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SELGE Albrecht - Wach ( Eveillé )SELGE Albrecht
Wach ( Eveillé )
Titre original : Wach
[1] Rowohlt
 
253 pages - 19,95 €
ISBN 13: 978 3871346941
2
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explication
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ArtsLivres
TexteIconographiePertinenceObjet
 Informatif/Intéressant
 Pagination > 450 p.
 Historicisant
 Universitaire
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 Autres / Cachet

C’est une des forces de l’auteur : à travers le regard et les errances de August Kreutzer, il décrit la société avec une tendre et indulgente ironie, sans juger et avec grande lucidité, le passage du temps et l’évolution d’un être, le tout avec une belle plume.

Premier roman d’Albrecht Selge ( paru en Allemagne le 15 juillet 2011 ), Wach est si riche qu’il est difficile de le résumer ou d’en faire une critique sans oublier des éléments essentiels. Les traductions ci-après sont libres et de l’auteur de cette chronique.

Insomniaque, August Kreutzer se promène, parcourt la ville, marche, erre, et observe. Il observe beaucoup. Difficile de dire pourquoi les marches d’August Kreutzer commencent, si ce n’est qu’il ressent ce besoin de nouvelles expériences, car il lui semble incroyable ( au sens premier du mot ), « comme un miracle ou un mal fondamental, que la vie puisse être autre chose qu’indifférente ». On devine également une relation au bord de la rupture, dont on ne peut dire si elle serait la cause ou la conséquence de cette aspiration naissante. Ce voyage ( tous ces kilomètres parcourus à travers la ville, à observer, regarder, ressentir ) d’August Kreutzer se déroule du centre de la ville vers sa périphérie à la recherche d’un « état d’apesanteur ».


A la recherche de l’apesanteur

Albrecht Selge emmène son lecteur dans ce voyage apparemment sans but et sans jamais l’orienter, le laissant à la fois libre et désarçonné face aux descriptions faites par son personnage. On ignore les raisons et la direction des marches d’August Kreutzer, mais on sent qu’il veut se libérer d’un poids, d’une pesanteur. Les termes de « Schwerkraft » ( pesanteur, gravitation ) et « schwerelos » ( en apesanteur ) ponctuent en effet le livre. Au début du roman, Kreutzer se demande si son appartement ( sa vie actuelle ? ) n’a pas une force de gravitation renforcée, étouffante, qui serait plus importante que la pesanteur au dehors, d’où l’impérieux besoin de sortir, de marcher, de découvrir, de s’éveiller.

Albrecht Selge décrit subtilement le réveil de la conscience de son personnage, qui découvre des gens et des lieux parfois familiers avec une perception plus aiguë. Il semble effectivement tout d’abord se libérer au fil de ses marches dans la ville, tout en restant à distance de ce qu’il voit ( distance renforcée par le fait que ce n’est pas un « je » qui décrit ce qu’il observe ). Le titre Wach, qu’on peut traduire par « Eveillé », renvoie à ses insomnies intrinsèquement liées à ce réveil de la conscience.

Mais très vite, une dépendance semble se créer : plus Kreutzer marche, plus il doit marcher, et plus il perd le sommeil, jusqu'à le perdre tout à fait. Son réveil finit par devenir un état d’éveil permanent, où il oscille entre rêve et réalité, un état d’entre-deux dans lequel Albrecht Selge emmène son personnage autant que son lecteur. Peu à peu, il se détache de son centre, et de promeneur il se transforme en errant, puis en « errant errant » ( streunender Streuner ), pour finalement s’interroger si cette pesanteur n’est pas en lui depuis son enfance comme une forme de paralysie et « d’étouffement devant toute forme de chez-soi ». Il va jusqu’au bord de la ville, en se demandant si la ville a même une fin ; peut-être que non, peut-être comme ses errances.

Au fil des pages, Kreutzer semble ainsi s’écarter de lui-même : il se souvient par exemple de lui enfant comme d’une autre personne, qui aurait disparu comme dédoublé de son passé et, en même temps, comme à sa recherche. Et s’il semble parfois trouver cet « état d’apesanteur » auquel il aspire, le lecteur se demande si en réalité il n’est pas davantage à côté ou au-dessus de sa vie plutôt qu’en état d’apesanteur dans sa vie : à une medium qui lui propose d’entrer en communication avec un mort qu’il regrette, il lui demande d’appeler de l’au-delà « August Kreutzer ».


Une quête de sens ?

Cette forme de dédoublement transforme des promenades initialement légères et libératrices en quête de sens. Chez Albrecht Selge, les rues, les maisons, les magasins, la ville entière sont une succession de symboles qui ne sont tous décryptables ni identifiés par le personnage. Le lecteur, lui, retrouve, déchiffre, reconnaît ou ne reconnaît pas : l’auteur laisse à chacun la liberté de décrypter cette ville qui devient un prisme de significations auxquelles chaque lecteur donnera un sens singulier. Tout est sujet à interprétation et le lecteur comme le personnage se trompe parfois : August Kreutzer réinterprète plusieurs fois le comportement de personnes qu’il voit, sans jamais savoir s’il ne se trompe pas à nouveau.

