N° 49
 
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CUSK Rachel - Arlington ParkCUSK Rachel
Arlington Park
Titre original : Arlington Park
[5] Olivier (L’)
 
292 pages - 21 €
ISBN 13: 978-2-87929-574-9
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ArtsLivres
TexteIconographiePertinenceObjet
 Informatif/Intéressant
 Pagination > 450 p.
 Historicisant
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Roman remarquable : derrière les fenêtres d’une banlieue résidentielle anglaise, se jouent les drames de la vie ordinaire de mères de famille piégées dans la banalité de leurs existences. Une plongée d’une lucidité ravageuse dans un univers de frustrations, déceptions et résignations.

Vingt-quatre Heures d’une Vie de Femmes

Juliet, Amanda, Christine, Solly, Maisie et Stephanie habitent le quartier résidentiel d’Arlington Park. Trentenaires ou proches de la quarantaine, elles ont toutes une maison, un mari, des enfants ; certaines sont encore enceintes, d’autres travaillent. Pendant vingt-quatre heures rythmées par le départ du mari pour le bureau et les allers-retours à l’école, l’auteur les suit pas à pas tout au long d’un vendredi pluvieux, le dernier du mois, comme « un jour de semaine mis en bouteille rangé avec cinq autres identiques, dont la répétition pouvait vous donner une sorte de goût ou une aversion particulière pour son contenu (p. 208) ». Mais aussi, et surtout, le lecteur s’immisce dans leur conscience et leurs pensées, sondant leurs états d’âmes.

Bâti à la manière du grand nouvelliste que fut Raymond Carver et de Short Cuts ( film de Robert Altman inspiré d’un poème et de neuf de ses nouvelles ), on entre de plein pied dans le récit, en poussant la porte de leur domicile, pour assister à un moment de la vie de ces personnages. Dans un style incisif, percutant et original, Rachel Cusk dévoile cette banlieue « barbare jusqu’à la moelle (p.47) », où l’intensité de la vie ne se manifeste qu’à travers l’acquisition et la possession et où des femmes impitoyables s’acharnent à éviter « tout ce qui sentait l’échec ou la difficulté (p.47) ». Sans pathos mais avec une lucidité et un talent remarquables, elle décrit la vie quotidienne telle qu'elle est, avec son lot de frustrations, colères contenues, déceptions et résignations…

Piégées par leurs vies « imparfaites » comme des mouches dans une toile d’araignée, ces femmes étouffent sous le poids du quotidien qui mine leur corps comme leur esprit, avec le sentiment d’être passées à côté de leur vie. Si leur but premier est atteint ( obtenir un mari, une maison et avoir des enfants ), voilà qu’il leur pèse à présent comme une chape de plomb : elles se rendent compte d’être enchaînées dans leur mariage comme Prométhée à son rocher. De leurs vies soudain perçues comme « un terrain d’élevage », ces mères réalisent leur manque de « dessein supérieur », et s’étonnent de n’avoir pas cherché autre chose, d’« avoir oublié de jeter un regard au-dehors pour voir ce qui se passait (p. 158) ».

S’en sont-elles seulement donné le temps ? Ou pensaient-elles que le couple et la maternité suffiraient à leur épanouissement ? L’auteur ne mâche pas ses mots : « tous les hommes sont des assassins, pensa Juliet. Tous. Ils assassinent des femmes. Ils prennent une femme et, petit à petit, ils l’assassinent (p.30) ». Lorsque le mari Benedict s’extasie sur le français « exquis » d’une chanteuse lyrique dont il vient d’acheter le CD avec sa photo dans le livret, « sur une plage vêtue d’une robe ballon verte », Juliet sort intérieurement de ses gonds : « bien sûr que son français était exquis ! Elle n’avait pas été obligée de passer sa vie à s’occuper de Benedict, à acheter de la nourriture pour lui, à laver ses vêtements, à porter ses enfants et à les élever ! Elle avait pu penser à elle-même : elle avait perfectionné son français et puis elle était descendue à la plage dans sa robe ballon (p.46) »…

