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| Texte | Iconographie | Pertinence | Objet | Informatif/Intéressant
Pagination > 450 p.
Historicisant
Universitaire
Appareil critique
| Cartes
Dessins / Croquis
Photos / Reproductions
Quadrichromie
Griffe originale
| Concision
Cohérence
Esprit / Génie
Pluridisciplinaire
Sujet original
| Cartonné / Relié
Grand format
Papier spécial
Maquette / Typographie
Autres / Cachet
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Un véritable manuel, au sens propre, pour bien comprendre les grandes lignes de l’art de la bande dessinée. Clair et richement illustré, il est tout indiqué aux béotiens comme aux fans, ainsi qu’aux historiens d’art curieux du genre. A notre sens, cet ouvrage est une référence. Première bonne impression en feuilletant cet ouvrage, la qualité de sa mise en page : maquette soignée et agréable à lire, aération et marges amples, quadrichromie à chaque fois que cela était utile. Chaque chapitre ouvre sur une page dessinée, reprenant l’amusante couverture créée par Marc-Antoine Mathieu. Manifestement, le livre est loin du sous-produit commercial fait à la va-vite.
La lecture confirme cet avis favorable : d’une clarté exemplaire, l’auteur explique sans simplismes ce que le novice ignorerait. A l’inverse, l’amateur y trouvera une foule de réflexions qui toutes peuvent ouvrir des essais plus approfondis. L’idée de titrer les paragraphes par une question est judicieuse, car elle éveille la curiosité ; que répondre à :
• « Un silence peut-il être éloquent ? » • « Peut-on changer de style à l’intérieur du récit ? » • « Quel est l’importance des influences dans le domaine du dessin ? »
Ou encore :
• « Pourquoi la BD cultive-t-elle le clin d’œil, la référence ? » • « Peut-on rire d’une image ? » • « Le personnage a-t-il droit à l’impassibilité ? » • « La BD défend-elle un point de vue sur le monde ? »
Analyses objectives
Pour illustrer ses exemples, le propos s’est attaché à disséquer des planches choisies parmi un vaste et original choix d’albums. A l’honneur, un bon nombre d’auteurs franco-belges et étrangers, à l’art en marge des productions à succès, tels le trait épuré d’un Calpurnio ou la sensualité d’un Guido Crepax. Les grands noms sont également présents, et l’analyse convaincante en quoi ils sont une référence : humour à allusions de Gotlib, sens de synthèse de Sempé, maîtrise de la gestuelle chez Franklin, etc. Les planches sont reproduites intégralement, permettant une meilleure saisie d’ensemble que la reproduction d’une case ou deux.
L’auteur fut directeur du Musée de la Bande Dessinée à Angoulême de1993 à 2001. Rédacteur pour des revues spécialisées et auteur d’ouvrages de référence sur le sujet, ce manuel est sans parti pris : s’il n’est pas de ces défenseurs de la BD comme 9e art avec tout son militantisme obtus, ses arguments en revanche expliquent ce qui lui assure son immense succès. Dit autrement, l’objectivité est de mise : « on peut […] renvoyer dos à dos ceux qui n’attendent pas grand-chose de la bande dessinée, parce qu’ils la tiennent pour un genre constitutivement inférieur, et ces fans bédévores qui aiment tout, ou peu s’en faut. Vilipender la BD comme telle, ou la défendre jusque dans ses pires errements, sont deux formes d’aveuglement et deux manières de refuser l’exercice du jugement critique (p.130) ».
Loin de tomber dans le superflu du « comment fait-on une bande dessinée de A à Z », l’apanage de maint autres titres, l’auteur s’est penché sur des vraies questions de fond. Il en ressort d’intéressants concepts qui donnent à réfléchir, comme ici à propos de la temporalité : « contrairement à ce que l’on pourrait penser, une image immobile n’est pas nécessairement dépourvue de durée interne. En fait, une vignette de bande dessinée est rarement un instantané. Quand le personnage parle, on doit prêter à la vignette une durée au moins égale au temps nécessaire pour prononcer ( ou lire ) les paroles inscrites dans la bulle (p.25) ».
Les collectionneurs de BD seront peut-être surpris par la théorie suivante : « le corollaire de cette petitesse des images est, naturellement, leur multiplicité. Dans le fond, les vignettes se présentent au lecteur comme les pièces d’une collection déjà constituée, déjà rassemblée pour lui. Si la bande dessinée favorise, comme il semble, plus que d’autres genres éditoriaux, la manie de la collection, c’est, à mon sens, parce qu’elle est déjà, en elle-même, un ensemble fini, dénombrable et organisé, d’éléments fortement différenciés et productions d’affects. (p.203) ».
Enfin, vous retrouverez-vous dans ce petit résumé du plaisir de la lecture d’un album de BD ? « au final, je dirais volontiers que, dans la jouissance que procure la lecture des bandes dessinées, trois composantes entrent en jeu : un plaisir du récit, un plaisir du dessin, et aussi un troisième plaisir qui serait proprement le ‘plaisir du médium’, ce dernier n’étant pas réductible à la somme ou au produit des deux autres. (p.190) » ? Ou serez-vous de ceux qui avancent que « sur le plan du récit : elle serait prisonnière de la tradition de la paralittérature, avec son appareil de stéréotypes et de coïncidences, sa soumission au règne de l’action, son idéal de lisibilité et de transparence. L’art du dessin, pour sa part, s’y abîmerait nécessairement dans l’anecdotique. En somme, on aurait affaire à un médium hybride, un bricolage dépourvu de noblesse et de vérité constitutivement vulgaire et infantile (p.190) »… Séverine Maréchal © 2004-2007 - Les Beaux Esprits Se Rencontrent (LBESR) : Archivé édition N°36 : 08.IV.08 * * *
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