II.3. PROTAGONISTES 1/2 : Anima & Animus
II.3.1. Yin & Yang : la nature androgyne de la Psyché
La popularisation croissante de certains aspects de la philosophie chinoise ne montre que superficiellement la profondeur du concept du Yin et du Yang. Contrairement à la présentation occidentale qui y voit respectivement un principe féminin et un principe masculin, la pensée chinoise distingue bien les binômes femme / homme et yin / yang. Certes, deux à deux, chacun est considéré comme le pendant de l’autre, mais sans être leur propriété exclusive. Quoique repris de manière simplifiée dans le drapeau coréen ( ce qui n’en fait pas moins le plus humain de tous les étendards nationaux ), chaque moitié du symbole yin / yang comporte une partie de l’autre.
En effet, l’hémisphère noir ( yin ) comporte en son sein un point blanc de son complémentaire yang, et inversement. Dit autrement, si l’homme affiche de manière prépondérante des caractères yang ( chaud, sec, éclairé, etc. ), il a tout autant des caractères yin ( froid, humide, sombre, etc. ), moins visibles mais non moins présents. De là qu’une femme n’est pas davantage exclusivement la récipiendaire de caractères yin, ses qualités yang lui permettent tout autant d’entreprendre des activités perçues comme plus particulièrement masculines.
Le signe du yin / yang est donc un symbole de la nature androgyne de la psyché. Nul n’est tout à fait homme ni totalement femme ; selon le degré de connaissance de soi, la partie complémentaire sera plus ou moins intégrée. Aux deux extrêmes, on aura d’un côté une personne totalement latéralisée ( soit yin, soit yang ), mais dont l’activité compensatoire de l’inconscient présentera des accès typiques du type refoulé. Ainsi, « si la femme n’est pas présente, l’homme reste confiné dans son intellect et lui se retrouve sans sentiment. Cela explique pourquoi certains hommes n’aiment pas la présence de femmes aux comités, etc., parce qu’ils ne sont pas reliés à la part féminine de leur propre psychologie, ( Jung, ADR t.1, p.79 ) », tout en présentant des sautes d’humeur inopinées ou des accès de sentimentalisme exagérés. De l’autre côté, on aura quelqu’un de parfaitement équilibré, dont les fonctions yin et yang seront en harmonie ( rare ).
 Successeur à Jeeg ( cf. infra ), Ga-Kin reprend le thème de l’‘intégration par parties’, avec assemblage et métamorphosable devant une figuration de champ magnétique. L’union du héros ( moi masculin conscient ) avec sa comparse se fait par métamorphose en un double hexagone qui s’appose au sommet de l’élément viril du robot : « l’union du conscient ou de la personnalité du moi avec l’inconscient personnifié comme anima engendre une personnalité nouvelle qui embrasse les deux composants ‘afin qu’après avoir été deux, ils deviennent en quelque sorte un seul corps’ ( ut duo qui fuerant, unum quasi corpore fiant ). La personnalité nouvelle n’est nullement quelque chose d’intermédiaire entre le conscient et l’inconscient elle est les deux. Comme elle transcende la conscience, elle ne doit plus être désignée comme moi, mais comme Soi ( Jung, 1970a, p.130 ) ».
C’est une claire évolution à Jeeg, car la jeune femme participe ici pleinement, en égale à l’homme, ce que soulignent la réunion des opposés ( signes « + » et « –« sur les casques ) et le duo féminin-masculin entre deux des grands ‘ténors’ de génériques de l’époque : Mizuki Ichirō et Horie Mitsuko. C’est aussi la première occurrence d’une femme dans le chant robotique, la première d’une longue série à partir des années 1980 : Horie Mitsuko chanta aussi le générique de Voltes V, le pendant à Combattler V.
