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 | GARDES Joëlle | | Jardin sous le Givre | | | [7] Aden
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121 pages - 15 € ISBN 13: 978-2-84840-094-5
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| Texte | Iconographie | Pertinence | Objet | Informatif/Intéressant
Pagination > 450 p.
Historicisant
Universitaire
Appareil critique
| Cartes
Dessins / Croquis
Photos / Reproductions
Quadrichromie
Griffe originale
| Concision
Cohérence
Esprit / Génie
Pluridisciplinaire
Sujet original
| Cartonné / Relié
Grand format
Papier spécial
Maquette / Typographie
Autres / Cachet
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Récit d’une relation qui s’étiole, entre accusations et incompréhension mutuelles. D’une plume juste et sans artifice, sûre et sans concessions, l’auteur dépeint une situation fréquente hélas, dont l’évolution peut servir de bonne chronique de ce qu’un couple ne doit pas faire … David contemple sa femme dormir qui, après les émois enflammés, ces derniers temps garde ses distances et lui fait des scènes : voilà l’ambiance dès le premier chapitre. Lucie de son côté le trouve mollasson et étouffant à force de la couvrir de son amour : « ‘si tu crois que c’est agréable de vivre avec quelqu’un d’aussi casanier. Dire que je me suis préparée pour toi ! ( Elle arrache ses bijoux et les jette par terre ). Tu ne me vois même plus. Tu ne m’aimes plus. Tu ne m’as d’ailleurs jamais aimée. Je sais bien pourquoi tu m’as épousée, pour que je te serve de cuisinière et de paillasse’. Tout aussi soudainement, la colère l’abandonne, mais elle reste raide et refuse tout geste de tendresse (p.41) ».
De plus, elle jalouse la complicité qui le lie à sa mère et à son sage ami, Claude, divorcé et revenu de ses illusions : sa femme l’a quitté pour un homme plus riche et un monde plus miroitant. C’est que David est resté le petite garçon de sa mère, ce qui a le don d’exaspérer Lucie qui a besoin d’une force de caractère, ‘d’un homme, un vrai’… Or les femmes pardonnent rarement la faiblesse masculine, surtout leurs tendres souvenirs d’enfance : « - ‘voilà encore des contes de bonne femme. On t’a raconté trop d’histoires quand tu étais enfant’. David frémit en entendant ce ‘on’, qui est une condamnation définitive des fées qui se sont penchées sur son berceau, sa mère, sa tante et ses grands-mères. Est-ce sa faute si Lucie n’a pas connu sa mère ? (p.65) »… C’est que Lucie n’a pas eu une adolescence saine et heureuse, entre un père qui n’eut cesse de la protéger de l’extérieur, et une mère froide qui ne sut l’aimer ni lui donner un peu de tendresse.
Chronique d’une mort annoncée
Devant tant d’incompréhension de part et d’autre, ce roman relate la descente aux enfers d’un couple qui s’aime encore, mais dont chacun est devenu un relatif étranger pour l’autre. En proie à des humeurs de plus en plus violentes, Lucie devient vindicative et lui de plus en plus contrit et amer, n’osant prendre le taureau par les cornes et secouer le cocotier : « elle étend sa main par-dessus la table et effleure celle de David. C’est un geste rapide, presque furtif, qui le remplit de gratitude, et qu’il accueille en silence, de peur de l’effaroucher. S’il avait la sagesse, ou la résignation de Claude, il apprécierait l’instant. Mais il n’adhère qu’à la douleur, qu’il éprouve sans distance. Pour le reste, par une infirmité qui le navre, il est un spectateur de sa vie. Il agit et son double qui le regarde se livre à des commentaires grinçants. « Elle a sûrement quelque chose à se faire pardonner (pp.29-30) ».
Et leurs multiples tentatives tacites de réconciliation sont tournées en dérision par l’autre, surtout par David qui entend ainsi signifier sa douleur : « il éprouve même un éclair de haine pour cette femme qui croit que sa souffrance lui donne le droit de faire souffrir les autres, pour cette femme dont la seule puissance est la tyrannie qu’elle exerce sur lui (p.71) »… Chacun vit en prenant des pincettes, tous deux conscients cependant du simulacre, qui vire invariablement à la scène conjugale : « arrivé à ce stade de la conversation rituelle, elle s’en prend à Claude, qui est un bouc émissaire tout trouvé. David sait qu’il ne doit pas l’interrompre s’il ne veut pas lui-même être pris à parti. Elle finit par se lasser. Faute d’aliment, sa colère s’éteint et elle part en claquant la porte. David préfère cela aux crises de larmes et aux migraines qui s’ensuivent, de plus en plus violentes. Elle s’enferme dans l’obscurité de son bureau et il reste seul dans le silence de la grande maison (p.52) ».
Lève-toi et marche
Le titre annonce cependant un espoir qui couve sous le glacis de cette relation : c’est à force de l’acculer que le plus faible puise la force de prendre les devants. Lucie, entre autres erreurs, commet celle de révéler une aventure à quelqu’un qui n’avait vraiment pas besoin de cela : « il avait souri avec confiance et elle lui avait brisé le cœur (p.68) ». Mais tel un rappel de ce vers de Khalil Gibran, « much pain in self-chosen », une inconnue avec qui il bavarde à une soirée voit juste et lui met les points sur les i : « c’est toi qui veux bien souffrir. Le monde est peuplé de beaux fruits qui attendent d’être cueillis (p.58) »…
Prenant progressivement du recul, David devient presque philosophe, se demandant par exemple « comment, s’il était une femme, il supporterait les mains des hommes, leur odeur forte, leur barbe dure. Il aurait peur d’être brisé. Il entrevoit que le refus de Lucie d’avoir un autre enfant n’est que le souci de rester entière. La vie d’une femme, se dit-il, se passe à être forcée, de l’extérieur par l’homme, de l’intérieur, par l’enfant qui naît. David devine la panique qui doit d’emparer d’elle (p.72) ». Et de s’apercevoir finalement que chacun dans son couple vit le même calvaire : « Lucie et lui, si différents en apparence, sont en réalité semblables. Ils s’interdisent l’un et l’autre tout abandon, elle, par peur que son être n’explose, et lui, par crainte d’être puni. Autres causes, mêmes effets : un corset qui les comprime (p.101) »… Nicolas VAILLANT © 2004-2007 - Les Beaux Esprits Se Rencontrent (LBESR) : Archivé édition N°34 : 10.VII.07 * * *
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