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Pagination > 450 p.
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Triptyque complet. Afghanistan, 1986 : originale et intelligente, BD remarquable, primée et célébrée à juste titre. La trilogie allie habilement le reportage au dessin, épuré à escient pour servir la photographie, le tout avec un scénario et des anecdotes d’une grande humanité. Vingt ans après les faits, il s’agit d’une deuxième vie donnée à l’immense travail du jeune photographe Didier Lefèvre, parti en décembre 1986 pour un reportage en Afghanistan sur Médecins sans Frontières (MSF). Le pays était alors encore sous occupation soviétique : Mikhaïl Gorbachoff ne déciderait de rapatrier ses troupes du bourbier afghan qu’un peu plus tard, pour terminer avec la guerre larvée entre les troupes du régime de Kaboul soutenu et armé par Moscou, et les moudjahidin équipés par les Etats-Unis : voilà pour l’environnement historique et politique. A noter aussi que le caractère montagneux et l’immensité des paysages de cette nation enclavée sont particulièrement mis en valeur par la riche iconographie, argentique et crayonnée, qui rappelle parfois les voyages de Tintin reporter à qui une case fait explicitement allusion.
Mais la guerre n’est qu’en arrière-fond : le scénario privilégie la vie des Afghans avec de beaux portraits des personnages rencontrés à travers tout un périple à l’est du pays, sans oublier la vie et l’activité des « French Doctors », débordants d’ingéniosité dans l’exercice de la médecine clinique. Le texte fourmille d’anecdotes sociales et culturelles, les remarques sur les us et coutumes locales alternant avec les comportements des Français sur place : le photographe et le personnel de MSF expriment avec un grand naturel leurs émotions, pensées, et parfois aussi leurs découragements et sautes d’humeur, souvent avec humour, humilité ou esprit d’autodérision. De nombreuses blagues égayent ici et là l’atmosphère grave de l’urgence humanitaire. Les animaux sont également présents, essentiellement comme bêtes de transport.
De la centaine de pellicules N&B rapportées, seules six photographies furent en leur temps publiées par les media. Les auteurs en ont repris plus d’un millier, reproduites dans tous les formats possibles, de la planche contact à la photo pleine page ; la majorité des images sont de la taille des cases d’une planche BD, mais en registres ( bandes ) eux-mêmes en nombre et hauteur variables. Le schématisme du dessin rend un étonnant hommage à la photographie : les cases dessinées servent de raccords aux planches de photographies et aux photos insérées à la BD. Les visages sont expressifs et on peut saluer que pareil minimalisme rende aussi bien quantités de détails. Les tons gris et kaki respectent l’ambiance de la photographie, qui signe ici un rare exemple réussi de mélange de genres. Si la trilogie forme un tout, chaque tome constitue un épisode cohérent :
Le Photographe T.1 78 pages - 14 € ISBN 978-2-8001-3372-0
Ce premier volet détaille les préparatifs d’une première incursion clandestine en Afghanistan depuis la ville de Peshawar au Pakistan. Les responsables de MSF précisent quelques unes des élémentaires précautions à prendre pour l’achat de matériel, son conditionnement pour le transport, et le choix du guide. Le passage de la frontière se fait de nuit pour éviter les autorités, douanes et patrouilles, des deux pays. A pied par monts et par vaux, le périple est loin d’être de tout repos : aux ascensions et descentes successives, il faut ajouter les chevaux qui meurent ou glissent dans les ravins, quand ce n’est pas un « Moudj » qui mitraille…
Le Photographe T.2 78 pages - 14 € ISBN 2-8001-3540-9
Après ce voyage harassant, le deuxième volume illustre la vie de la mission MSF : tri des malades selon la gravité de leur état, description des traitements de fortune, avec les moyens du bord, souvent dans des ‘hôpitaux’ improvisés dans une bicoque ou dans une arrière-cour à l’ombre d’un arbre. Le récit restitue aussi certaines des opérations chirurgicales, avec parfois des échecs mettant les protagonistes à l’épreuve. Leurs échanges soulignent l’importance pour les Afghans d’être soignés, même si mort s’ensuit ; ailleurs, on explique en quoi la robe des Afghanes peut aussi être un instrument de libération de la femme, loin des clichés en vogue en Occident. La fin du récit termine sur la volonté du photographe de fausser compagnie à MSF : las, il souhaite rentrer ainsi plus rapidement en France…
Le Photographe T.3 78 pages - 14 € ISBN 2-8001-3544-1
Hélas pour lui, ce retour par un pays en guerre dont il ne connaît que quelques mots, est épique et semé d’embûches ( c’est surtout ici qu’on sent le clin d’œil à Tintin, entre aventures au Tibet et au Sahara ). C’est une succession de tuiles : une escorte qui traîne des pieds puis qui abandonne le jeune Français à son sort, la brume et le froid qui l’engourdissent sur un haut col, un début de folie panique où il frappe sa vaillante monture ( avec de superbes photographies ), ce cheval exténué qui rend l’âme au petit jour, les caravanes qui passent mais l’ignorent, une qui enfin daigne l’accepter et lui extorque des fonds à chaque nouvelle étape, un policier véreux qui l’enferme dans l’attente de dons, etc.
Après la dernière planche, ce dernier album comporte deux surprises : en guise de postface, un bref rappel de la vie de tous ces principaux personnages entre-temps, et un film inédit en DVD, un reportage de 40 min spécialement monté pour cet ouvrage d’après les archives filmées à la même époque par Juliette Fournot, qui apparaît dans le tome 2. Pour toutes les raisons évoquées plus haut, qui en fait en évoquent à peine la richesse, cette étonnante trilogie est un modèle du genre, par la qualité de son information comme par le subtil et intelligent mariage de la photographie, du dessin, et du journal de voyage, d’ailleurs perdu et reconstitué de mémoire… Chapeau.
Gilles de ROKHA © 2004-2007 - Les Beaux Esprits Se Rencontrent (LBESR) : Archivé édition N°24 : 00..00 * * *
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