Céline Mounal fait de son art un questionnement toujours renouvelé, avec des toiles qui allient les couleurs, le noir et le blanc de manière à la fois torturée et sereine. Elle a exposé dans de nombreuses villes de la côte atlantique, de l’île d’Aix à Bordeaux.
ArtsLivres : 1. Comment êtes-vous venue à la peinture ?
Céline MOUNAL : un peu par hasard ; en choisissant un lycée en fonction de ses options, je souhaitais intégrer la section audio-visuelle qui devait ouvrir en 1994. Mais peu avant la rentrée, elle fut annulée faute d’élèves suffisants ; je me suis alors rabattue sur l’option arts plastiques. N’ayant aucune confiance en mes qualités de dessinatrice, je me suis tout de suite mise à la peinture et je n’ai jamais arrêté.
2. Quelles sont vos influences ?
Durant mes années de lycée, je me suis passionnée pour le Constructivisme Russe, le Bauhaus et le De Stijl, dont j’étais fascinée par la philosophie et les perceptions artistiques. Mondrian m’accompagna ces trois années durant, influençant mon évolution picturale autant que ma vision des choses d’une façon plus globale. Ses travaux sur la nature, la lumière et la perspective l’ayant conduit vers une abstraction croissante, il y a dans ses compositions une disparition du réel visible, cette capacité à décanter les choses jusqu’à une pureté absolue : « je trouve vraiment que la grande ligne est l'élément primordial dans une chose, c'est ensuite que vient la couleur », dit-il.
Mondrian, Van Doesburg, Malevitch ou Kandinsky avaient le langage graphique abstrait qui a imposé ma propre écriture picturale, moi qui alors étais persuadée que le dessin, le trait, la forme devaient être justes, académiques et conventionnels. Je compris alors que c’était ma vision du réel et ma façon de le traduire qui me ferait évoluer, et non pas la simple évolution technique.
En 1997, j’intégrai les Beaux-arts un peu par dépit, malgré un souhait d’école de cinéma qui ne put se faire. J’ai continué mon travail sur la forme, les Beaux-arts imposant une recherche sur le fond, une analyse constante de mes productions. Le Neoexpressionisme avec ses mouvements de Figuration libre en France et du Bad painting aux Etats-Unis furent une nouvelle révélation. Je découvris dès lors d’autres artistes qui, aujourd’hui encore, marquent mon travail : Boisrond, Basquiat, Combas, Haring, etc., des peintres qui travaillent le trait et jouent avec les cernes noires, entre peinture et dessin.
Cinq années à chercher et découvrir ce qui me pousse à peindre et aller toujours plus loin dans ma vision du réel, dans la vision de ma ‘propre réalité’.
Le travail sur le corps s’imposa à moi lentement comme une évidence avec ses étapes et expériences plastiques. Les plasticiennes firent leur apparition dans mes influences, dans mes repères, dans mes techniques et dans ma vie de femme : Sophie Calle, Nan Goldin, Marlène Dumas, Jenny Saville ; j’y trouve le fondement de mon travail : l’intimité.
3. Où puisez-vous votre inspiration ?
J’ai différentes façons de travailler… depuis peu, je voue une passion pour les gravures médicales anciennes. J’ai aussi découvert l’anthropologie, les recherches et les études anatomiques, morphologiques et physiologiques. L’aspect graphique des études anatomiques influence mon travail et m’inspire. Mais je puise mon inspiration dans tout ce qui forme mon univers visuel et intellectuel : le cinéma ( Roméro, Rodriguez, Cronenberg, Lynch ; les séries B ), les livres ( Bret Easton Ellis, Coupland, Moore, Behm, Pouy, Murakami ), les bandes dessinées ( Templesmith ), d’autres artistes comme certains graffeurs, graphistes, illustrateurs ( Aryz, Dran, Di Genova, Vandata ) ou tatoueurs ( Topsi Turby ou le collectif de La Boucherie Moderne à Bruxelles ).
 Tout cela n’est que la traduction de mes daimon : mon inspiration est avant tout inconsciente : « je suis sûr que chaque artiste se situe quelque part, travaille à partir d'un certain patrimoine et se trouve placé sur une certaine trajectoire. De même d'ailleurs qu'il s'ingénie à enfoncer avec obstination le même clou, mais cela est une autre histoire », selon Francis Bacon.
4. Comment définiriez-vous votre art ?
Je ne définit rien et ne me positionne nulle part. Je suis un peu tout à la fois, dessinatrice, illustratrice, peintre, graphiste, écrivain... Je me définit comme une personne curieuse des choses, qui a un besoin vital de retranscrire ce qu’elle perçoit et ressent. Mon art est ma mémoire, ma sensibilité, et mes maux. C’est un art impulsif, voir brut, j’appréhende mes pulsions et les guides sur des supports, cherchant des réponses comme pour définir ce que je suis et qui je suis… Pour l’instant, je ne sais pas.
5. Sur quoi travaillez-vous actuellement ?
Toujours les mêmes thématiques : le corps, l’intime, la suggestion de la douleur. Peinture et dessin, quelques écris ainsi que des projets sur ces mêmes thématiques avec une autre plasticienne. Des ébauches de grands formats travaillés à partir de photographies et de gravures anatomiques.
Professionnellement, je me consacre au graphisme.
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