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Pagination > 450 p.
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Un grand livre tout dédié à l'amour, où l'amoureuse et l'amoureux expriment ce qu'ils éprouvent quand un être aimé entre en leur vie… Et l'amante et l'amant ensuite d'exposer leurs pensées et désirs, chacun à sa manière. Beau et original… Qui oserait braver les sourires en déclarant son amour ?
Qui, aujourd'hui, prendrait du papier, une plume et… du temps, pour tenter d'exprimer, avec autant de justesse, de précision, de bonheur dans la forme, qu'il se peut, l'état de ses sentiments ?
Que peut bien signifier l'expression faire sa cour, laquelle implique durée sans contours et maniement savant du discours amoureux, en un temps d'impatience où l'on tranche en trois minutes un arbre de trois siècles ?
Cette « tradition » semble si bien établie, que les femmes auteurs de notre temps n'ont su s'en affranchir et qu'on trouve, dans leurs productions, la crudité, la grossièreté de termes que les féministes dénonçaient à bon endroit dans les écrits des hommes.
Voilà quelques pensées qui ouvrent ce livre de prose poétique, totalement dédié aux dialogues internes et partagés de l'amour. La note d'entrée, un prologue en fait, précède les quatre parties de cet ouvrage de belle facture, intitulées l'amoureuse, l'amoureux, l'amant et l'amante…
L'Amoureuse
Dès les premières pages, on est saisi par la beauté de l'anima qui s'exprime… On revit, comme dans Sappho quand elle dit défaillir au souvenir de son amant, ces mots millénaires : « il faudrait dire l'indicible joie, l'indicible frayeur que ta seule présence me cause ; la fine sueur de ma paume quand je t'enferme sous mes paupières (p.17) ». Et la femme, envahie et transportée par ce sentiment amoureux dont elle découvre la profondeur, de s'interroger : « se peut-il qu'un être - un homme - pèse sur terre autant qu'un mont, et fasse ombre à tout autre ? (p.18) ».
L'amoureuse se livre corps et âme : « sais-tu à quoi je reconnus que je commençais à t'aimer ? Je t'ai raconté mon enfance. C'était t'en rendre dépositaire. Faire de toi son garant (p.29) », et de poursuivre : « c'est depuis que je suis amoureuse que je sais arranger un bouquet (p.33) […] certains me disent, me croient bavarde. As-tu remarqué, quand nous sommes seuls, quel usage du silence je fais ? […] Il y a des moments, des jours où je me veux impénétrable, insoupçonnable quant au trésor que je recèle, qui pourrait être objet de convoitise », au point que les hommes perspicaces le sentent : « un homme vous habite, n'est-ce pas ? et vous êtes hors de toute prise (p.28) ». En effet : « parle-moi encore : je sens que de mes jambes, de mon ventre, de mes seins, monte le plus beau sourire qui ait jamais éclairé un visage (p.35) »… Splendide !
On retrouve là les meilleures pages de poésie amoureuse, comme les merveilleux recueils de Géraldy ou de Tagore, un peu oubliés de nos jours… Une expression revient plusieurs fois dans le livre, celle du « Maître-émerveilleur » qu'est l'homme. Le texte mentionne la troisième épouse de Pablo Neruda, Matilde Urrutia, preuve de l'érudition de poète, une autre piste à explorer… Car le texte a aussi des paroles sages, signe d'un sens de l'observation, comme ceux qui ont été aimés en retour et écoutent, peuvent témoigner : « une amoureuse se reconnaît encore à ceci, qu'elle veille, des pans de nuit entiers, pour regarder l'aimé dormir (p.17) ».
L'Amateur
Voilà donc quelques extraits pour illustrer ces Murmures de l'amour, une belle initiative à ranger avec les modèles du genre, comme encore Le Prophète de Gibran… L'homme qu'est François Solesmes sait se glisser dans la peau et dans l'esprit d'une femme, il sait aussi revenir en mâle désirant et conquérant, avant de réincarner l'amante et s'exprimer en amant une dernière fois. La différence est perceptible entre ces quatre personnages.
Personnellement, la première partie ( le premier livre pourrait-on dire ) me semble meilleure et d'une remarquable tendresse. En fait, sur le plan amoureux, l'auteur réussit mieux dans l'expression féminine que dans celle de son genre, au point d'approcher cette image, plus vraie sans doute qu'on ne croit généralement, que la femme aime avec son esprit autant qu'avec son corps, là où l'homme ne pense surtout qu'à la chose… Sur le plan du style, le langage est moderne, simple comme est le langage amoureux : ici, pas de métaphore controuvée, ni de recherche stylistique autre que les mots de la sincérité amoureuse. En ce sens, le livre est aussi un modèle de prose poétique réussie.
Quelles que soient mes préférences, l'amateur trouvera au fil de ces pages de quoi éclairer sa lecture et ressentir les reflets fugaces de la meilleure part de notre humanité. Et l'éditeur lui rend hommage par la qualité du livre, dont on prendra plaisir à trancher les pages… Claudio SEPULVEDA SCHULZ © 2004-2007 - Les Beaux Esprits Se Rencontrent (LBESR) : Archivé édition N°7 : 01.IX.04 * * *
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