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 | HADDAOUI Monia – BECART Anne | | Ils ont lapidé Ghofrane | | | [8] Des Femmes
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151 pages - 9 € ISBN 10: 9782721005427
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| Texte | Iconographie | Pertinence | Objet | Informatif/Intéressant
Pagination > 450 p.
Historicisant
Universitaire
Appareil critique
| Cartes
Dessins / Croquis
Photos / Reproductions
Quadrichromie
Griffe originale
| Concision
Cohérence
Esprit / Génie
Pluridisciplinaire
Sujet original
| Cartonné / Relié
Grand format
Papier spécial
Maquette / Typographie
Autres / Cachet
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Témoignage sans fard ni haine de la mère de Ghofrane, 23 ans et qui, sur le point de se marier, fut massacrée à coups de pierres. Dans ce récapitulatif des faits et démarches pour rétablir la vérité, Monia Haddaoui rappelle ses principes de vie et en dénonce d’autres. En avril 2007, tandis que Sophie Gravaud était retrouvée étranglée près de Nantes après avoir été enlevée, le Tribunal de Marseille condamnait à 23 ans de prison, deux des meurtriers de Ghofrane qui l’avaient lapidée en octobre 2004. Comme pour tant d’autres affaires, l’incompréhension prime : pourquoi ces jeunes femmes, actives, indépendantes, appréciées de leur entourage, finissent-elles sous les coups de ces brutes ? Le procès de ces derniers ne put y répondre, pas plus que l’enquête préliminaire sur le suspect qui aurait supprimé Sophie. C’est donc cette question capitale qui transparait de ce livre écrit par la mère de Ghofrane. Avec force et argumentation, mais sans haine ni agressivité, Monia Haddaoui développe les valeurs phares qui ont guidé sa vie et qu’elle a transmises à ses enfants : « j’ai mis au monde six enfants, et chacun porte un prénom dont la signification m’importe beaucoup […] Ghofrane signifiait ‘le pardon’(p.34) »…
Un meurtre indicible
Dirigée par une mère tunisienne débarquée à Marseille avec son premier mari et sa première fille âgée de quelques jours, la vie de cette famille de six enfants fut bouleversée lorsque l’aînée, qui préparait son mariage, fut retrouvée morte sur un terrain vague. Les premières informations de la police évoquent des gifles… mais comment des gifles pouvaient-elles envoyer un adulte à la morgue ? Et surtout avec pareils symptômes de violence ?
« Le monde s’est écroulé. C’était catastrophique. Ghofrane avait été massacrée. On avait taillé son oreille droite et arraché à vif le lobe de son oreille gauche. Ses lèvres étaient éclatées, et on lui avait cassé les dents, qu’elles avaient pourtant si belles. Elle avait un trou à la tempe gauche, par lequel son œil avait été déplacé. Tous les doigts de sa main gauche avaient été écrasés, et particulièrement l’annulaire, qui avait été littéralement broyé. Ses côtes avaient été brisées, et elle portait des hématomes sur le torse. Le médecin légiste l’avait rasée, et elle était marquée des entailles de l’autopsie. Mais surtout, son crâne avait été fracassé. On pouvait voir l’impact de trente et un coups à la tête. Trente et un trous. En la touchant, j’ai senti de petits morceaux d’os se déplacer sous la peau. Selon le rapport d’autopsie, elle aurait agonisé entre dix-huit et vingt-quatre heures. Les herbes avaient été foulées et couchées autour de son corps. Elle avait cherché à échapper à ses bourreaux sans y parvenir (p.18/19) » ? Dans cette descente aux enfers, sa mère décida de chercher elle-même les preuves du meurtre de sa fille : « je me suis préparée : je me suis habillée, je me suis maquillée, et je suis partie au combat (p.25) »…
Combattre comme Thérapie
Après avoir enterré sa fille en Tunisie aux côtés de son père, Monia Haddaoui, qui avait déjà ramassé 28 pierres sur les lieux du drame, commença à nouer des liens avec les fugueuses et le monde interlope qui évolue sous la fenêtre de son appartement. Obtenant des informations auprès de témoins retrouvés, elle permit de fil en aiguille à la police d’arrêter deux jeunes hommes qui se contrediront, avoueront, et finiront par être confondus et condamnés, l’ADN d’un d’eux ayant été trouvé sur les pierres qui ont frappé Ghofrane.
Les victoires remarquable de Monia Haddaoui furent d’avoir réussi à alerter l’opinion par des manifestations, soutenues par des collectifs tels que Ni putes, ni soumises, et ensuite d’avoir fait requalifier le chef d’accusation en « actes de barbarie » : « de nombreuses personnes ont contesté le terme de ‘lapidation’ […] mais je n’ai jamais cédé : je maintiens que Ghofrane a été lapidée. Tuer quelqu’un à coups de pierres en réunion, c’est le lapider […] il s’agit d’un pratique qui relève de la tradition, et non pas de la religion, et qui déshonore ceux qui l’exercent au nom de Dieu […] il est à craindre que dans l’histoire de l’humanité, de nombreuses personnes aient eu à subir cette mort atroce – juives, chrétiennes et musulmanes confondues (p.100) ». Et elle de réfuter la défense du jeune présumé coupable, qui avait invoqué le crime passionnel après avoir été éconduit par Ghofrane : « je trouve tout de même incroyable que, à chaque fois qu’une femme souffre de violences, et même en meurt, les médias trouvent des raisons qui minimisent la responsabilité des coupables ! On argue du crime passionnel, de l’enfance difficile… Mais qui donc peut se targuer d’avoir une vie facile ? Qui d’entre nous a toujours tout vu en rose ? La plupart des gens ont souffert, mais ne sont pas devenus délinquants ni criminels pour autant… (p.72) » !
D’autant qu’elle détaille le problème : « on dénonce souvent – et à juste titre – les crimes d’honneur en cours dans certains pays musulmans. Par ‘crimes d’honneur’, on entend : assassinats de femmes par leurs mari, père ou frère(s), qui se disent ‘bafoués’ par une conduite inadmissible. La ‘faute’ ne peut alors être lavée que dans le sang. Dans de nombreux pays, la juridiction ne prévoit pas de punition pour les crimes de ce genre et les assassins sont systématiquement innocentés. Dans le meilleur des cas, les peines encourues sont minimes […] j’affirme qu’ils existent également sous une forme un peu différente en France. Mais en France, on les appelle ‘crimes passionnels’… Plaider le crime passionnel pour un meurtre permet souvent au coupable de bénéficier d’une peine réduite et d’éviter la perpétuité (p.79) ». Il y a aussi les raccourcis : « des gens m’ont dit ‘c’est l’alcool qui a tué ta fille. Dieu t’a punie, toi qui es musulmane et qui vends de l’alcool’. Je refuse ce discours. Je suis musulmane, mais mon islam est très souple. Et à mon sens, travailler pour nourrir mes six enfants, c’était déjà une prière. Je refuse d’autant plus ces accusations que les mêmes personnes qui les ont formulées stigmatisent l’alcool, mais considèrent que le haschisch est hallal (p.46) » ! Et de conclure : « la mort d’un enfant ne peut être la punition d’aucune faute : c’est une souffrance bien trop cruelle (p.46) »… Norah Guéneau © 2004-2007 - Les Beaux Esprits Se Rencontrent (LBESR) : Archivé édition N°33 : 16.V.07 * * *
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