1976 • Magnerobo GA-KIN ( Tōei - Japad ) :
II.3.2. Anima & Inconscient
Au lieu du binôme yin / yang, la psychologie analytique réfléchit en termes de anima / animus, l’anima en tant que composante féminine et inconsciente de l’homme, l’animus en tant que le complémentaire masculin et inconscient de la psyché de la femme. Les prérogatives de l’anima et de l’animus ne sont pas des équivalents parfaits du concept yin / yang, mais sont suffisamment proches par l’esprit pour les considérer comme de bons parallèles, car les mêmes archétypes sont en jeu : « ces deux figures dont l’une est masculine et l’autre féminine, Jung les a appelées Animus et Anima. Par ces termes, il entend un système de fonctions agissant de manière à compenser la personnalité extérieure ; c’est en quelque sorte une personnalité interne représentant des qualités qui échappent à la personnalité extérieure, consciente et manifeste. Ce sont ces qualités féminines chez l’homme, masculines chez la femme qui, normalement et dans une certaine mesure, sont toujours présentes mais ne trouvent pas leur place chez un être tourné vers l’extérieur parce qu’elles gênent l’adaptation à son milieu ou à l’idéal établi […] je dois avertir le lecteur qu’il s’agit là de réalités psychiques qui ne se mesurent pas avec les mêmes critères que les réalités concrètes, mais n’en sont pas moins influentes ( Emma Jung, Anima et Animus, pp.67-68 ) ».
Plus précisément, « l’anima est le complément qui assure à l’homme toute son adaptation aux choses inconnues et partiellement connues […] l’anima est la contrepartie de la persona, et l’anima apparaît toujours sous la forme d’une femme ayant une qualité spécifique, parce qu’elle est en relation avec l’ombre spécifique de l’homme […] Une anima peut provoquer les résultats les plus stupéfiants : elle peut envoyer un homme n’importe où dans le monde. Ce qu’une femme ne pourrait faire, l’anima le peut. Si l’anima le dit, il faut y aller. Si l’épouse nous ennuie avec des choses inintéressantes, on l’insulte, mais si l’anima nous harcèle avec des choses insensées ( Jung, ADR t.1, pp. 95-97 ) ». C’est donc le complexe de l’anima qui « perçoit les pulsions inconscientes et les transmettent au conscient […] elle possède justement cette réceptivité et cette liberté vis-à-vis de l’irrationnel ; pour cette raison elle est considérée comme l’intermédiaire entre l’inconscient et le conscient. Ce comportement féminin joue un rôle important chez l’homme créateur. Ce n’est pas sans raison qu’on dit d’une œuvre qu’elle est conçue, qu’elle est arrivée à terme et d’une pensée qu’elle est en gestation ( Emma Jung, Anima et Animus, pp. 21, 25 ) ».
Dans la seconde partie de la série Grendizer ( en France, le célèbre Goldorak ), deux personnages féminins ‘en gestation’ jusque-là, prennent les commandes de deux des trois nefs qui permettent au robot de voyager dans les divers éléments. Il est symptomatique que la première nef, au profil acéré pour mieux voler dans les airs ( la spiritualité ), soit piloté par un homme ( France : Alcor ), alors que les deux autres, aux formes plus arrondies et destinées au voyages en mer ou sous terre, soit dévolues à deux jeunes femmes : la mer et la terre sont les domaines chtoniens du féminin. A noter l’équilibre des deux couples, une quaternité chère aux contes de fée analysés par Marie-Louise von Franz :
1975 • UFO Robo GRENDIZER ( Tōei – Dynamic Planning ) :
( ce générique est analysé au chapitre 30 )
Dans la série suivante, également de Nagai Go, le héros ne peut se transformer ( s’individuer ) et combattre ses démons ( accéder à l’inconscient ) sans le concours de son amie qui lui fournit les composantes nécessaires. Commentaires après le générique :
1975 • Kōtetsu JEEG ( Tōei – Dynamic Planning ) : Jeeg d’acier
Commentaires : • Ce générique a une version courte de 60 secondes, et une version dédoublée de deux minutes. Les paroles n’ont pas d’intérêt majeur, mais l’orchestration, rythmée et relayée par les abondantes itérations en ‘dan dan’ et ‘ban ban’ est propice à la propagation d’ondes alpha, et donc aux *constellation de complexes ; • la définition de Jeeg est « acier », une amélioration de la filiation tetsujin ( homme de fer ) : en alchimie médiévale, l’aspect métallique désignait l’homme resté imparfait ; • le héros, Hiroshi est un prénom japonais courant qui évoque les kanji hiro(i) ( vaste ) et shi ( lettré, gentilhomme ), tout en jouant sur l’anglais hero : ‘Hero Shi’ : ‘gentleman hero’;
