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[121] ARTS CINEMATOGRAPHIQUES > [29] Fiction
[73] DVD > [5] Films France
STROH Olivier - L’universelle confusion des genres
L’universelle confusion des genres
Présentation du dossier
par STROH Olivier
 

Bien que sorti en 2000, le film La Confusion des genres d’Ilan Duran Cohen reste d’actualité : jamais notre société n’a autant cherché ses repères. Retour sur ce bijou cinématographique entre comédie et drame psychologique, pour mieux cerner les paroles des protagonistes.

 

DOSSIER :
Présentation : L’Universelle Confusion des Genres
Entretien : Ilan DURAN COHEN
Entretien : Pascal GREGGORY
Entretien : Cyrille THOUVENIN
Entretien commun : Ilan DURAN COHEN – Pascal GREGGORY – Cyrille THOUVENIN
Entretien : Valérie STROH
Chronique : Quatre romans de l’existence d’Ilan DURAN COHEN

Captures du film aimablement fournies par Ilan Duran Cohen


 

Au sujet du cinéma français, un des personnages de Chronique alicienne ( le premier livre d’Ilan Duran Cohen ) est lapidaire : « votre cinéma est prétentieux et sans âme (p.51) »… Cet Américain serait vraisemblablement gêné devant La Confusion des Genres, tant l’âme des personnages, l’introspection des sentiments et l’analyse des relations humaines y sont en même temps menées avec modestie et profondeur !

La trame ressemble à un Feydeau écrit mezza voce : Alain, avocat quadragénaire, travaille avec Laurence. Il se marierait bien avec elle mais, lors d’une soirée parisienne, il rencontre Christophe, jeune écorché vif. Et dans une affaire, il doit défendre Marc, taulard vénéneux et manipulateur, qui l’attire immanquablement. Or il est aussi bien charmé par Babette, l’ex compagne de Marc. Ensuite, Laurence tombera enceinte, et Christophe aménagera chez lui, Babette le retrouvera régulièrement, Marc se déshabillera pour lui… Alain ne sait à quels attrait, sentiment et genre se vouer. La confusion nait de l’irrépressible envie de bonheur chez ce personnage sentimentalement instable et sexuellement embrouillé, véritable précaire du bonheur.


Le jeu des chemins détournés

Le jeu de Pascal Greggory rend à chaque instant la quête insatiable de repères et de stabilité de son personnage, en déséquilibre à force de ne pas vouloir choisir. Son jeu de regard fixe balayant à la fois tous les sens, et sa diction claire qui détache chaque mot, apportent au personnage d’Alain cette présence caractéristique des personnages de Tchekhov qui font toujours l’inverse de ce qu’ils disent. Mais la confusion des genres n’est pas portée uniquement par lui.

En avocate rigide, Nathalie Richard sait donner à son jeu la même confusion d’une ‘célibattante’ en mal d’amour, d’enfant et de tendresse, mais qui ne sait sortir de son quotidien finalement rassurant : on sait ce qu’on perd, pas ce que l’on gagne.

Julie Gayet en Babette, coiffeuse de son état comme elle serait DRH ou nonne humanitaire, dévoile aussi par son innocence l’incompréhension face aux difficultés de la vie. Elle ne sait pas ce qu’elle doit faire et essaie de se débrouiller seule, mais in fine n’hésite pas à demander de l’aide au premier venu ( en l’occurrence Alain ), pour monter une bibliothèque ou pour comprendre sa relation avec Marc.

Face à eux, Vincent Martinez, qui incarne un trentenaire arrêté pour meurtre, semble l’âme damnée de ces êtres en déshérence.
Manipulateur à l’envi de son avocat, péremptoire dans sa conception de la vie comme dans son amour pour Babette, il a le regard perçant, le verbe définitif et le ton sec du taulard enfermé entre quatre murs et enfermé dans ses certitudes. Seul son compagnon de cellule, superbement interprété par Alain Bashung, sait le ramener à la raison, cette composition avec le réel faites de grandes défaites et de petites victoires.

