Il est rare que Paris présente une grande exposition sur les arts andins ou mésoaméricains, de crainte d’un nombre insuffisants de visiteurs pour régler la facture. C’est ainsi que la grande exposition Aztèque, pourtant prévue initialement dans la capitale française, fut en fin de comptes déplacée à Londres ( XI.2002 ~ IV.2003 ). Mais des Inkas à Paris, point ! C’est d’autant plus étrange que ces dernières années, les trésors andins ont la cote ailleurs en France comme en Europe :
• L’Art des Incas dans les coll. des Musées de Cusco, Musée de Chartres, 1.VI ~ 5.X.1992 ; • L’Or des Dieux, L’Or des Andes, Metz Arsenal, 14.VI ~ 2.X.1994 • Les Esprits, L’Or et le Chamane – Musée de l’Or de Colombie, Grand Palais, 4.IV ~ 10.VII.2000 • L’Or sacré des Incas, exposition itinérante de 2008 à 2010 ( Caen, Bourges, Rouen, Nancy, St-Brieuc ) • Inka Gold à Völklingen en Sarre, 17.VII.2004 ~ 03.VI.2005 ( http://www.travelwriter.at/004/010/voelklingen-inka-gold.shtml ) • 1000 Jahre INKAgold, Vienne, aux mêmes dates que Paris ( 22.X.2010 – 27.02.2011 ) : http://www.altertuemliches.at/kunst-antiquitaeten/index.php?action=details&eid=6812
Ce n’est donc pas un mince mérite que cette tenue de l’Or des Incas, d’autant que le choix des 278 œuvres exposées est de qualité et varié, provenant des collections des grands musées péruviens, tels les Rafael Larco à Lima et Brüning à Lambayeque : c’est donc en principe une chance unique pour admirer les grandes différences de styles et techniques de façonnage ( repoussé, laminé, etc. ) de l’orfèvrerie andine.
Voilà donc pour les éloges envers la Pinacothèque, dénomination cependant ronflante et usurpée si comparée à la qualité muséographique comme à la taille des collections des deux Pinacothèques de Munich. En effet, l’exposition mérite aussi son décalogue de réserves et critiques, certaines propres, d’autres tenant plus de l’air du temps mais qui laissent à désirer.
1. Premier problème : l’affiche et le titre racoleurs. Il ne s’agit pas de l’or des Inkas, bien qu’il y en ait quelques pièces, mais d’un vaste éventail d’œuvres d’une petite trentaine de cultures du Pérou ancien, espacées sur quelque 2000 ans d’histoire et étalées sur rien moins que 2000 km du nord au sud ! Du reste, le masque de l’affiche n’est pas Inka, mais mochica ( dit aussi moche ), une culture exogène à plus de 1000 km au nord dans la région de Trujillo et antérieure d’un bon millénaire au moins auxdits Inkas ( les yeux du masque ne brillent pas, ils sont sertis de pierres ). Il y a aussi quelques vases en bois ( rares ), un monolithe, une momie, et quelques céramiques. Ce qui amène à la critique suivante.
2. L’exposition est un véritable capharnaüm muséographique, une présentation à peine thématisée dont la chronologie est à peine visible, mélangeant objets anciens et plus récents. Soit un méli-mélo de cultures aussi diverses qu’espacées dans le temps, mais qu’aucune carte ne vient éclaircir, entre d’une part les diverses cultures ( Huari, Recuay et Inka entre autres ) des vallées que longent les deux chaînes péruviennes de la Cordillère des Andes, et d’autre part entre celles-ci et les richissimes cultures du littoral ( Nazca, Chimú, Moche, Lambayeque, Vicús et tutti quanti ). Par exemple, l’importance capitale, historique et archéologique, de la salle consacrée au trésor du Seigneur de Sipán n’est guère soulignée, si bien que le visiteur passe et n’y voit qu’une suite supplémentaire et banalisée d’objets en or et pierres semi-précieuses.
3. Et si cette absence d’explications ne suffisait pas ( pour inciter à la location des audio-guides ? ou à l’achat des guides ou du catalogue ? ), s’ajoute la disposition fantaisiste des cartels ( d’ailleurs minimalistes ) héritée du très chic Quai Branly : disposition sur les bords latéraux des vitrines mais éloignés des œuvres concernées, si bien que le rapprochement et la lecture, d’entrée malaisés et difficiles, deviennent laborieux par temps d’affluence comme nous l’avons constaté à nos dépens. Associé au manque d’explications historiques détaillées, le visiteur néophyte ressort avec une vision faussée des caractéristiques de l’art inka.
4. Enfin, dans cette confusion et des locaux déjà tortueux sur les trois niveaux, on crut bon de torturer un peu plus le parcours par l’adjonction de cloisons successives qui gênent la vue d’ensemble.
Vu l’effort déployé pour réunir et amener toutes ses œuvres, la légèreté de la muséographie a gâché une opportunité unique avant longtemps d’instruire le public parisien autant de la pluralité des peuples précolombiens des Andes que de la richesse de chacun de leurs styles.
Aussi donnons-nous les conseils suivants à nos lecteurs qui désireraient encore la visiter : 1. Si vous vous êtes déjà rendu au Pérou et avez visité ses musées archéologiques, cette exposition n’apporte aucun complément ;
Mais si vous n’avez pas eu cette chance : 2. lire des ouvrages sur ces cultures et/ou monographies d’expositions passées ; 3. se munir des audio-guides ( hélas payants ) que nous espérons plus informatifs, ou consulter le catalogue de l’exposition qui semble nettement plus fourni ( 345p, 45€ ) ; 4. le musée propose aussi un DVD avec 45 œuvres commentées ( 1h20, 19,90€ ) ; 5. attendre le dossier Pérou Ancien d’ArtsLivres pour début 2011. |