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Pagination > 450 p.
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Un proche collaborateur du procès retentissant à Chartres en 1800, où furent prononcées 23 condamnations à mort, témoigne à travers un récit détaillé et dans un langage châtié de la société et de son époque. Aux XVIIe et XVIIIe siècles, les hordes de malfrats sévissaient partout en France, à commencer par celles ayant engendré à Paris la bande à Cartouche, et celle de Mandrin dans le Dauphinois. Les forêts les protégeaient alors bien, puisqu’elles couvraient une plus grande proportion du territoire que de nos jours. Ici, la région beauceronne est à l’honneur, avec un témoignage oculaire du procès : l’auteur relate cet épisode unique de « la période troublée de la Terreur et des premières années du Directoire où la désorganisation de l’impôt, la guerre et la chute de l’assignat ont entraîné la ruine de l’Etat (p.22) »…
Une Société dans la Société
Organisées dans un Etat désorganisé, ces hordes écumaient les campagnes, et chaque membre connaissait sa tâche : « faire effraction avec des coutres, escalader les murs, enfoncer les portes avec de grosses pièces de bois, lier, garrotter, assommer, couper la gorge, chauffer les pieds, voler, incendier, empoisonner, violer, partout ce sont les mêmes moyens employés par les brigands (p.80) ». Voilà pour les bases du ‘métier’.
Mais les troupes avaient leur hiérarchie, avec un chef élu pouvant célébrer mariages ou désigner son premier lieutenant : « les grades inférieurs se distribuent avec profusion. Chacun des brigands fit valoir ses titres avec plus ou moins d’avantage. Plusieurs d’entre eux, qui s’étaient évadés des fers, d’autres déjà condamnés, flétris des deux épaules, ou qui avaient fini leur temps aux galères, obtinrent l’horrible privilège de commander des divisions. Chacune d’elles avaient ses auxiliaires, ses éclaireurs, ses correspondants (p.36) ». Et même des métiers annexes indispensables pour assurer l’autarcie : « un chirurgien auquel ils assignèrent un logement dans un souterrain, un barbier, des couturières, des garde-magasins, un petit-poste ( porteur de nouvelles ), un curé, des mioches ( des élèves ), un instituteur des mioches, faisaient partie essentielle de l’organisation de la troupe (p.36) ». Bertrand Galimard Flavigny, bibliologue, signale en préface que « ce livre est à la fois celui d’une aventure, d’une étude sociale, d’une traque policière et d’un traité lexical (p.6) ». Si le lecteur ressent bien la liberté d’action de ces brigands sans foi ni loi, la ‘traque policière’ est cependant tronquée, en ce que tous les faits jugés à ce procès exceptionnel furent colligés suite à la dénonciation unique d’un malfrat capturé qui espérait sauver sa tête. A l’inverse, la restitution du vocabulaire étendu de l’époque, qu’explicitent autant les notes en fin d’ouvrage que le dictionnaire d’argot Langage des voleurs (pp.116-125), témoigne de l’effort des recherches menées. Ainsi de cet exemple cocasse : les bandits « tuaient, pillaient dans les campagnes, contraignant les paysans à avouer où se trouvaient leur magot en leur brûlant la plante des pieds, d’où le surnom de ‘chauffeurs’ (p.8) ».
L’auteur décrit en détail l’état de la société où évoluaient ces responsables de 95 crimes et délits : « école du crime, discipline, projets, vols, assassinats, tout y fut médité, suivi, exécuté avec le raffinement de l’expérience la plus consommée. C’était une véritable association ; et l’enfer, la scélératesse, le brigandage, l’avaient fait naître (p.29) ». Et en tentant d’en expliquer la genèse : « l’oisiveté, le dérèglement, les passions de toute espèce, ne firent qu’aggraver leurs besoins. Du libertinage au crime, il n’est qu’un pas ; ils le firent et s’y précipitèrent. Jaloux de la propriété d’autrui, ils la convoitèrent avec audace ; et de mendiants ils ne tardèrent pas à devenir voleurs (p31) », avec quelques raccourcis : « leur moralité suit partout les scélérats. Celle de quelques individus de la bande, dont nous allons parler, mettra nos lecteurs à portée d’apprécier la force de l’exemple et des vices transmis par filiation dans certaines familles de voleurs et d’assassins (p.108) »… Certains portraits de scélérats ne manquent pas de sel, tel celui de La Monchien qui « a eu pour maris quatre brigands, qui tous ont été guillotinés dans la même année ; elle était heureuse dans son choix (p112) »…
Norah GUENEAU © 2004-2007 - Les Beaux Esprits Se Rencontrent (LBESR) : Archivé édition N°31 : 02.XII.06 * * *
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