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Première traduction française de la version établie en 1945 par l’UNAM : le Códice Chimalpoca, Anales de Cuauhtitlán y Leyenda de los Soles retrace les théogonie et mythologie aztèques. Suivi d’une seconde version, l’Histoire du Mexique d’André Thevet. La Légende des Soleils conte l’histoire de l’origine du peuple Aztèque, depuis sa migration de la mythique Aztlán à la fondation de la capitale de leur future capitale, Tenochtitlán, vers 1325, sur la feue lagune de l’actuelle Mexico. Le titre se réfère à quatre cycles antérieurs précédant l’ère aztèque, cinquième du nom, le cinq étant pour ce peuple synonyme d’instabilité ( pour plus de détails, voir notre article D’Aztlán à Tenochtitlán ). Qu’il suffise de préciser ici que la prophétie de leur fin ne fut pas sans incidence sur leur perte face aux quelques centaines d’hommes de Hernán Cortés ( l’orthographe « Cortez » est une fantaisie purement française ).
Si ladite Légende des Soleils résulte d’une « copie incomplète d’un manuscrit disparu datant de 1558 (p.11) » traduit d’un codex nahuatl, la version d’André Thevet ( plus connu comme auteur des Singularités de la France Antarctique (1557) » provient d’un manuscrit espagnol traduit du nahuatl, tous deux perdus. L’important appareil critique permet de corroborer l’essentiel des détails transmis par le premier texte, tout en explicitant les nombreux points où le cosmographe de Henri III prit des libertés, soit par ignorance, soit par interpolation, soit par goût de l’extraordinaire, soit encore par corruption du texte original. Il convient de dire que l’avalanche de noms divins et temporels a de quoi dérouter le néophyte, d’où la quantité de commentaires linguistiques en bas de page.
Un éclairant appareil critique
Les nombreuses notes établies par le traducteur et commentateur Jean Rose permettent une lecture plus fidèle de l’esprit aztèque. Sa très intéressante introduction insiste sur de nombreux points, à commencer par la logique analogique des Mésoaméricains, qu’on peut aussi rendre par une certaine forme de pensée symbolique : « elle n’est pas soumise à une structuration logique, mais fonctionne selon le mode de l’analogie. Elle établit entre les êtres et les notions des rapports de ressemblance et d’opposition qui lui sont propres, hors de toute rationalité, ou, si l’on veut, selon une rationalité différente de la nôtre (p.27) ». De là quelques passages sur le dualisme conceptuel des Aztèques, que partagent nombre de langues comme le chinois : « on reconnaît aisément une notion que toutes les civilisations paraissent avoir en commun : l’union des contraires (p.19) », de plus en plus absente de la civilisation occidentale contemporaine. A noter toutefois que les Européens étaient eux-mêmes rares à l’époque de la conquista à réfléchir sur le mode ‘rationnel’, c'est-à-dire analytique ou cartésien comme on dit volontiers dans l’Hexagone.
Un autre développement d’intérêt est l’explication donnée aux nombreux sacrifices humains, et qui tant horrifia les premiers chrétiens au Nouveau Monde. Vivant sous le cinquième soleil, les Aztèque se savaient condamnés à un désordre, à un déséquilibre : « tout ce que nous savons de la civilisation aztèque renvoie à un sentiment de crainte, d’angoisse devant le destin. Moctezuma tentait d’y répondre par une piété méticuleuse. La multiplication des sacrifices, qui semblent avoir été plus nombreux que jamais sous son règne, traduit son désarroi. Selon les chroniques, les années qui précédèrent la Conquête virent se traduire une série de prodiges qui semblaient annoncer la fin des Aztèques […] Pour les Aztèques, le sacrifice est une nécessité inéluctable. Le mythe en établit le modèle et en détermine l’obligation : pour que l’univers vive et se mette en mouvement, les dieux se sacrifièrent. Désormais, les Aztèques devront sans cesse renouveler le geste divin. En effet, le mouvement initial ne se conserve pas : l’Univers s’épuise (pp. 20-24) »… Cela relativise bien le cliché d’une civilisation sauvage assoiffée de sang, tout comme les Mongols qui, un peu avant, avaient dû poursuivre leur politique de conquêtes sous peine de d’effondrement de leur cohésion. Pour terminer, quelques lignes sont dévouées au mal nommé calendrier aztèque et à l’influence qu’eut la prodigieuse cité de Teotihuacán. Claudio SEPULVEDA SCHULZ © 2004-2007 - Les Beaux Esprits Se Rencontrent (LBESR) : Archivé édition N°36 : 01.I.08 * * *
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