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 | VEHLMANN Fabien - KERASCOËT | | Jolies Ténèbres | | | [55] Dupuis
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94 pages - 16 € ISBN 13: 978-2-8001-4238-8
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| Texte | Iconographie | Pertinence | Objet | Informatif/Intéressant
Pagination > 450 p.
Historicisant
Universitaire
Appareil critique
| Cartes
Dessins / Croquis
Photos / Reproductions
Quadrichromie
Griffe originale
| Concision
Cohérence
Esprit / Génie
Pluridisciplinaire
Sujet original
| Cartonné / Relié
Grand format
Papier spécial
Maquette / Typographie
Autres / Cachet
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Le cadavre de la petite Aurore gît dans la forêt, abandonnée de tous : un peuple d’êtres fantastiques surgit alors de son cadavre. Mais devant leur cruauté, la gentille fillette sombre à son tour dans les ténèbres... Malgré le battage médiatique, cette BD laisse un profond malaise. Le dessin est réaliste et macabre : en pleine page, une masse grise aux yeux vides et grand ouverts. Quelques instants après son décès, de petits êtres sortent de ce corps sans vie, tracés dans un style tout à fait enfantin : yeux grands, couleurs vives, quelques traits suffisant aux silhouettes. Ces fées, gnomes, monstres et autres poupées vont organiser leur communauté. Comme tête pensante de cette mini-société, une seconde Aurore s’impose, sorte de petite fée clonée d’Alice au Pays des merveilles, certes plus innocente et moins vindicative que l’héroïne de Lewis Carroll. Au départ, elle tente d’instaurer l’harmonie dans le groupe en aidant son prochain ; mais les petites créatures s’avèrent égoïstes, cruelles, voire sadiques. Aurore déchante et, à force de tourments, chute vers la méchanceté ; parallèlement, son cadavre se décompose jusqu’à tomber en poussière.
Voilà donc le scénario pour le moins surprenant de ce conte qui n’en est pas un. Déroutant pour le moins, il ne suffit pas d’une lecture pour comprendre quels sont les desseins des auteurs qui ne donnent guère d’indices pour pénétrer cette histoire morbide. Hasardons une interprétation : Aurore serait une vraie petite fille, mais qui n’est pas vraiment morte ; ce qui se décompose serait en fait son innocence, sa naïveté et, en un mot, son enfance qui meurt peu à peu pour laisser place au monde des adultes. En effet, son double enfantin, d’abord pétri de gentillesse, aime un prince charmant, aide ses amis et prépare même une dînette pour tous les animaux de la forêt. Mais ses amis sont cruels, ils se torturent les uns les autres, ledit prince la trompe avec une mégère, et les animaux détruisent le repas de fête. Page 46, Aurore la petite fée vient pleurer contre son cadavre qui se putréfie à vue d’œil : elle prend alors conscience de son enfance qui disparaît, une dure réalité qui brise ses illusions.
Mais même en admettant un récit tout en symboles, on comprend mal l’accumulation de scènes horribles. Le dessin naïf pousse davantage encore le mauvais goût, les auteurs n’épargnant rien : la frêle Timothée se fait enterrer vive, le prince est noyé, les triplés sont trucidés un à un, et la souris est battue à mort. Ces personnages au physique de lutins qui vomissent du sang (p.31) ou agonisent au sol (p.68) inspirent le dégoût, sauf à apprécier le sadisme si à la mode par les temps qui courent, comme dans la série à succès Happy Tree Friends des studios Mondo mini Shows. Alors, qu’en penser ? Voudrait-on y voir du Miyazaki que l’absence de la poésie tout en nuance du maître de l’animation japonaise en dissipe la possibilité. Du Tim Burton alors ? Non plus, car là où le réalisateur crée des contes macabres et esthétiques, Jolies ténèbres offre l’innocence en pâture à l’égoïsme et à la méchanceté. Le rapprochement le plus pertinent serait avec le film Le Labyrinthe de Pan, œuvre de Benicio del Toro où les tortures horribles côtoient un monde cauchemardesque rêvé par une enfant. Mélange hasardeux et alchimie difficile.
La beauté des couleurs et du graphisme qui s’inscrit dans l’illustration jeunesse contraste cependant trop violemment avec l’histoire, et laisse un sentiment de malaise. Dommage. Séverine MARECHAL © 2004-2007 - Les Beaux Esprits Se Rencontrent (LBESR) : Archivé édition N°39 : 04.III.09 * * *
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