Préambule ( 0:00 – 0:09 ) : • la silhouette de la tête apparaît d’abord en ‘aplat’ scintillant, comme une mer brasillant sous les rayons du soleil : le Soi va d’ailleurs bientôt se différencier ;
• une étincelle monte par la droite du second caractère de kō+tetsu ( acier ), imitant celle montant entre les phalanges de Hiroshi lorsqu’il oppose ses poings pour se transformer en cyborg imaginaire qui devient lui-même la tête du robot ; • l’ascension indique une identification de l’homme, du complexe du moi, vers le divin ( le Soi ), ici matérialisé par le robot assemblé ; • les traits et couleurs de Jeeg sont ophidien : figurations de crocs, yeux vipérins, rayures évocatrices d’écailles, calotte verte à rayures jaunes reprenant le motif corporels de Jeeg, qui a une apparence ambiguë et menaçante d’ange/démon ( MaJin ) caractéristique des robots nippons ; ces cornes/oreilles, profilées en ailes de jet, sont une stylisation modernisée de celles de Devilman, création antérieure du même auteur, Nagai Go ;
Développement ( 0:09 – 0:26 ) • le héros roule en moto, symbole de puissance et d’indépendance. L’engin est personnalisé avec des ailerons, symbole que l’appareil peut l’aider à une ascension spirituelle ; • la confrontation avec le mal est quasi-immédiate : il descend un sentier sur pente rocheuse pour rencontrer les soldats ennemis, dont l’uniforme et la coupe sont inspirés des anciens Haniwa des tumuli funéraires ( cf. infra ) ; • première et rapide métamorphose en ascension à nouveau ; puis, tout en descendant, le ciel alors bleu clair vire aux rouges/mauves cruentés, lourdement chargés de strates nuageuses : « un changement de localité signifie une modification de l’arrière-plan psychologique, ce qui veut dire apparition d’un problème d’un ordre différent ( Jung, ADR t.1, p.79 ) ». Le principe est repris pour la trilogie tokusatsu des Uchū Keiji ( 1982-84 ) ; • un volcan apparaît en arrière-plan : Jeeg propulse ses poings et occit deux monstres, le second en forme de dinosaure, symboles de complexes non intégrés et devenus autonomes ; le volcan peut représenter la puissance éruptive et un symbole du Japon ( Fuji-san ) • la confrontation contre les hordes vêtues à la haniwa se fait également sous l’œil vigilant des mêmes Haniwa, célèbres « gardiens d’éternité » en terre cuite des grands tertres funéraires de l’époque Kōfun ( V~VIe s. ). Les Haniwa interviennent ainsi du côté du mal comme du bien. La référence à ce passé solennel du Japon confère à Hiroshi et Jeeg quelque filiation ou la légitimité historique des gardiens sacrés, les sous-titres soulignant le mot haniwa en katakana : Ore ga yametara… dare ga yaru no ka… Si je renonçais… qui donc réussirait ? Ima ni miteiru haniwa genjin zenmetsu da Ce sont les invincibles spectres Haniwa qui maintenant observent ! • l’engagement du héros est fermement martelée : - répétition de l’impératif hashire ( cours ! ), susume ( avance ! ) ; - de profil : Hiroshi en moto, avec Jeeg ( le Soi ) en double plan courant aussi vite ; - de face : Hiroshi en moto, avec Jeeg figuré à l’arrière, en couleurs atténuées. Hiroshi ne pouvant à la fois être lui-même et la tête de Jeeg, cette scène illustre le moi et le Soi courant de conserve. La séquence dédoublée reprend cette scène avec Jeeg courant seul cette fois, en couleurs vives ; - pendant le second cours ( hashire ), rapide plan sur le regard ferme de Hiroshi ;
Métamorphose ( 0:27 – 0:53 ) • apparition de la nef armée portant les éléments corporels de Jeeg ; les avions pouvant servir de symbole moderne à l’archétype de l’oiseau, ses possibilités offensives rappellent le rapace annonciateur et porteur du message divin, comme l’aigle ; • cet avion est piloté par la compagne de Hiroshi, une jeune femme discrète et attentionnée dont le secours lui est indispensable : c’est une bonne représentation de l’anima. Noter aussi ses formes généreuses, rares dans l’animation japonaise : • les éléments corporels sont expulsés vers Hiroshi, dont la transformation ( non figurée ici ) ne forme que la tête : contrairement à l’ascension qui marque une montée humaine vers le divin, la descente de la tête illustre la réincarnation du divin dans l’homme. • la descente est encore présente lorsqu’une fois les pieds formés, tous les autres éléments viennent s’imbriquer de haut en bas, avec la tête comme cerise sur le gâteau, avec un éclair.
