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 | BEC Christophe – BETBEDER Stéphane – GENZIANELLA Nicola | | Bunker T.1~3/5 | | | [55] Dupuis
| [11] Empreinte(s) |
159 pages - 39,50 € ISBN 13: 978-2-8001-4341-4
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| Texte | Iconographie | Pertinence | Objet | Informatif/Intéressant
Pagination > 450 p.
Historicisant
Universitaire
Appareil critique
| Cartes
Dessins / Croquis
Photos / Reproductions
Quadrichromie
Griffe originale
| Concision
Cohérence
Esprit / Génie
Pluridisciplinaire
Sujet original
| Cartonné / Relié
Grand format
Papier spécial
Maquette / Typographie
Autres / Cachet
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Cycle en cours. Série réaliste militaro-fantastique : avec la guerre entre les Iéretiks et le Velikiistok en arrière-fond, Aleksi évolue dans un monde peuplé de destructions massives, tout en s’orientant progressivement sur ses origines… extra-terrestres. • T.1 : Les Frontières Interdites 53 planches – 13 € ISBN 2-8001-3864-5
Scénario, graphisme et couleurs sont au service d’une histoire qui se veut hyperréaliste : appareils ( hélicoptères, tracteur sur chenilles ), installations et uniformes militaires noyés dans un environnement slave évoquent un monde soviétique transplanté dans le futur. Gouverné par un Imperator, le Velikiistok rappelle étrangement l’URSS des dernières années, à commencer par la langue de bois entretenue par les militaires. Mais l’illusion est trompeuse : il s’agit en fait d’un monde parallèle dont témoigne par exemple le plus haut sommet du Velikiistok, le Ulu-Teliak qui culmine à « 11 628 mètres », plus haut donc que l’Himalaya d’un bon tiers. Un sérum est d’ailleurs nécessaire aux soldats pour combattre le « mal des montagnes ».
La première planche tranche avec les autres par ses scènes chamaniques comme dans les temps préhistoriques, en tons dominants chauds qui contrastent vivement avec l’ambiance froide des des pages suivantes. Les soldats déjà sur place ne manquent pas de préciser aux nouveaux fraîchement débarqués, goguenards, le respect impératif envers les ‘esprits de la montagne’. Troisième élément annonçant l’aspect fantastique qui surgit à la fin de l’album, la disparition violente d’une patrouille, attaquée par des ennemis mystérieux, féroces et voraces : le lecteur en apprendra-t-il plus dans le second volume ?
Car le scénario est imbriqué de multiples manières : le récit principal alterne avec les scènes parallèles, les flash-back, et surtout des bribes de la longue lettre du beau Aleksi Stassik à son frère aîné, filée sur plusieurs pages. Enfin, dans cet univers très masculin où force soldats s’illustrent par une grossièreté ou un sexisme consommé, on peut compter quelques bonnes réparties :
- un soldat apostrophant à l’improviste la belle Anika Borodine : « ça ne t’excite pas de te pavaner comme ça devant des gars qui n’ont pas vu une femme depuis des mois ? » - Anna Borodine : « je suis là pour défendre vos intérêts auprès du pouvoir, ne me donnez pas une raison supplémentaire pour dire que ça ne tourne pas rond dans ce bunker ! » - « De te voir… Comme un fruit mûr qu’on ne peut pas cueillir… De deviner ce que tu caches sous ton uniforme. Ça nous rend dingues… Alors faut nous excuser si ça nous donne des idées ! » - « Il faut me voir comme une fonction, pas comme une femme. Pour le reste, il y a des illustrés et si ça ne suffit pas, doublez la dose de bromure dans votre potage ! » - « Ton boulot, c’est d’arrondir les angles… Alors tu ne diras pas de mal de nous, surtout si on te donne du plaisir… » - « Du plaisir ? C’est pas un minable comme toi qui pourras m’en donner ! Quand je veux soigner ma libido, je choisis un mâle à mon goût. Taillé dans un ‘V’ de préférence. Une belle gueule (p.36) ».
