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 | ADAM Olivier | | Le Coeur régulier | | | [5] Olivier (L’)
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232 pages - 18 € ISBN 13: 978-2-87929-746-0
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| Texte | Iconographie | Pertinence | Objet | Informatif/Intéressant
Pagination > 450 p.
Historicisant
Universitaire
Appareil critique
| Cartes
Dessins / Croquis
Photos / Reproductions
Quadrichromie
Griffe originale
| Concision
Cohérence
Esprit / Génie
Pluridisciplinaire
Sujet original
| Cartonné / Relié
Grand format
Papier spécial
Maquette / Typographie
Autres / Cachet
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Roman de l’ultramoderne solitude, Le cœur régulier suit Sarah, en exil au Japon, après la mort de son frère Nathan. Où l’introspection permet de revenir à la vie. Où Olivier Adam s’impose comme un peintre singulier de l’être. Le Cœur régulier débute par une description de paysage luxuriante, emplie de quiétude. Mais, dès les premières lignes, la menace rôde. L’auteur est un des écrivains les plus en vue de sa génération, candidat sérieux au prix Goncourt 2010. La narratrice est une femme, une de ces personnes enclines à la remise en question, candidate sérieuse au désabusement et à la dépression. On trouve cette Française en exil au Japon, sans savoir vraiment pourquoi sauf qu’elle ne supportait plus son étouffant train-train quotidien. Montaigne disait qu’on emmenait ses problèmes en voyage quand d’autres pensaient que partir loin permettait de laisser derrière soi ses soucis : la narratrice est résolument dans la pensée de l’auteur des Essais.
Le Cœur régulier débute aussi avec une question, prise au hasard de la lecture de l’incipit du roman : « si elle m’avait posé la question, je crois que je n’aurais pas su lui répondre. (p.19) »… Dès les premières pages, ce roman se pose comme le livre de l’indécision, du flou et de la perte de repères : comment trouver un sens à la vie dans la mort d’un proche ? Dès le début, le regard de Sarah est désabusé : rien n’a de sens. Sauf peut-être sa présence, dans ce coin du Japon où son frère s’est rendu, près de falaises où une cohorte de Japonais vient se suicider en se lançant dans une dernière chute. Et pourtant domine une esthétique du passage : les gens ne font que passer, le regard de la narratrice ne fait que zapper. Elle aussi ne devrait être que de passage ( elle a dit à sa famille qu’elle voulait s’éloigner un peu ), mais son séjour semble définitif, comme la mort de son frère Nathan. Cette mort que la narratrice ne se résout pas à accepter comme un accident, et qu’elle tient plus pour un suicide.
Le roman de l’ultramoderne solitude Dans les pensées de l’héroïne, s’entrechoquent la narration de ce stage stupide de motivation au cours duquel elle apprit la mort de son frère, et le portrait de Natsume Dombori, deus ex machina qui surgit auprès des candidats au suicide pour les sauver au bord des falaises, sorte d’allégorie de cette volonté de survivre sommeillant en chacun de nous. Le texte est compact : pensées rapportées mêlant les ressentis du présent de la narratrice et les retours dans ce passé centré sur la mort de Nathan, qui fait ressurgir ce froid dans le regard des proches qui restent.
Ainsi Sarah fait-elle le portrait d’une famille en apparence normale ( comme la plupart des familles en fin de compte ), mais où quelque chose de pourri se cache au royaume de ce clan. Le père d’abord, qui se perd dans les actions insignifiantes « comme pour tuer le temps (p.92) » ( expression diablement évocatrice ). La mère, avec qui les relations sont tellement éloignées qu’aucune discussion autour de modalités de l’enterrement de Nathan n’est possible. La sœur, qui recrée la mythologie familiale dans un texte de leurre, lu à l’enterrement. Le mari, qui lui conseille de reprendre au plus vite le travail et de se laisser porter par le flux. Mais le flux ne fait que masquer une vie sociale définitivement secondaire. La vraie vie est dans le « connais-toi toi-même », l’habitude de la proximité de la mort, la recherche d’un sens à sa vie. Les personnes et les autres
Car ce roman, dressant un portrait de la famille des plus contrastés, rehausse la figure de l’individu face à son destin, l’être face au moment douloureux, face à l’instant tout court. Il réhabilite la personne contre la société et ses travers, contre le travail vu dans son sens premier de « torture » : Sarah est ainsi finalement licenciée. Tel ce suicidé des falaises après avoir perdu son travail, dans un épisode précédant la narration du licenciement et de l’errance de la narratrice qui s’ensuit, comme pour mieux associer les deux thèmes. Quand Oliver Adam dresse le portrait des relations au travail, le portrait des enfants de Sarah, en pleine crise d’adolescence, ou celui du mari adultère, on ne pense pas à des caricatures mais plutôt à des personnages traditionnels de la société, formatés par elle, comme le Nouveau Roman des années 1960 avait dénoncé les personnages traditionnels des romans classiques.
