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 | HAMON Hervé | | Tant qu'il y aura des élèves | | | [33] Seuil (Le)
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294 pages - 18 € ISBN 10: 2-02-057071-8
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| Texte | Iconographie | Pertinence | Objet | Informatif/Intéressant
Pagination > 450 p.
Historicisant
Universitaire
Appareil critique
| Cartes
Dessins / Croquis
Photos / Reproductions
Quadrichromie
Griffe originale
| Concision
Cohérence
Esprit / Génie
Pluridisciplinaire
Sujet original
| Cartonné / Relié
Grand format
Papier spécial
Maquette / Typographie
Autres / Cachet
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Vingt ans après Tant qu'il y aura des profs, Hervé Hamon revient dans les établissements qu'il avait visités : niveau des élèves, orientation, ghettoïsation de certaines écoles, état d'esprit des profs, il examine tout, avec rigueur et clarté. QUELQUES CONSTATS
Chacun des six chapitres traite d'un problème du système éducatif. Le premier chapitre Retrouvailles expose l'évolution des établissements, filières, élèves et profs depuis la visite de 1984 : un bâtiment neuf remplace le collège miteux, le bac pro redonne du lustre à un cursus déconsidéré… Mais les adolescents des banlieues sont plus « exilés » qu'avant, et les profs s'apprêtent à partir nombreux à la retraite en meilleure santé qu'ils ne le disent.
80 %
Le niveau des élèves, n'en déplaise à certains, monte régulièrement même s'il délaisse de plus en plus de jeunes gens. Les 20% de candidats échouant au bac se sentent rejetés par un système qui consacre un budget croissant aux 80% de reçus, dans une société qui a le fétichisme du diplôme : « la plupart des autres pays développés offrent des voies d'accès à l'emploi nettement diversifiées (p.76) ».
Or le corollaire est l'orientation : l'auteur souligne l'exception française de conférer à l'école toute latitude dans cette décision. Dès lors, l'institution se retrouve maîtresse à la fois « du terrain, des règles du jeu, de la partie, des joueurs, des spectateurs et de l'arbitre (p.80) ». Et entre autres anomalies, il évoque le sexisme parfois revendiqué des enseignants, et leur intolérance vis-à-vis des élèves qui n'ont pas l'âge 'normal'.
Carte Scolaire et carte du Tendre…
Le troisième chapitre est consacré à la carte scolaire, et aux divers moyens en œuvre pour la contourner par ceux qui les connaissent : suivant qu'on est cadre ou enseignant, l'enseignement privé sous contrat ou le choix judicieux des options assurent une scolarité dans un bon établissement. Il en résulte malheureusement une ségrégation de plus en plus criante.
La situation de certaines banlieues, mot qui a pris une connotation négative en oubliant combien certaines sont agréables, est préoccupante : « les tournantes, c'est vrai. Les violences familiales, c'est vrai. Les incivilités, et de plus en plus tôt, c'est vrai. Le territoire quadrillé par les garçons, le racisme interethnique, c'est encore vrai. Et puis les morts, l'abondance incroyable des décès, des maladies, des invalidités. Tout cela m'est confirmé de la façon la plus catégorique (p.121) ».
Mais cela ne signifie pas que l'école ait démissionné : « on y vit, en banlieue, on y enseigne et on y étudie, c'est l'essentiel des jours (p.121) ». Le phénomène semble dû à l'art singulier de la France à transformer sans le dire un examen en concours : « il ne suffit pas d'avoir le bac, il faut avoir le bon bac. Il ne suffit pas d'avoir le bon bac, il faut l'avoir avec mention. Il ne suffit pas de l'avoir avec mention, il faut produire, en plus, un livret exceptionnel. Il ne suffit pas de produire un livret exceptionnel, il faut que celui-ci émane d'un établissement hors pair, etc. (p.139) ».
De ce fait, le système fonde implicitement la réussite des uns sur l'échec des autres. Comment s'étonner alors que la violence scolaire défraie la chronique ? « Ils trichent, les enfants. Ils font comme si et ils ont tort. Où donc l'ont-ils appris, et de qui ? (p.154) »…
Les Erreurs de Casting Hervé Hamon livre ses conclusions sur « l'introuvable gestion des ressources humaines », sous-titre du chapitre. A partir de trois histoires vécues qui feront sourire tous les DRH de France et de Navarre, il montre que, sous le prétexte qu' « un prof égale un prof (p.160) », l'Education Nationale produit un énorme gâchis : compétences non exploitées, fragilités ignorées, concours valable à vie, et avancement régulier à l'ancienneté, c'est le credo de l'institution, défendu par les intérêts des syndicats.
Et si les enseignants ne sont pas vraiment malades, ils « trahissent une fragilité ciblée (p.178) » que révèle leur surconsommation de psychotropes. Leurs responsabilités sont énormes, mais leur fameux statut les infantilise, car n'encourir aucune sanction même quand on commet une faute grave implique aussi de ne jamais être valorisé quand on accomplit du bon travail et condamne à la perpétuelle peur de mal faire. Le prix de « l'indépendance absolue, c'est l'absolue solitude (p.181) ».
Quelle marge de manœuvre pour les pédagogues ? Dans le cinquième chapitre, le lecteur profane découvrira les sources de conflits entre profs 'savants' et profs 'pédagogues', le manque de recul professionnel de certains enseignants vis-à-vis d'élèves jugés provocateurs. Il y découvrira aussi les expérimentations pédagogiques plus ou moins clandestines et plus ou moins cautionnées par l'institution si attachée à l'égalitarisme, sinon à l'égalité, et l'épineuse question de l'évaluation des résultats dans l'école française…
Constat final Hervé Hamon observe à quel point le milieu enseignant s'émiette à cause de la disparition de sa culture commune… Il souligne aussi que la revendication de moyens financiers toujours croissants masque l'essentiel, et que le débat sur le collège unique, crucial, est pourtant mal engagé, pour trois raisons : la fameuse interchangeabilité des profs, leur réticence à travailler ensemble, et les problèmes de l'évaluation.
Voilà donc une belle bouteille jetée dans la mer de l'Educ' Nat'.
Le fond fait passer la forme…
Certaines tournures de phrase sont incorrectes : « Stéphanoise, fille d'un ouvrier agricole, il lui fallait très vite gagner sa vie (p.33) », car une apposition en tête de phrase qualifie toujours le sujet de cette phrase ; or le sujet ici est un "il" impersonnel. Et puis on sent parfois les erreurs du copié-collé hâtif : « les 'années-Savary' battaient son plein (p.34) ».
Malgré ces approximations, l'auteur a une plume claire et alerte, parfois pleine d'humour. Son enquête est vaste et complète : témoignages variés, comparaisons dans le temps et dans l'espace, analyses de statistiques, points de vue de gens de tous bords politiques et syndicaux.
Il met en lumière les contradictions de ceux qui détiennent un pouvoir, qu'ils soient enseignants, syndicalistes ou politiciens. On trouve dans cet essai des explications aux phénomènes exotiques qui régissent l'instruction publique en France ; on en sort avec une vision générale et documentée qui manque au néophyte comme à ceux qui ne voient le système que de l'intérieur.
par Mélanie Martin ArtsLivres © 2004-2007 - Les Beaux Esprits Se Rencontrent (LBESR) : Archivé édition N°8 : 16.IX.04 * * *
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