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 | REYNIER Chantal | | Tempêtes : quatre récits bibliques | | | [3] Cerf (Le)
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0 pages - ISBN 10:
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| Texte | Iconographie | Pertinence | Objet | Informatif/Intéressant
Pagination > 450 p.
Historicisant
Universitaire
Appareil critique
| Cartes
Dessins / Croquis
Photos / Reproductions
Quadrichromie
Griffe originale
| Concision
Cohérence
Esprit / Génie
Pluridisciplinaire
Sujet original
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Grand format
Papier spécial
Maquette / Typographie
Autres / Cachet
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Intéressante analyse des quatre évocations de la tempête dans la Bible : dans Jonas, texte vétérotestamentaire écrit après l’exil à Babylone entre les Ve et IIIe siècles av.J-C, et plusieurs textes du Nouveau Testament ( Actes et Evangiles ) rédigés au cours du dernier tiers du Ier siècle ap. JC. Chantal Reynier est professeur d’exégèse biblique aux Facultés jésuites de Paris. Elle a déjà publié La Bible et la mer, Paul de Tarse en Méditerranée ou encore Saint Paul sur les routes du monde romain. Dans cet ouvrage de 250 pages, elle livre un regard intéressant, à la fois historico-critique et littéraire, sur quatre évocations de la tempête dans la Bible : la fuite de Jonas à Tarsis ( Jon 1-2 ), la tempête apaisée ( Mt 8, 18-23 ; Mc 4, 35-41 et Lc 8, 22-25 ), la marche de Jésus sur la mer ( Mt 14, 22-34 ; Mc 6, 45-53 et Jn 6, 16-21 ) et Paul pris dans la tempête sur la route de Rome ( Actes 27-28,16 ).
Une approche nourrie d’histoire et d’archéologie maritime
Chantal Reynier approche ces quatre récits par le biais des techniques maritimes en usage dans le bassin méditerranéen à l’époque de la rédaction des textes. Les découvertes de l’archéologie navale fournissent quant à eux des indices précieux sur le type d’embarcation qu’aurait pu emprunter Jonas à Jaffa pour fuir à Tarsis, de l’autre côté de la Méditerranée.
L’importance des tonnages de ces navires transportant fret comme voyageurs étonne. La description du navire de commerce sur lequel est embarqué Saint Paul est plus détaillée et correspond aux caractéristiques des épaves retrouvées par les archéologues : il possède deux gouvernails latéraux, quatre ancres, une sonde et dispose d’une chaloupe.
Les barques de pêcheurs du lac de Tibériade qu’utilisent les disciples de Jésus sont beaucoup plus modestes. Une épave contemporaine retrouvée sur place en 1986 pouvait accueillir une quinzaine de personnes. Leur voile carrée garantit une facilité de manœuvre, comme l’atteste dans la Guerre des Juifs de Flavius Josèphe quand il décrit la bataille de Magdala
Le récit de Jonas comme celui de Saint Paul renseignent sur les pratiques au cours des tempêtes : jet d’une partie de la cargaison, utilisation de câbles pour ceinturer la coque, sacrifices, concertation sur la décision à prendre, solidarité de l’équipage.
Mais c’est finalement le texte des Actes qui fournit le plus d’indications précieuses sur les routes commerciales de Méditerranée.
Spécificité des quatre récits bibliques
Après une lecture minutieuse, Chantal Reynier privilégie une interprétation christocentrée du récit de Jonas. Deux fois dans Matthieu et une fois dans Luc, Jésus évoque « le signe de Jonas » et les trois jours et trois nuits passées dans le ventre de l’animal marin. Ainsi, le récit de Jonas prend sens dans l’annonce par Jésus d’une victoire sur la mort. Pour autant, il est à regretter que cette lecture fasse renoncer à une signification autonome du seul texte de l’Ancien Testament présent dans le corpus analysé.
Au cœur de la tempête, Jésus n’apparaît pas seulement comme un sauveur. La question centrale pour les disciples devient celle de sa nature, de son identité. En effet, en apaisant la tempête, il manifeste son pouvoir sur les forces cosmiques, au même titre que le Créateur. C’est bien d’une révélation dont il s’agit. Le récit se conclut d’ailleurs par l’interrogation des disciples : « Qui est donc celui-là ? ».
Dans le troisième récit, Chantal Reynier note la fréquence des références à l’Ancien Testament. Jésus marche sur l’eau comme sur le chaos et la mort. La révélation vis-à-vis des disciples s’accomplit et devient théophanie lorsque Jésus répond « c’est moi ». Le sauvetage des disciples et la marche sur la mer apparaissent ainsi comme deux récits complémentaires.
Dans le quatrième récit, à la différence de Jonas, Paul se dirige vers Rome pour annoncer l’Evangile au cœur de l’Empire malgré les difficultés et les obstacles. Parmi les barbares, Paul le prisonnier prend peu à peu autorité sur le pilote du navire et sur le centurion. Néanmoins, tous participent au sauvetage. Chantal Reynier insiste sur le fait qu’il ne s’agit pas d’une description de miracle. Elle note également que le récit ne se situe pas sur le même registre que celui de la passion de Jésus. Paul apparaît dans toute sa stature d’apôtre.
Une unité des récits bibliques et une distinction par rapport à la littérature antique
Chantal Reynier défend l’existence de la tempête comme thème littéraire de l’Antiquité. A travers les œuvres de Homère, Virgile, Achille Tatius, Ovide, Sénèque ou encore Lucrèce, elle décèle l’existence d’un traitement académique, d’un schéma uniforme organisé autour de la description des prémices de la tempête, des manœuvres désespérées, de la mer déchaînée, de l’intervention du héros et enfin du naufrage.
Elle procède à une passionnante mise en parallèle des récits bibliques et de différents textes antiques. Néanmoins, l’auteur démontre l’existence de distinctions claires entre textes bibliques et récits littéraires classiques. Ainsi, les textes bibliques ne se situent pas dans le registre poétique. Contrairement à la littérature antique, la tempête n’est jamais un châtiment divin ; elle n’est qu’une manifestation naturelle. La mer fait partie de la Création. Son autonomie vis-à-vis de Dieu est aussi une démythologisation : la création n’est pas une entité sacrée. En revanche, la tempête, au cours de laquelle les personnages expérimentent leur fragilité, a une valeur initiatique qui oblige au discernement et qui fait s’exprimer l’espérance. Elle est tour à tour espace de rédemption et de révélation.
A la différence de la littérature antique, la mort en mer n’est pas un sujet et les navigations sont finalement heureuses. La tempête est là pour être traversée. Mais elle aura permis une confrontation avec le risque de la mort. Chantal Reynier y voit le symbole de la Passion et de la Résurrection. Bertrand ROLIN © 2004-2007 - Les Beaux Esprits Se Rencontrent (LBESR) : Archivé édition N°43 : 24.VIII.11 * * *
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