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 | MELENCHON Jean-Luc | | Qu’ils s’en aillent tous ! | | Vite, la révolution citoyenne | | [5] Flammarion
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142 pages - 10 € ISBN 13: 978-2-0812-5133-5
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| Texte | Iconographie | Pertinence | Objet | Informatif/Intéressant
Pagination > 450 p.
Historicisant
Universitaire
Appareil critique
| Cartes
Dessins / Croquis
Photos / Reproductions
Quadrichromie
Griffe originale
| Concision
Cohérence
Esprit / Génie
Pluridisciplinaire
Sujet original
| Cartonné / Relié
Grand format
Papier spécial
Maquette / Typographie
Autres / Cachet
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Du constat d’un système économique à bout de souffle aux idées révolutionnaires empruntées à l’Amérique latine, de la volonté de replacer l’humain en tout à la critique des décennies libérales, Mélenchon soumet au lecteur une pensée structurée. A chacun de se faire son opinion. Du livre Qu’ils s’en aillent tous du candidat à la présidentielle Jean-Luc Mélenchon, beaucoup a été dit : titre vindicatif, succès en librairie, reflet du verbe fleuri de l’homme politique, etc. A quelques semaines des élections, essayons de le lire différemment et l’aborder sous un autre angle.
Sur la forme, ce n’est pas un manifeste. Il est bien plus une réflexion ( dans un style analysé ci-après ) et l’exposé de ses convictions. On arguera qu’il est difficile en 142 pages de mener une analyse poussée. Mais le candidat Mélenchon réussit tout de même à exposer une analyse structurée comme à formuler des pistes pour la révolution citoyenne qu’il appelle de ses vœux.
Car là est l’enjeu : l’auteur porte un regard sur la société, l’économie, la France, l’Europe et le monde, et il pose une question vitale : vit-on bien collectivement dans le système capitaliste ? Faut-il penser et vivre en prenant en compte les autres dans ses actes de citoyen ? D’un ton vif et une pensée menée tambours battants, ce livre ramène la réflexion aux questions de base : la vie, l’avenir et le bien-être comme fins ultimes de toute action. Et par là, il réactive le sens premier de la politique qui est l’action sur la polis, la cité en grec, ou en français contemporain, ‘la communauté des hommes’.
Sa révolution
Les propositions de Jean-Luc Mélenchon ne cherchent pas à s’inscrire dans le cadre économique et actuel de la politique. Aucune ne s’inscrit dans l’acceptation de l’ordre de fait. Sa proposition est bien d’en changer le cadre, de changer le moule de la société contemporaine par une révolution. Ce dernier mot charrie bien des passions, de la fascination romantique pour celle de 1789 à la répulsion horrifiée de celles de l’Allemagne de 1933 et de la Russie de 1917. Mais il rappelle que pendant que la démocratie française voit la désertion des votes, plusieurs pays d’Amérique latine ont mené des révolutions pacifiques, en redonnant sa place au peuple sans verser dans les dérives observées dans l’Histoire.
Chaque point, chaque réflexion sur une strate de la société, chaque proposition ne doit pas s’envisager isolément mais faire partie d’un tout autant que d’un changement de paradigme sur la réflexion politique, fondé sur la sortie du capitalisme et la réactivation du bien-être ensemble, sur le rappel que l’être humain ne peut envisager les questions concernant son cadre de vie à l’aune de son seul bien-être, et qu’il doit prendre en considération le fait qu’il est un « animal social ». Tout le livre repose sur cette idée qu’il n’est pas inéluctable de considérer l’état actuel du monde comme éternel… d’où l’imprégnation historique de ces cent quarante-deux pages.
Ainsi, quand Jean-Luc Mélenchon évoque la répartition des richesses entre capital et travail ( la part du capital a crû ces dernières décennies au détriment de l’argent, fruit du travail, p.50 ), se pose la question de la place de l’argent, apparu historiquement pour remplacer le troc, but aujourd’hui de bien des actions. Même le travail est questionné en filigrane : rappelons que la marchandisation et l’argent afférent a pour synonyme négoce, du latin nec-otium, ce refus de l’otium, cette oisiveté des Antiques quand ils se promenaient pour réfléchir loin de toute idée de fainéantise. En lisant le livre, il semble possible de redonner cette place aux matières de l’esprit dans le quotidien, au lieu de la place qu’occupe l’argent ; de retrouver comme fin de toute action quotidienne la réflexion sur soi, sur la vie et sur les autres. Logiquement, dans la réflexion de l’auteur accorde donc toute sa place à la question culturelle (p.34).