Dénouement ( 0:54 – 1:00 ) Etape raccourcie du fait qu’un dénouement heureux contre l’ennemi apparaît déjà au début du développement. • la caméra passe en contre plongée, montrant le robot les bras haussés, repliés en position de vainqueur : l’ensemble lui donne une taille héroïque • la fin de la version double reprend cette même pose et passe la silhouette en noir, contre un soleil flamboyant derrière des nuages iridescents, comme c’est récurrent en fin de générique. • la seconde partie de cette version débute par un Jeeg courant, avec le soleil l’illuminant, avant de le montrer en couleurs ( mais sans Hiroshi, comme dans la première partie ).
II.3.3. Robots féminins
Les robots féminins sont relativement rares. Pilotés par des femmes, ils apparaissent comme robots compagnons à ceux des protagonistes masculins. Introduits dans les séries Mazinger ( toujours du même Nagai Go ! ), Aphrodai A, Dianan A, Minerva X et Venus A en sont les premiers spécimens.
 
 Leur longévité parmi les fans est illustrée par les séries postérieures de cette saga et toutes les déclinaisons faites par Bandai dans sa collection reine de robots jouets, Chōgokin no tamashii ( âme des super assemblages métalliques ) :
 
  
D’autres robots féminins existent de rares autres séries ; par exemple, le principe du couple divin de Gakin ( 1976 ) a été repris dans Godannar ( 2003 ). Plus souvent, tel le mythologème d’Eve dérivée de la côte d’Adam, de jeunes femmes pilotent des robots dérivés et féminisés à partir du robot masculin, voire carrément des robots ‘unisex’ que rien ne distingue de l’homologue masculin : ex. Evangelion (1995) Le robot reste ainsi une prérogative de l’art populaire masculin, comme cela est cohérent de la part de la psyché féminine et de productions essentiellement destinées aux jeunes garçons. Il existe toutefois une minorité de grandes fans de robots, dont l’observation montre qu’elles ont des traits masculins harmonieusement intégrés à leur personnalité.
II.3.4. Anima Négative ( en préparation )
Comme cela est exposé dans un prochain chapitre, les scénarii des années 1970 sont d’une manière générale axés sur le combat contre des ennemis masculins : esprit de conquête et de destruction de la vie humaine. Le héros et son robot visent, très schématiquement, à éliminer cette exagération maladive de l’aspect masculin, dans un esprit de « défense se la terre », un grand leitmotif chanté dans les génériques.
Dans Blue Gender ( 1999 ), les Terriens sont décimés par des Blues, des monstres impitoyables, sortes de dinosaures ou insectes géants caparaçonnés sortis de nulle part ( par « l’opération du saint esprit », donc de l’au-delà, de l’inconscient ). Ceux-ci les attaquent avec grande brutalité avant de les croquer vivants par leur bouche en forme de vulve. La série est volontairement sanglante et d’une violence inouïe. Les derniers épisodes éclaircissent le mystère de leur provenance : ce sont des créations de la planète Terre qui se vengent ainsi de l’espèce qui la meurtrit en tuant la biodiversité et l’équilibre géophysique de la planète. De deux choses l’une : soit les auteurs ont été inspirés par l’archétype de la déesse mère, sous forme de Kali vengeresse ( ou celle d’une anima négative, voire une contamination des deux archétypes ), soit ils sont au courant des thèses du l’Hypothèse Gaia du Prix Nobel James Lovelock. Les deux protagonistes sont un couple divin ( Eve et Adam ) après l’enfer de l’annihilation de l’humanité sur Terre.
