N° 49
 
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PONT Jaume - Le Livre de la Frontière de Musa Ibn Al-TubbiPONT Jaume
Le Livre de la Frontière de Musa Ibn Al-Tubbi
Titre original : Llibre de la Frontera de Musa ibn al-Tubbi
[11] Al Manar
 
153 pages - 18 €
ISBN 10: 2-913896-42-1
7
1 1
3 2
explication
du barème
ArtsLivres
TexteIconographiePertinenceObjet
 Informatif/Intéressant
 Pagination > 450 p.
 Historicisant
 Universitaire
 Appareil critique
 Cartes
 Dessins / Croquis
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 Quadrichromie
 Griffe originale
 Concision
 Cohérence
 Esprit / Génie
 Pluridisciplinaire
 Sujet original
 Cartonné / Relié
 Grand format
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 Autres / Cachet

Présenté comme la ‘redécouverte’ miraculeuse d’un poussiéreux manuscrit du XIIIe siècle, cette belle anthologie de poésie amoureuse arabo-andalouse est un admirable exercice de style, que rehaussent les 22 planches dessinées et calligraphiées par Rachid Koraïchi.

Le Livre de la Frontière ( Kitâb al-Zugr ) est une aventure imaginée entre divers personnages, ou plutôt entre diverses facettes d’un même personnage : Jaume Pont ( universitaire catalan et lauréat de nombreux prix littéraires ), un certain professeur Mohamed Omar Suni ( bibliothécaire de l’Université d’al-Azhâr et découvreur-traducteur du manuscrit ), et enfin le mystérieux Musa ibn al-Tubbi, grand calligraphe du XIIIe siècle, compilateur ou copiste dudit manuscrit. Il faut leur adjoindre les quatorze poètes de cet inventaire ayant vécu aux Xe, XIe et XIIe siècles au nord-est de l’Al Andaluz, soit peu ou prou l’actuelle Catalogne. Musa ibn al-Tubbi fut lui-même originaire du district arabe ( a’mâl ) de Lârida, l’actuelle ville de Lérida ou Lleida en catalan, où vit et travaille l’auteur.

Genèse d’un Exercice de Style

A l’évidence bon connaisseur et grand amateur de poésie arabo-andalouse, Jaume Pont prit grand plaisir à ce voyage temporel dans la culture mozarabe, tout en se fondant dans les personnalités fictives de quatorze poètes de cette lointaine époque. Le chiffre même de quatorze interpelle comme moitié du mois lunaire, si présent dans la culture arabe : quatorze est donc l’équivalent des phases croissante ou décroissante de la Lune, selon qu’on considère la créativité ou l’immersion dans les sentiments. Tous les poètes ou mystiques cités, qu’ils soient hommes ou femmes, ont une voix personnelle, un verbe et un style propres, qui témoignent du talent littéraire de Jaume Pont.

De plus, pour chacun de ses personnages dans lesquels il sut se fondre, la sélection des poèmes est précédée d’une biobibliographie détaillée, chacune créée de toutes pièces mais dont l’originalité et la saveur des détails constituent un exercice littéraire à part entière, quand bien même éloigné de la poésie qu’il sert. En fait, l’appareil critique s’avère être ici une œuvre parallèle, puisqu’aux quatorze biographies s’ajoutent, en guise de présentation, les Quelques notes sur l’histoire de ce livre qui ouvrent l’ouvrage. Ecrites dans le style et le ton universitaires, le lecteur apprend l’histoire atypique de cette découverte, le détail des délais et problèmes rencontrés, avec diverses précisions et réserves sur l’originalité des textes poétiques. L’ensemble termine par une liste des noms arabes, propres et communs, employés dans les poèmes et notamment dans l’appareil critique ( notes et bibliographies ).

Tout a donc été fait pour rendre cette découverte crédible, tout en effaçant les aboutissants de l’entreprise. Ainsi de la dernière lettre du professeur Sumi, lequel avait chargé Jaume Pont de traduire en catalan ses propres traductions et annotations en français et italien du manuscrit, et qui met un terme à leur relation épistolaire ; les deux protagonistes ne se seront jamais rencontrés : « avec la livraison de ces traductions, il n’y a plus d’autre horizon entre nous deux que le silence des années et les mots des vers que vous avez aujourd’hui entre les mains. Ne cherchez pas, mon ami, à dresser un mur entre nous, par votre fidélité d’érudit et votre souci de documents. C’est inutile. Le manuscrit restera où il est resté le long des siècles. Je préfère l’esprit de la lettre à la lettre elle-même. Ne tentez pas de verrouiller la plaine. Vous me direz que c’est là un préjugé anti-historiographique, un purisme insensé hérité de ma conscience libertaire. Vous avez peut-être raison. Mais c’est mon choix, aussi entends-je y rester fidèle (p.24) ». Naturellement, les efforts ultérieurs de retrouver le manuscrit restèrent vains, et l’écrivain derrière l’exégète Jaume Pont prit soin de brouiller les pistes : « la bibliographie reste sommaire, car nous l’avons limitée aux œuvres utilisées dans les citations. Toute surcharge érudite, dans la mesure où nous étions privés du manuscrit, nous semblait artificielle et inutile, et c’eût été au détriment de la dimension poétique des textes, qui, dans le Livre de la Frontière, doivent, ici et dès à présent, occuper la première place (p.26) »…

