétations symboliques, ce roman est une œuvre très personnelle qui se prête particulièrement bien à une interprétation jungienne. Dans cette perspective, si protagonistes et actions sont tous expressions de l’inconscient, encore l’écrivain doit-il avoir l’art du conteur, comme c’est le cas ici. Et l’auteur ne s’en est pas caché, comme lorsqu’il s’exprime par la voix du cadet : « j’ai eu tout d’un coup l’impression que ce n’était pas moi qui avais parlé. Que quelqu’un d’autre que moi avait parlé à ma place (p.288) », rappelant en cela l’énigmatique « Je est un Autre » de Rimbaud. Un roman symbolique
En psychologie analytique, les archétypes sont des complexes symboliques communs à toute l’humanité, et donc responsables des personnages, faits et gestes de toutes les mythologies et religions mondiales, païennes ou monothéistes… Le roman en est imprégné puisque l’auteur a inclus chez Uhyon une certaine dose de mythologie occidentale : « dans la mythologie antique, les arbres sont des nymphes métamorphosées. Pour échapper au désir des dieux, les nymphes abandonnent leurs corps et se transforment en arbres. Les dieux sont puissants. Et cupides comme tous les puissants. Quand ils veulent quelque chose, ils l’obtiennent. Le seul moyen de leur échapper est de se métamorphoser. Les nymphes, pour se protéger, se changent donc en arbres. C’est pourquoi en tout arbre se dissimule une histoire d’amour brisé (p.244) ». Et l’aîné ne vit que dans l’image : « Uhyon est photographe. Il voit le monde à travers ses photos. Pour lui, la photographie n’est ni un passe-temps ni un art.Elle est document, elle est témoignage, elle révèle la vérité d’une époque (p.268) ».
A l’opposé, Kihyon, si rationnel et loin des sentiments, cause le malheur autour de lui et n’est pas aimé de Sunmi. La nature de la séduction est relativement bien cernée dans le roman, qui rappelle d’une part l’idée de Platon pour qui les hommes recherchent leur moitié depuis la scission des êtres primordiaux, et d’autre part cette citation d’Aristophane : « l’amour, c’est la recherche de sa moitié manquante (p.182) ». Dit autrement en langage analytique, la séduction est une projection inconsciente de l’anima chez l’homme ou de l’animus chez la femme, ce complexe inconnu du Moi d’autant plus puissant que le masque social en est éloigné ( pour une présentation détaillée de ces concepts, voir par exemple Dialectique du Moi et de l’Inconscient de C.G. Jung ). Et en tant que projection, aimer quelqu’un est une tentative de rétablissement de l’unité du Soi, ce que le symbole du Yin et du Yang a parfaitement intégré en gardant en son sein une parcelle de son complémentaire.
On retrouve aussi les archétypes de l’arbre, de l’anima ( Sunmi ), de la vie ( les plantes ), et l’inconscient lui-même, souvent symbolisé par la Mer comme ici encore : ce n’est donc pas un hasard si chacun des six protagonistes principaux a connu le bonheur en bord de mer… La quaternité du Soi est également présente, représentée par la famille des deux frères et de leurs parents. Le père reflète lui-même une fusion des archétypes de la vie et du sage : c’est un homme profondément bon, et sensible comme on l’apprend à la fin du roman. Il respecte la nature, avec qui il communie, et ne contrefait pas ses actions : « mon père choyait ses plantes dans le jardin. Il m’avait expliqué alors qu’il fallait les aimer d’un cœur sincère. Qu’elles savaient si les hommes mentaient ou non. Qu’un amour factice ne pouvait provoquer de réaction chez elles (p.276) »… Philippe CESSE © 2004-2007 - Les Beaux Esprits Se Rencontrent (LBESR) : Archivé édition N°29 : 22.IX.06 * * *
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