Ilan Duran Cohen semble s’être amusé à donner le rôle de l’équilibre au plus jeune personnage, Christophe, interprété par Cyrille Thouvenin, le seul posé. Il sait poser des questions fermées pour obtenir des réponses quand les autres se perdent dans des questions rhétoriques ou ouvertes. Avec sa fraîcheur, c’est lui pourtant qui n’hésite pas à dire à Alain qu’il peut tout avoir ou qui doit savoir prendre des décisions.

La confusion des genres se retrouve dans le champ des possibles, que chaque personnage sait plus ou moins gérer. Narrativement, ce champ se trouve aussi dans la répartition des rôles : les plus jeunes sont les plus décidés, et les aînés les plus paumés. C’est ainsi le prisonnier au seuil de sa libération qui analyse le mieux la situation, et le jeune suicidaire qui gère le mieux les situations et les avocats, ces personnages incarnant la Loi et la droiture qui empruntent les méandres.


Le désordre des émotions

Le travail de scénario est de qualité, ce film mêlant histoires d’attirance entre les personnages sans pour autant perdre le spectateur : attiré par Laurence, Alain rencontre Christophe mais a une relation sexuelle avec sa collègue, il aime Christophe mais est attiré par Marc avant qu’il ne rencontre Babette

L’ensemble est rendu limpide par la clarté des dialogues et celle de la mise en espace. Beaucoup d’aphorismes ponctuent les paroles des personnages, comme pour mieux se rassurer par le sens commun. Les personnages parlent comme s’ils livraient bruts leurs ressentis, chacun réagissant instinctivement, tous étant des êtres de sentiments. Il n’est jusqu’aux familles des deux avocats qui ne soient mises en scène avec tact : face aux interrogations d’Alain et de Laurence, les parents sont comme des personnages balzaciens emmurés dans leur bourgeoisie.

Comme Nathalie Sarraute mettait en scène dans ses romans des personnages caricaturaux face à ses ‘héros’ torturés par les conciliabules, Duran Cohen fait des familles des limites bornées face à l’instabilité des personnages principaux, comme pour mieux mettre en valeur cette confusion omniprésente. La confusion des genres se retrouve donc aussi dans la poétique du film : sont savamment mélangés les individus reflets d’une psychologie sans cesse revisitée, et les personnages bornés tout droits sortis d’une littérature du XIXe siècle.

Si la psychologie est bien le ressort de l’errance des personnages de ce film, elle n’est jamais mise en en scène grossièrement. Même quand ceux-ci parlent, avec ce ton à la fois perdu et définitif, on sent qu’ils ignorent véritablement la raison de ce qu’ils affirment. Le cinéma d’Ilan Duran Cohen aime les paroles ciselées, ses créatures parlent presque pour se rassurer, pour crier la perte de leurs repères et demander leur direction, direction qu’ils ne trouvent pas car l’autre a aussi perdu sa boussole.


Un cinéma ‘mécontemporain’

Il faut imaginer les personnages du film heureux. Cette analyse de la confusion des sentiments, repères et identités ( sexuelles ou sociales ) reste d’actualité plus de dix ans après la sortie du film. Comment le qualifier ? Peut-être de romantique au premier sens du terme. Le réalisateur et co-scénariste ne prend aucun engagement social dans son film, il pose son miroir le long de la vie de ses personnages pour refléter leur indécision et leur questionnement sur la sexualité. Il décline l’amour au pluriel, et montre que la confusion se pose aussi dans la place qu’on se cherche dans la société : les avocats, êtres de droit, se perdent dans les circonvolutions de leur profession ; après des années d’enfermement, le prisonnier Bashung, est le plus lucide sur l’analyse des situations… Le destin d’individus est ainsi mis en scène, singulièrement, pour montrer que chacun cherche ses repères et les trouve à la seule aune de son bonheur.

La confusion est menée jusqu’à son terme quand, au dernier plan de l’histoire, on ne sait si Alain est plus heureux dans son nouveau statut familial ou s’il est prêt pour une nouvelle aventure amoureuse. Pour voir clair, peut-être faut-il accepter que la réalité soit confuse. Ilan Duran Cohen, Pascal Greggory et Cyrille Thouvenin mettent en lumière la part indécise, innocente, et dubitative de chacun d’entre nous. Dans les entretiens de ce dossier, ils livrent avec raison les ressorts de cette fable contemporaine.

[ NdlR : les entretiens de ce dossier ont été réalisés par Olivier Stroh ]

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