Extraits

Les formes poétiques alternent et varient entre les quatorze poètes, à savoir fragments ( qitâ’a ), poèmes ( qasîda ), satires, ou encore aphorismes, comme ceux de ‘Abd Allâh ibn Yahyâ ( extraits, pp.34-36 ) :

Ecrire avec son sang le livre de l’esprit

D’abord tes lèvres, puis le vin

Cet œil qui écoute parmi les ombres

Le joie est la semence de l’âme

Ce n’est qu’avec la mort que nous apprenons à être seuls

Le bûcher emportera mes livres, pas ma pensée


Il y a aussi quelques femmes ; personnellement, c’est justement l’Eternel féminin de Jaume Pont qui m’a le plus interpellé sous l’identité de Halwâ al-Abbâr « al-Miknâsiyya » ( † 1064 ), dont voici deux des huit poèmes ( centrés dans l’original ) :

Tourment (p.60)

Naguère nos corps ne faisaient
qu’un seul corps, une seule âme.
Et toi, tu fus l’amant,
moi l’aimée, l’infortunée aimée.
A présent tu es mon seigneur et je suis ton épouse.

Voici le fruit d’une vie tourmentée
sur ce chemin plein de cailloux
que les orphelins appellent l’amour.

Indifférence (p.61)

Elle ne l’empêcha pas d’entrer
dans sa chambre
et ne lui dit pas de mots
pleins de rudesse.

Elle le regarda simplement dans les yeux,
comme s’il était un étranger chez elle.


Dans un tout autre registre, la leste et mordante Zaynal bint Yûsuf ( 994 – 1072 ) montre une intelligence affranchie, toute féminine du reste, qui littéralement crucifie l’ego de ses benêts d’amants :

Si un jour ma langue
meurt d’épuisement,
ce ne sera que de t’avoir appelé […]
( extrait, p.40 )

Pourquoi tant insister sur les dociles préambules de l’amour ?
D’où te vient cette manie de prolonger l’office ? […]
( extrait, p.41 )

[…] Je savais que tu étais un peu aveugle
et qu’en matière d’amour tu dérapais
plus qu’il ne faut,
mais pas au point de confondre
un jardin plein de musc et de fruits tendres
avec cette flaque pleine de pourriture.

Je ne me plains pas du choix,
mais du temps perdu.

Remue donc ton petit cul d’anguille,
très chaste inverti,
et cherche un nouveau nid qui accueille
le piètre moineau
que t’a donné la nature.
( extrait, p.42 )

Lettre au même (p.43)

Je vois à ton billet rimé
que faute de talent qui embellisse
de collier de mensonges
auxquels tu m’as accoutumée,
tu recours à la larme facile
et à la fraude peu subtile de la métaphore.

Si tu fus un amant mou et maladroit,
si tu chantais comme un eunuque,
à présent je sais aussi que tes vers
ne te nourriront pas non plus.

Il te reste au moins la consolation d’être un homme
assez simple et équilibré.
La balance de Dieu a rendu sa justice :
Tu boites de la plume d’en haut comme de celle d’en bas.


De fait, la satire est récurrente aussi bien chez les hommes, comme ces deux citations tirées des biographies respectives d’Abû-l-‘Abbas al-Magribî (1102) et de Muhammad al-Amir ibn Shâraz (1121) :

« En raison de sa vie dissolue, dit Ibn al-Tubbî, ses nombreux détracteurs le nommaient malicieusement ‘l’étoile à cinq pointes’, deux pointes pour se maintenir debout, deux autres pour compter l’argent et le cinquième, on ne la voit pas, car elle est toujours fourrée dans le premier trou venu. S’il faut en croire Ibn al-Tubbî, sa renommée était rehaussée de touches de cruauté au raffinement d’un goût douteux : ‘Il avait pour habitude de cultiver dans ses jardins toutes sortes de fleurs, cultivées avec art dans les crânes de ses amants et familiers disparus’ (p.86) ».

« Très jeune, il était déjà connu à Lârida pour son habilité et son génie dans l’improvisation de vers et pour fréquenter les tavernes des chrétiens. En revanche les critiques ne lui manquèrent pas. Ses détracteurs disaient de lui que dans sa vie il avait fait plus d’enfants que de vers, ce qu’Ibn Shâraz prenait vaniteusement comme un éloge (p.103) ».

Erwan L'HELGOUACH

© 2004-2007 - Les Beaux Esprits Se Rencontrent (LBESR) : Archivé édition N°31 : 16.XII.06

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