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13 mai 1787 : une imposante flotte britannique quittait l’île de Wight pour Botany Bay, en Australie. But de l’expédition : offrir dans ces confins du monde une vie nouvelle à plusieurs centaines de condamnés de droit commun, avec un important encadrement militaire. Parmi ces vaillants soldats, un certain Watkin Tench : le chroniqueur de toute cette aventure profita de la longue traversée pour se familiariser avec les détenus, plutôt satisfaits de devenir colons. La flotte effectua une courte escale à Ténériffe avant de se diriger en raison du régime des vents vers Rio de Janeiro, où les autorités brésiliennes réservèrent un accueil chaleureux. Ensuite, au Cap de Bonne-Espérance furent embarquées les bêtes d’élevage destinées à la future colonie : 2 taureaux, 3 vaches, 3 chevaux, 44 moutons et 32 cochons, sans compter les volailles, les chèvres et les bêtes acquises à titre personnel par quelques officiers. Les exilés parvinrent à destination le 20 janvier 1788, pour constater que le site de Botany Bay ne convenait pas à une installation durable. Ils en trouvèrent donc un autre, Port-Jackson, devenu l’actuelle Sydney.
Les premiers contacts avec les aborigènes se firent sans la moindre violence, quelques matelots aidant même un vieillard venu à leur rencontre, en lui rasant sa longue barbe ; il s’en déclara agréablement rajeuni… En février, les lois de la colonie officiellement proclamées devant le peuple rassemblé, le territoire prit le nom de New South Wales ( Nouvelles-Galles du Sud ). Lors de la cérémonie, le Gouverneur incita ces condamnés de droit commun à réformer leur conduite pour profiter d’une vie meilleure, rappelant aux éventuels réfractaires la sévérité des punitions possibles. En avril, avec l’approche de l’hiver austral, les colons bâtirent de solides édifices : vastes baraquements pour les soldats, et modestes cabanes pour les condamnés. Cependant, l’élevage profitant d’une passagère inattention des gardiens, les animaux partirent dans la nature, finissant probablement comme gibier aux aborigènes. Les colons s’habituèrent à la viande de kangourou.
En 1789, le Gouverneur décida de renforcer les contacts avec les populations locales, en organisant la capture de quelques aborigènes pour les retenir momentanément dans la colonie. Cette disposition était censée permettre aux colons de les étudier et, en sens inverse, de leur transmettre connaissances et vocabulaire. Le plan ne réussit que très partiellement : un seul individu fut ainsi fait prisonnier ; mais par chance curieux, il profita bien des leçons reçues. Après une période de réticence, il dévoila son nom ( Arabanoo ) et ceux des collines et rivières voisines, ainsi que ceux d’objets usuels.
Puis, dans des circonstances tragiques, le petit aborigène Nanbaree fut adopté par une famille de colons. Mais la variole l’emporta, et avec lui le succès du plan de rapprochement des communautés, même si par la suite d’autres individus acceptèrent de séjourner temporairement dans la colonie. L’un d’eux devint même buveur de vin, fait unique aux yeux de son peuple. En juin 1790, un navire d’Angleterre chargé des renforts pour la garnison et de nouveaux déportés donna l’occasion de festoyer, et de réaffirmer les termes de la loi de ce petit monde. Le développement du site prit dès lors sa vitesse de croisière, lente et laborieuse. En janvier 1791 se produisit un fait insignifiant, mais d’une haute portée symbolique : les deux belles grappes données par la vigne du Gouverneur fut une marque de l’occidentalisation du mythique continent australien.
Cette narration riche en anecdotes et jugements qualitatifs est donc une importante contribution à l’histoire, avec en particulier les tentatives de communication entre Australiens et Britanniques clairement documentées et illustrées, complétée par l’introduction et l’appareil critique. Un ouvrage utile pour les amateurs de dépaysement et d’explication du monde.
Jean-Baptiste BERTHELIN © 2004-2007 - Les Beaux Esprits Se Rencontrent (LBESR) : Archivé édition N°31 : 01.XI.06 * * *
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