En contrepoint, on trouve dans ce roman des êtres en pleine adhésion avec les méandres de la vie comme Louise, la compagne de Nathan, enceinte de lui. Entre eux deux, c’était « chaotique, passionnel » : il y a donc ceux qui vivent et ceux enfermés dans une vie morne, corsetés par la société et ses diktats au point d’en oublier leur part d’humanité. Et on ne peut oublier que Nathan préparait, lui, un livre et que cela veut bien dire que vivre d’amour, de littérature et d’admiration pour le monde recèle un des préceptes pour avoir une vie vécue. Il y a une certaine réhabilitation de l’être comme personne pensante et vivante, mais pas d’éloge de l’individualisme ni de l’égoïsme. Lire, vivre, aimer
Le tragique des suicidaires des falaises donne un point d’entrée de ce livre. Ils portent à fleur de peau leur part d’humanité : Nastume Dombori, qui les recueille chez eux, désintéressé, est leur révélateur. La narratrice part ainsi à la rencontre de ces êtres à la dérive, en marge mais vivants, et qui ont pour certains rendu un peu de vie à Nathan avant sa mort. Mais elle emmène aussi le lecteur à la rencontre de la littérature, la vraie, et non celle des « gendelettres », ces oxymores vivantes que sont les romanciers de plateau de télévision. Mais celle des passionnés de vie et des lettres, comme Olivier Adam. On ne peut s’empêcher de lire dans la définition du roman de Nathan une description en creux de ce roman : « le récit suit au plus près les soubresauts d’une pensée versatile et contradictoire, épileptique (p.161) ».
Sans dévoiler les dernières pages de ce roman qui ne finit pas, la littérature, le retour sur soi, et l’amitié sereine y sont essentiels. Mais la sérénité n’est pas l’essentiel de ce roman tendu vers une quête inassouvie de recherche de soi. Tout se bouscule dans la tête de Sarah, de son enfance qui lui revient comme un boomerang à la construction d’un couple trop normé pour être honnête. Une vie somme toute basique, comme pour mieux trancher avec celle de Nathan, image de l’écrivain romantique. Du Japon
Le roman se construit donc comme la narration des pensées de Sarah qui, exilée au Japon, revient sur sa vie en France. Le Japon, autre personnage essentiel, rappelle celui de Jean-Philippe Toussaint : feutré, tragique. Chaque action de Sarah est prétexte à la description luxuriante de son environnement. La narratrice allume-t-elle ainsi une cigarette, que s’ensuit une description du ciel, ou de l’océan : Olivier Adam est aussi peintre des sentiments que des paysages, et des atmosphères de son livre. Les actions y sont secondaires, comme pour mieux appliquer dans la structure du livre les préceptes énoncés de quiétude et de retour à soi et au monde.
L’environnement décrit développe ainsi des constantes : l’Océan, la mer, l’eau y sont omniprésents, comme autant d’échappatoires. Ironiquement, c’est dans la mer que se jettent les suicidés des falaises, qui se multiplient comme ces pans de notre vie qu’on voit mourir, impuissants. La mort d’un inconnu ne nous est-elle pas égale ? Pour Dombori, elle compte comme pour Sarah. Et dans le temps de lecture de cet article ou de ce roman, combien d’anonymes seront morts ? Combien se seront suicidés ? Et puis il y a le style…
Olivier Adam a écrit un récit de pensées, de ressentis, et ses phrases longues et remuantes se font l’écho de sa matière. Il y a décidément un réel travail sur le style : l’écriture est d’abord une musique jouant notamment avec ce rythme ternaire si français. Une petite musique de chambre, de celles qui font entrer dans les tréfonds de l’âme humaine. Le rythme ternaire ( trois compléments, trois verbes ), l’absence de virgule qui rythme différemment la phrase ( notamment dans les énumérations, comme par exemple p.142 avec la liste des sujets évités ), le discours indirect libre qui mêle les paroles rapportées et le récit : le texte est de la matière, que l’auteur façonne avec brio.
Dans le même mouvement, celui-ci donne à son personnage ses actions minuscules et décrit une atmosphère. Ce qui nous mène à souligner l’emploi intelligent des temps du passé : passé composé pour les faits accomplis, passé simple, imparfait pour la durée et la description. Une pensée vagabonde
Le roman d’Olivier Adam rappelle une introspection proustienne en même temps qu’il dégage une réelle modernité. Le cœur régulier est le roman de la singulière douleur ( celle de Sarah ) et de l’universelle : celle qui nous renvoie à nos propres actes, quand Sarah se reproche de ne pas avoir décroché quand son frère appelait, qui ne songera à cet acte si banal qu’il a lui-même commis ? Sarah semble pessimiste de raison mais on ne peut s’empêcher de penser que, notamment dans sa prise en charge du roman de Nathan, elle est optimiste dans sa volonté. Les yeux fermés, elle a appris à les ouvrir grand. Comme le lecteur, quand il a refermé Le Cœur régulier. Olivier STROH © 2004-2007 - Les Beaux Esprits Se Rencontrent (LBESR) : Archivé édition N°41 : 04.XI.10 * * *
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