Petite faiblesse scénaristique, c’est là que le beau gosse musclé Aleksi Stassik, jusque-là embusqué dans l’ombre, sort sa tirade chargée en mâle testostérone : « je suis dans le konak Est, à votre service de jour comme de nuit. Vous n’aurez pas à insister. Je me porte volontaire pour la corvée » !
• T.2 : Point Zéro 53 planches – 13 € ISBN 978-2-8001-4088-9
Cette fois, changement radical de décor : finis les sommets enneigés, Aleksi Stassik se retrouve en plein cagnard dans le désert. Ambiance de Guerre de Golfe, mâtinée d’une future Guerre Sainte : le Prince Abderrahman, qui contrôle les terres au sud du Velikiistok, entend chèrement monnayer ses exportations de pétrole vers son puissant voisin. Il exige ni plus du moins que l’extradition d’Antaras, guerrier mort à 20 ans, mais que le Velikiistok tient pour un dangereux terroriste. Pour soulever la colère du peuple et son renversement, les autorités entendent lui refiler un macchabée quelconque, maquillé grâce à la génétique : ce sera un casus belli. Cet album révèle aussi la nature ésotérique, voire extra-terrestre, d’Aleksi aux yeux de cristal. La fin figure un paysage désolé, très évocateur de l’explosion de Toungouska au début du XXe siècle, qui brûla tout sur son passage…
Seulement voilà : d’imbriqué, le scénario devient alambiqué, emberlificoté même avec ses flash-backs et ruptures de séquences qui éclairent autant qu’elles compliquent la narration. Le scénariste donne l’impression d’avoir été en mal d’inspiration : - on ne comprend pas la présence d’hommes préhistoriques au début de l’album ( ils sont dispensables ) ; - Aleksi appartiendrait aux Ieretiks ( quelle imagination pour un nom ), il serait un gentil de l’autre bord, comme le lui confirme la belle Prêtresse devineresse ; - on ne sait pas d’où elle sort, et alterne plusieurs fois d’un aspect de Vénus légèrement vêtue à celle de la Mort incarnée, rappelant en cela un peu les Parques de Thorgal (T.5) ; - on n’en sait pas plus sur les irruptions fantastiques du T.1, qui pour le coup riment plus avec fantasques ; - enfin, le dessinateur Christophe Bec a cédé son crayon à Nicola Genzianella, au style proche mais nettement moins léché et précis : cela se voit et s’en ressent. Ainsi, si où les véhicules sont bien rendus, les proportions anatomiques le sont moins, voire bâclées. Ce second volet ne convainc guère et use de trop de clichés.
• T.3 : Réminiscences 53 planches – 13,50 € ISBN 978-2-8001-4341-5
C’est désormais officiel : le responsable de l’immense explosion mentionnée au T.2 est l’œuvre d’Aleksi aux pouvoirs extraordinaires. Et comme Anika Borodine, avec qui il passe enfin une nuit d’amour, il porte une demi-lune tatouée au bas du tronc : tous deux pensent à un éventuel lien de parenté, qui ne les empêche pas de s’aimer.
Auparavant, ils avaient revisité l’école de son enfance, lieu détruit et désolé s’il en est, où quelques réminiscences émergent néanmoins et informent sur la nature surnaturelle du protagoniste : il serait même d’origine extra-terrestre.
S’ensuit un long passage plutôt bucolique, avec Anika habillé en costume traditionnel ( biélorusse semble-t-il ), où Aleksi rejoint sa famille, et son frère avec qui il discute longuement de la guerre et de leur histoire. Mais cela reste confus, et conforte vraiment l’impression du départ d’un scénario tiré par les cheveux, où le scénariste à force de vouloir y mettre beaucoup de choses, peine à les intégrer dans un exposé cohérent. Du reste, le recours récurrent aux flash-back, militaires ou surnaturels, assombrissent cette fois plus qu’ils n’éclairent… Dommage.
Romain SALGARI © 2004-2007 - Les Beaux Esprits Se Rencontrent (LBESR) : Archivé édition N°38 : 15.II.09 * * *
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