1999 • BLUE GENDER ( AIC ) :
II II.3.5. Animus & Inconscient Anima et Animus ne sont pas des complexes symétriques, mais des complexes complémentaires, ou compensatoires dirait Jung, de la personnalité consciente. Autant l’anima prend les caractères de la femme aimée ou de la Muse, autant l’animus revêt le verbe d’un collège de sages. La promiscuité spirituelle et inconscient de la femme est à l’image celle du conscient masculin. Bien que l’Animus soit comparativement peu présent, en voici décrits quelques éléments : « l’homme est par nature enclin à établir des relations avec des choses, par exemple avec son travail ou tout autre sujet d’intérêt. La femme de son côté préfère les relations personnelles, comme c’est le cas pour l’anima. Pour cette raison elle cherche par tous les moyens à y entraîner aussi l’homme auquel cela rend parfois service. Mais il faut pour cela que cet élément féminin soit intégré au conscient. S’il agit de manière autonome, il perturbe ces relations ou les rend impossibles ( Emma Jung, Anima et Animus, p.56 ) »
Autant l’anima est pour l’homme le complexe qui lui permet d’accéder à l’éros, au principe de relation et à son inconscient, autant l’animus permet à la femme d’explorer le verbe et l’intellectualité : « pour les femmes frustes ou jeunes, ou pour la part qui est restée primitive en chacune d’entre elles, un homme doué de force et d’adresse physique devient naturellement un représentant de l’Animus comme le sont par exemple les héros légendaires ou les vedettes sportives d’aujourd’hui […] Pour celles qui nourrissent de plus grandes exigences, il s’agira d’un homme qui accomplit des exploits, c'est-à-dire qui exerce sa force vers un but doué de valeur. Les limites sont ici généralement fluctuantes, car la force et l’action se conditionnent mutuellement. Enfin les hommes du verbe ou du sens marquent essentiellement la direction spirituelle car paroles et sens correspondent à des facultés de l’esprit. Ce sera donc à ce stade que nous trouverons l’Animus au sens restreint du terme, signifiant le guide spirituel et les dispositions intellectuelles de la femme […] Les stades de la force et de l’action sont en effet dans la figure du héros. Mais il existe aussi des femmes chez qui cette sorte de masculinité se trouve déjà harmonieusement intégrée à leur nature féminine et peut dès lors s’exercer librement. Ce sont les femmes actives, énergiques, courageuses et résolues. Chez d’autres, en revanche, l’intégration se fait mal et l’attitude masculine envahit et refoule la féminité : ce sont les viragos énergiques, brusques et brutales ( Emma Jung, Anima et Animus, pp. 68-69 ) ».
Dans une société patriarcale comme l’est la société moderne en dépit de toutes les évolutions dont elle se sent si fière, les femmes ont tendance à suivre le logos et le modèle conçu et perpétré par les hommes. Psychologiquement, le problème est grave autant qu’humain : « si la femme méconnaît ce problème et si elle ne se conforme pas suffisamment à cette exigence d’une prise de conscience de ce qu’elle est et de la nécessité d’une activité intellectuelle, l’Animus s’autonomise, il devient négatif et exerce une action destructrice sur la personne elle-même jusque dans ses rapports avec les autres. Si la possibilité d’une activité intellectuelle n’est pas admise par la conscience, la libido, qui devrait y trouver un champ d’action normal, retourne à l’inconscient et y anime l’archétype de l’Animus. Ce glissement de la libido rend l’Animus autonome et lui insuffle même une telle force qu’il peut s’imposer au moi et finir par dominer la personnalité tout entière […] Il est souvent même très difficile de se rendre compte qu’une pensée ou une opinion est dictée par l’Animus et n’est pas notre conviction la plus profonde, car l’Animus dispose d’une sorte d’autorité directe et violente et d’un grand pouvoir de suggestion. Il tire cette autorité de son appartenance à l’intelligence universelle, mais sa force suggestive est dus à la passivité de la pensée propre à la femme et au manque d’esprit critique qu’elle entraîne avec elle. Ces opinions et ces conceptions, qui sont généralement affirmées avec beaucoup d’aplomb, sont des manifestations caractéristiques de la présence de l’Animus ( E. Jung, Anima et Animus, pp. 71, 79 ) ».
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