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| Texte | Iconographie | Pertinence | Objet | Informatif/Intéressant
Pagination > 450 p.
Historicisant
Universitaire
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Cohérence
Esprit / Génie
Pluridisciplinaire
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D'octobre 1878 à avril 1879, l'artilleur Michel Millet effectua dans l'ouest de la Nouvelle-Calédonie une série d'expéditions mal organisées, souvent ratées mais d'autant plus savoureuses qu'il les consigna dans son journal de route dans un style inénarrable… Un texte unique en son genre
Savoureux est son style en effet : l'auteur noircit ses carnets d'une belle écriture sans aucune notion des conventions orthographiques et syntaxiques usuelles ! Voici, à titre d'exemple, l'entrée du Journal pour le premier janvier 1879 : « jaie passez une journée a ses triste de l'eau la pluie tambe avec rage. Jaie eu pour etrène deux goute de cognac une d'un épicier, et l'autre d'un femme de mon pays ancien condanné au travaux forcé, ces toute la boisson que nous avons eu se jour de l'an ».
C'est mieux que certaines perles de l'orthographe au lycée, de quoi désorienter le lecteur peu habitué à cette façon d'écrire. Mais après quelques pages, on s'accoutume à ce récit qui vaut témoignage. Un témoignage historique
Le parcours de Millet sur les mauvaises routes de la Nouvelle-Calédonie fut imposé par les autorités militaires qui alors estimaient qu'un artilleur muni d'un canon transportable auraient un effet dissuasif prodigieux sur une révolte populaire. Mais c'était sans compter sur le fait que les insurgés se déplaçaient vivement d'un village à l'autre, et que jamais durant toute la campagne ils n'auraient l'amabilité de prêter le flanc à l'artilleur, à portée de cible.
S'il n'y avait les aspects tragiques de la guerre coloniale en toile de fond, on pourrait parler d'une chasse au dahut, ou encore d'une épopée donquichottesque. Ot Millet y apporte un regard souriant et apprend beaucoup de choses et, au fil des jours, entre autres parce qu'il s'impose la discipline de tout noter au jour le jour : marches, tirs, gibiers, abris, rencontres, etc. Les habitants de l'île s'humanisent à ses yeux au point qu'il n'ose dénoncer explicitement l'absurdité de la guerre coloniale, mais si cela transparaît quand même.
Mérites de l'ouvrage
Un épisode hautement emblématique de cette lamentable odyssée le confronte à un Canaque tapageur, un jour de Mardi-Gras. Le Canaque ayant brandi ses armes, Millet lui administre un coup de poing qui l'envoie au tapis. Simplement, ce n'était pas un vrai Canaque, mais un sergent de l'infanterie de marine habilement déguisé pour l'occasion : Huit jours de prison. Mais conservant sa bonne humeur, le canonnier poursuit ses missions. De retour en France, il recopie ses notes à l'encre, et prend peut-être conscience alors qu'en ce monde que tous les humbles sont des Canaques aux yeux de ceux qui les gouvernent. C'est sans doute la grande leçon de son texte.
Cette édition a bénéficié d'une éclairante introduction par Alban Bensa, anthropologue de la parole et connaisseur du monde kanak avec ses multiples univers narratifs, dont il propose un échantillon en début de recueil. L'ouvrage est ainsi très complet, d'une séduisante originalité qui procure au lecteur un authentique parcours initiatique. Jean-Baptiste BERTHELIN © 2004-2007 - Les Beaux Esprits Se Rencontrent (LBESR) : Archivé édition N°8 : 16.IX.04 * * *
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