Penser (contre) le capitalisme
Il mène aussi une analyse du système politique et économique actuel, en France, en Europe et dans le monde, cherchant à prendre à la racine tous les enchaînements s’opérant aujourd’hui. Et cela commence par les esprits : pour la pauvreté par exemple, Jean-Luc Mélenchon rappelle comment les gens sont presque forcés de réfléchir : « plus il y a de pauvres visibles, plus on craint de le devenir. Et moins on se bat de peur de perdre ce que l’on a. Moins on se bat, plus la déréglementation avance et plus il y a de nouveaux pauvres (p.55) ».
Décortiquer les enchaînements ( dans les pensées, dans les débats politiques et dans le système économique ) semble un leitmotiv chez l’auteur, pour rendre transparent un système qui joue sur l’ignorance des gens. Les nombreuses propositions de l’homme politique peuvent alors gagner la réflexion du lecteur :
1. Pour une refondation républicaine , contre l’Europe si éloignée des citoyens mais qui impose des décisions libérales qu’elle revendique même, sont nécessaires une « Constituante » visant à abolir la monarchie présidentielle de la Ve République, la sortie du Traité de Lisbonne qui a consacré des institutions sans contrôle démocratique, et une sanctuarisation de l’Ecole libre des tentations mercantiles.
2. Pour un autre partage des richesses : un salaire maximum, un nouveau pouvoir donné aux salariés, l’usage différent de l’euro dont le cours trop fort empêche toute politique monétaire de relance par des taux d’intérêt bas, et la fin de l’indépendance de la BCE.
3. Pour une planification écologique : revoir le libre-échange qui mène à des achats éloignés des besoins vitaux et à des transports aberrants ( asperges du Pérou alors qu’il y en a en France ), pour en même temps redynamiser les productions de pays à bas coût ( l’économie a sa place dans sa réflexion sur l’écologie ), la fin du nucléaire remplacé par des énergies éternelles ( géothermie, mouvement des vagues ).
4. Pour un autre état du monde : refuser les G8 et G20, redonner sa place à l’ONU ; refuser le projet de grand marché transatlantique…
Mélenchon va jusqu’à remettre en cause la peur du terrorisme mondial, qui focalise l’attention et détourne de ce qui peut ressurgie : la guerre entre les pays.
L’optimisme comme style
Derrière le style oral du livre de Jean-Luc Mélenchon, ancien professeur de français, se voit une réelle réflexion sur la langue : comment clairement exposer à tous une réflexion sans l’écran du jargon technique et déjouer la pensée néo-libérale ?
Car les mots importent : il souligne combien certains politiques « tuent » le sens des mots (p.31) et manipulent les pensées en jouant du verbe. On arguera que l’homme politique du Front de gauche sait se faire orateur, mais on lui reconnaîtra que derrière un signifiant il n’hésite pas exprimer clairement le signifié. Sa réflexion sur l’usage des mots pose l’homme, car le langage importe aussi en politique, il est même un enjeu de pouvoir : comment un peuple peut-il réfléchir à son avenir si le Français moyen ne possède qu’un vocabulaire 3000 mots ?
C’est pour cela qu’il est intéressant d’étudier le vocabulaire qu’il emploie à la marge dans son livre, hormis les verbes et les noms communs de sa réflexion. Et force est de constater que l’ouvrage est joyeux. Du reste, l’adverbe « joyeusement » apparaît page 53 ; à ses adversaires capitalistes, il oppose un message « tranquille » (p.63) ; il parle de générosité et d’un « optimisme contagieux » (p.135). Trouver de tels mots dans un livre politique souligne que le but ultime de celle-ci est de redonner du bien-être aux êtres humains que sont les travailleurs, les citoyens, les chômeurs… toutes ces dimensions sociales qui recouvrent l’humanité de chacun.
Avec Jean-Luc Mélenchon, la politique ne se résume pas à des chiffres et parle de sentiments, car la politique collective ne se fait pas sans les êtres pourvus de sentiments. Loin de toute niaiserie, son livre pose un message clair : « libérez les vannes de votre réflexion », « acceptez de sortir du système actuel imposé à la pensée pour imaginer autre chose ». On ne peut s’empêcher de penser que, sans cette acceptation de sortir de la pensée unique actuelle, en restant dans la vision de la politique comme apport à soi et non à tous, les gens peuvent conclurent différemment de lui.
Jean-Luc Mélenchon demande juste de s’interroger si, en acceptant le système actuel, on le trouve bon ou pas. Lui répond par la négative et en tire les conclusions en souhaitant « tout changer ». C’est le pari ‘mélenchonien’, que le lecteur, d’accord ou pas, ne peut ne pas respecter l’unité de sa pensée, sûre et déterminée. Et son livre de terminer par l’impératif « osons » ! Olivier STROH © 2004-2007 - Les Beaux Esprits Se Rencontrent (LBESR) : Archivé édition N°46 : 04.III.12 * * *
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