Voici le clip tiré du générique de début ( ou opening, OP ) de la série TV animée Bokura no, locution qui comme adjectif personnel signifie notre ( du singulier boku : moi ; bokura : nous ), ou qui en l’absence de qualifié s’entend aussi comme pronom pour prendre alors le sens de le nôtre ; l’enclitique no a la même fonction que l’indication du génitif anglais comme dans « our’s ». No peut aussi remplacer ga, l’enclitique de marque du sujet, auquel cas bokura no prend les accents hiératiques du pronom pluriel Nous, dans le sens de nous autres. Quoi qu’il en soit, le dernier no du premier verset ( saikō no riaru ga mukō kara ai ni kita no wa / ce qui vint à notre rencontre depuis les confins de la réalité ) se comporte en pronom indéfini ( ce qui ), renforçant l’aspect indicible du thème bokura no. Alors, de quoi s’agit-il ?
L’ouverture commence par un chœur de vocalises célestes a capella, en mode mineur comme dans les chants grégoriens sacrés ; la mélodie semble être de plus un clin d’œil au générique en japonais ancien du long-métrage Ghost in the Shell. En lisant les paroles, le titre de la chanson Uninstall semble renvoyer à l’acte de « désinstallation » d’un programme informatique, dit aussi code. Le contexte invite à prendre cette désinstallation pour une distanciation de la vie réelle, d’une déconnection d’avec la vie de tous les jours… Le refrain quant à lui intime au courage de poursuivre dans cette voie, en preux sans peur pour combattre le train-train quotidien de la māyā, cet « extérieur illusoire » selon les maîtres spirituels indiens, message répété du reste en fin de texte. Face à la vacuité de la quotidienneté, le second couplet invite à quitter la réalité plutôt qu’à la combattre.
Plus précisément, le premier couplet décrit d’entrée une irruption de l’au-delà dont ni la nature ni le nom ne sont donnés, aidé en cela par la laconicité idiomatique du japonais. Ce quelque chose d’intangible venu d’ailleurs, de par delà la réalité, est moqueur et porteur d’un verbe qui laisse la narratrice pantoise ( une Elue parmi les appelés pourtant ). Elle reste même toute confuse sous le coup de la double révélation, que d’une part l’existence humaine est si naïve et primitive, et d’autre part qu’elle-même « n’est qu’une partie insignifiante de cette planète ( hoshi ) », supposée une. Ladite révélation est précisée par l’enclitique to, qui en japonais ici sert d’indice de fin de citation.
La seconde partie de la chanson donne la clé de l’énigmatique personnage : l’inconscient ( muikishi, que qualifie le seul bokura no du couplet ), pris ici dans le sens ‘restreint’ du Soi ( le centre organisateur de la psyché ), et par conséquent la véritable personnalité de chacun par opposition au fanfaron qu’est souvent l’ego ( le moi ). Comme cela est constaté en analyse, les paroles précisent ensuite combien l’inconscient s’arrange toujours pour évoluer et faire entendre sa voix, invitant à réaliser son œuvre et ses désirs, un peu comme le prêche d’un Maître Eckhart… Le lecteur sensibilisé au langage des symboles pourra remarquer au passage la mer sur laquelle glisse un bateau et les pigeons qui se posent ; et vers la fin du clip, les diverses lumières et soleil qui brillent sur fond de ciel bleu…
Ooh… Uninstall… Ooh… Uninstall… Ano toki saikō no riaru ga mukō kara ai ni kita no wa A l’époque, ce qui vint à notre rencontre depuis les confins du réel Bokura no sonzai wa konna ni mo tanjun da to warai ni kitan’da Ne cessait depuis de rire à combien nos existences étaient simplistes et primitives Mimi wo fusaide mo ryōte wo Même en me couvrant les ouïes des deux mains Surinukeru shinjitsu ni madou yo La vérité glissa d’entre mes doigts et m’abasourdit ! Hosoi karada no doko ni chikara wo irete tateba ii ? Dans ce corps étroit, où faut-il puiser la force pour me lever ?
Uninstall Uninstall Kono hoshi no musū no chiri no hitotsu da to « Que je ne suis qu’une des innombrables poussières de cette planète » Ima no boku ni wa rikai dekinai Dépasse même maintenant mon entendement Uninstall Uninstall Osore wo shiranai senshi no yō ni furumau shika nai Il n’est d’autre comportement qu’être tel le guerrier qui ne connaît pas la peur Uninstall… Ooh… Uninstall… Ooh… Uninstall…
Bokura no muishiki wa katte ni togisumasarete yuku yō da Notre inconscient ne cesse de s’arranger pour s’aiguiser selon son bon vouloir Beddo no shita no rinkaku no nai kehai ni kono me ga hiraku toki wa Quand, j’ouvre les yeux à la présence informe [qui se tient] sous mon lit : Kokoro nado nakute nani mo ka mo kowashite shimau hageshisa dake Mon cœur par exemple ne ressent rien d’autre qu’une impulsion à tout détruire Shizuka ni kiete yuku kisetsu mo erabenai to iu no nara Puisqu’il est dit que je ne pourrai choisir la saison de mon départ vers la paix…
Uninstall Uninstall Boku no kawari ga inai nara S’il n’est plus personne pour me remplacer Futsū ni nagarete’ta ano nichijō wo Contre cette quotidienneté qui en général transcourt Uninstall Uninstall Kono te de owarasetaku naru L’envie me prend d’en terminer de mes mains Nani mo warui koto janai Ce n’est une mauvaise chose que de Uninstall
Uninstall Uninstall Kono hoshi no musū no chiri no hitotsu da to « Que je ne suis qu’une des innombrables poussières de cette planète » Ima no boku ni wa rikai dekinai Dépasse même maintenant mon entendement Uninstall Uninstall Osore wo shiranai senshi no yō ni furumau shika nai Il n’est d’autre comportement qu’être tel le guerrier qui ne connaît pas la peur Uninstall…
Dans la version animée, l’inconscient ( le Soi ) est projeté en une image de robot gigantesque ( 500 mètres de hauteur ), une imago dei ( image de dieu ) modernisée dans la lignée des statues divines en taille héroïque que l’Humanité a érigées au cours des siècles depuis l’Antiquité.
2007 • BOKURA NO ( studio Gonzo ) : Notre
|