Avec tendresse et lucidité, Albrecht Selge met en scène une société matérialiste dont le centre commercial devient l’idéal, faussement parfaite et un peu plate où naît une poésie souvent involontaire, les individus ne pouvant se passer de sens, de filiation, voire de mythologie ( tel le mythe fondateur d’un fameux jeudi où aucun visiteur ne vint au centre commercial ).

Un personnage incarne cette apparente distorsion : le directeur du centre commercial, un dénommé Xerxes… Il porte bien son nom : avec une énergie inépuisable, il essaie en effet d’introduire l’épique dans la vie du centre, notamment lors d’une inauguration spectaculaire et improbable d’une statue de Poséidon. Il concilie ce qui pourrait être une contradiction entre ses questions existentielles et son rôle d’animateur du centre. Son mélange décalé de références classiques et de discours vendeur semble traduire un besoin de sens pour lui-même ( et pour l’audience ? ), le besoin de transcender la platitude des promotions commerciales et de les inscrire dans une histoire. Ses lettres à l’intention des consommateurs se terminent ainsi immanquablement par « Ceterum censeo : les produits électroniques n’ont jamais été aussi bon marché qu’aujourd’hui ».

Et une forme d’humour poétique irradie ainsi le livre. La modernité est omniprésente, des activistes écologistes au vol d’identité sur Internet qu’un certain « august kreutzer » ( sans majuscules ) inonde de commentaires racistes et pornographiques ( August Kreutzer partira à la recherche de ce double sordide, dans une des rares scènes où il semble poursuivre un but précis ).


Du temps et des lieux

La modernité se fait sentir également dans la structure et les transformations de la ville. Le centre commercial domine la ville à plusieurs niveaux : architecturalement d’une part ( il jette son ombre sur le reste de la ville ) et esthétiquement d’autre part ( tout y est parfait contrairement au reste de la ville ), et enfin comme force d’attraction ( décrite par la même Schwerkraft évoquée plus haut pour décrire la pesanteur de sa vie ) envers les habitants qui s’y pressent finalement. La ville semble graviter autour de ce centre, qui devient un modèle de société complet, avec cependant une face cachée. August Kreutzer et le directeur du centre affectionnent un lieu en particulier : les sous-sols, débarrassés de tout l’apparat des lieux réservés aux consommateurs. En caricaturant le propos, on pourrait dire que c’est une sorte de Metropolis, où le centre commercial serait la ville haute parfaite ( malgré quelques perturbations, dont un faux prophète qui hante l’entrée du centre ) et le reste de la ville en serait en quelque sorte les bas-fonds en partie désertés.

La ville comme les gens évolue constamment, presque imperceptiblement. L’écriture d’Albrecht Selge est impressionniste : il écrit par petites touches, des personnes entraperçues deviennent au fil des pages de vrais personnages, des rues et des bâtiments se transforment petit à petit, des relations changent à peine et pourtant constamment, le temps passe inéluctablement mais bien discrètement. Or pour marquer le temps et l’espace, l’auteur joue avec la mise en page. Une ligne vierge au milieu d’une phrase, et nous voila transportés dans une nouvelle pensée ou dans un nouveau lieu. Cela paraît facile, mais en réalité cette mise en page, dont il n’abuse pas, est efficace. Les lettres commerciales de Xerxes ponctuent également le livre, tout comme les mots et lettres vus par August Kreutzer dans la ville et qui deviennent comme autant de poésie et de mystère.

L’auteur réussit ainsi ce tour littéraire remarquable de faire entrer ( et perdre ? ) le lecteur dans le monde de descriptions et d’observations de son personnage, sans ennuyer et en introduisant une sorte de suspense lié au mystère de ce que Kreutzer voit : comment interpréter tel mot sur un mur, tel comportement ? On est face au mystère de l’autre, du temps qui passe, d’une société qui évolue collectivement et constamment, d’individus qui semblent figés et pourtant se transforment, presque sans s’en rendre compte… et bien sûr face au questionnement plus existentiel de la réconciliation de soi avec soi-même. Et sans raconter la fin du livre, disons simplement que Kreutzer semble connaître comme un deuxième éveil.


A quand une traduction en français ?

Si les références ont un rôle important ( les personnages les voyant ou recherchant ), on regrettera peut-être leur surabondance peu utile dans certains passages : ainsi de la crêpière Manon Lescaut ou de l’échoppe isolée Tristes Tropiques, même si on appréciera l’ironie.

Pour le reste, il s’agit d’un premier roman remarquable : d’une densité, richesse et lucidité exceptionnelles. Il y aurait encore beaucoup de choses à dire sur le plaisir et le rôle de la langue, le modèle de société que serait le centre commercial, la place de la filiation et de la mort, les relations aux autres. Le succès critique que remporte ce livre en Allemagne paraît donc mérité. De quoi souhaiter que ce roman soit vite traduit en français.

Anne PAILHES

© 2004-2007 - Les Beaux Esprits Se Rencontrent (LBESR) : Archivé édition N°44 : 11.X.11

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