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Pagination > 450 p.
Historicisant
Universitaire
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Toujours parmi les meilleures ventes un an et demi après sa sortie, on retrouve dans le dernier Anna Gavalda les caractéristiques de ses titres précédents : tendre et vif pour quatre personnages surprenants qui charmeront le lecteur… Mais il donne aussi trop dans la longueur. Un quatrième titre, volumineux : c'est la première chose qu'on remarque avec la couverture criarde dont on cherche vainement le propos… Dommage, les livres mériteraient d'être mieux rehaussés, surtout au vu de la sensibilité de l'écrivain dont on aura pu mesurer le tact et le goût dans « Je voudrais que quelqu'un m'attende quelque part », entre autres…
Mais passons, car ce roman réserve d'heureuses surprises. D'abord, l'histoire, longue, réjouira ceux qui aiment à rester plus longtemps dans un autre univers, même s'il ne s'agit finalement que de relations humaines somme toute banales… Ce qui l'est moins, c'est la mise en jeu de personnages que tout apparemment éloignait : Camille ( jeune anorexique plutôt délicate ), Franck ( fin cuisinier mais un peu rustre ) et Philibert ( jeune et timide hobereau )… Tous les trois sont mal dans leur peau, et partagent chacun à sa façon un mal-être qu'on découvre progressivement au fil des chapitres : les situations évoluent naturellement et semblent aller de soi, ce n'est pas un moindre exploit si l'on considère l'invraisemblance a priori de la rencontre des trois personnes. Et chacune a son caractère bien trempé, son histoire, son jardin secret, que l'amitié épanchera peu à peu… Enfin, un quatrième personnage, d'abord en filigrane, viendra progressivement occuper une place égale aux trois premiers : Paulette, la grand-mère de Franck…
C'est par elle qu'on découvre toute l'humanité de Franck, derrière sa façade de jeune dur au verbe leste et au solide sens de la répartie. D'ailleurs, Camille n'est pas en reste et monte facilement sur ses grands chevaux ; mais bonne princesse, elle sait reconnaître ses excès et dédommager ses fautes… On devine derrière elle l'autre femme, l'auteur du livre, par le regard qu'elle pose sur la vie, et dont elle tire les moult détails qui viennent ici et là agrémenter tel ou tel autre passage… Philibert, lui, est à l'opposé, l'image même de l'intello féru d'histoire, gauche et coincé, mais au cœur d'or, loin de l'image qu'on se ferait sur la base de son seul nom de Philibert Marquet de la Durbellière, patronyme à rallonge à peine moins cliché que Bross Balai de la Serpillière. Le contraste est saisissant, si bien que les trois personnages, fantasques chacun à leur manière mais sans excès, s'articulent de manière équilibrée dans les tranches de vie qu'ils écrivent… Quant à Pauline, elle jouera un rôle essentiel dans la deuxième moitié du livre, à l'image des grand-mères d'Epinal soucieuses de leur entourage…
On retrouve bien là le ton et le message d'Anna Gavalda, qui aime à décrire les gens comme ils sont, avec leurs peines et joies, travers et qualités, grâce aux notes qu'elle doit consigner au long de ses journées, l'ensemble parsemé de piques qui signent en elle une vive perspicacité… Personnellement, puisqu'il n'est pas d'éloge flatteur sans liberté de critiquer, j'y ai trouvé quelques longueurs dispensables. « Mes livres préférés sont des livres d'apprentissage » dit-elle ; or les longueurs nuisent à l'apprentissage, quand elles n'ennuient pas le lecteur : à quoi bon délayer d'excellents passages dans de longs raccords qui n'enseignent rien ? Car si le livre est incontestablement au-dessus de la moyenne de la production nationale, Anna Gavalda sait mieux faire : elle l'a prouvé, dans une écriture plus ramassée et sans ambages, avec son premier roman et l'admirable nouvelle hors-commerce qu'est « L'Echappée Belle », modèle du genre et excellent reflet de la personnalité de l'auteur ? Avis aux chineurs !
Cela étant dit, le roman recèle quelques tirades d'anthologie, comme les longs dialogues entre Camille et Philibert, ou encore la mise au point que Franck fait à sa grand mère ( pp.176-180 ) : dans le genre remonter les bretelles, on fait difficilement mieux…
Nicolas VAILLANT © 2004-2007 - Les Beaux Esprits Se Rencontrent (LBESR) : Archivé édition N°1 : 01.VI.04 * * *
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