Toute une Vie bien ratée

Ayant désiré mari, enfants et belle maison, elles sont conscientes de leur chance.
Mais qu’est-il advenu de leurs rêves de jeunesse et de leurs désirs personnels ?
Le temps a passé, elles se sont oubliées dans le tourbillon des responsabilités et vertus domestiques qu’elles se sont elles-mêmes imposées. Ainsi, maniaque du ménage et du rangement, la vie d’Amanda est aussi aseptisée que sa maison ; Juliet pense aux « fois innombrables où une tâche domestique lui était échue, de sorte qu’elle avait acquis de l’expérience et préféré s’en charger parce que c’était plus facile que de le demander à Benedict (p.52) ». Elles se sont rendues peu à peu si indispensables que Juliet « avait compris que si elle n’allait pas acheter à manger il n’y aurait rien dans la maison (p. 52) », qu’« il semblait à Solly que sa vie avait beaucoup de graisse : la difficulté était de trouver un endroit où tailler dans le gras, alors que tout était connecté à tout (p.141) ». Le constat est terrible : rien de fondamental ne peut plus être changé…

La vacuité de leurs vies, l’absence de but ou de trajectoire, est à l’image d’Amanda, qui constate que sa cuisine est finalement trop grande, sa volonté d’en agrandir l’espace n’ayant en fait créé que du vide. Ce vendredi matin, Juliet réalise combien elle est proche de l’oubli, et décide de couper sa longue et terne chevelure : elle découvre le regard stupéfait de ses élèves, comme si sa nouvelle coupe de cheveux révélait enfin son existence et son identité aux yeux du monde. Bouffées par cette vie, il ne reste plus rien d’elles-mêmes, puisqu’elles n’ont rien su en préserver : « qu’allaient-elles devenir ? Que feraient-elles de leurs corps qui se sentaient si raides et maladroits, maintenant que l’avenir s’était relogé dans des enfants vêtus de rouge, jaune et bleu ? (p. 178) ».

Leurs vies peu à peu figées, les femmes d’Arlington Park ressemblent à l’héroïne du beau roman La Femme gelée, laquelle, entre son travail, la cuisine, le ménage et les enfants, a l’impression « d’une vie encombrée à ras bords, [où il n’y a] pas la place d’y fourrer la plus petite goutte d’imprévu, la moindre curiosité ( Annie Ernaux, 1981, Folio, p. 172 ) ». Christine est tellement préoccupée par tous les fléaux de la terre qu’elle en oublie de s’amuser : le problème est qu’elle a aussi oublié « comment s’amuser ». L’absurdité de la vie de Maisie éclate le soir venu, quand son mari rentré de son travail lui en explique le fonctionnement, alors qu’elle « de son côté, lui décri[t] ses propres enfants comme s’il ne les connaissait pas encore, ou comme s’ils étaient des choses dont il pourrait se porter éventuellement acquéreur (p. 209) »…

Des Femmes en Colère

Les ménagères d’Arlington Park ne sont pas désespérées : elles sont en colère. En colère contre elles-mêmes pour n’avoir pas su arrêter à temps le basculement dans l’irréversible : « si vous acceptiez les choses, où aller quand elles devenaient inacceptables ? A qui le dire ? (p.280) », et où puiser la force de dire au mari : « je ne peux pas continuer comme ça (p. 206) » ? Car le sentiment d’injustice plane : quelle récompense pour toutes ces années de dévouement ? Aucune. Ne persiste plus que le triste sentiment d’être « pleine du dépôt des jours gâchés (p.51) ».

Le mari qui part en week-end et la femme qui reste pour s’occuper des enfants n’est pas l’égalité des sexes dont elles avaient rêvée. Amanda pense que « si elle n’avait pas été mariée, elle n’aurait pas été obligée d’aller chez le boucher (p.60) ». Le moindre écart aux règles ( inviter ses amies à prendre un café, faire une virée shopping ) les culpabilise, car cela les détourne de leur temps productif. Dans leurs vies aussi ennuyeuses que la pluie tombant sur Arlington Park, il n’y a pas de place pour la futilité.

Elles tentent malgré tout, chacune à sa manière, de résister à la banalité de leurs existences, de recouvrer un peu de cette liberté perdue, de cette vie qu’on leur a volée. Etre libres et différentes, n’est-ce pas « ne pas faire ce qu’on attend de vous (p. 200) » ? L’auteur analyse avec finesse et intelligence le « mal ordinaire » dont souffrent ses héroïnes, ce mal dont Arlington Park n’a pas le privilège de l´exclusivité et qui sévit dans nombre de banlieues du monde. C’est cela aussi qui rend ces femmes si bouleversantes, car peu importent nos vies, il faut se cramponner, continuer à s’émerveiller et tirer parti de tout ce qu’on peut. Et pour cela, il faut aimer la vie…

© 2004-2007 - Les Beaux Esprits Se Rencontrent (LBESR) : Archivé édition N°35 : 01.I.08

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