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 | DELANOË Bertrand | | La Vie, Passionnément | | | [6] Robert Laffont
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265 pages - 20 € ISBN 10: 2-221-10010-7
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| Texte | Iconographie | Pertinence | Objet | Informatif/Intéressant
Pagination > 450 p.
Historicisant
Universitaire
Appareil critique
| Cartes
Dessins / Croquis
Photos / Reproductions
Quadrichromie
Griffe originale
| Concision
Cohérence
Esprit / Génie
Pluridisciplinaire
Sujet original
| Cartonné / Relié
Grand format
Papier spécial
Maquette / Typographie
Autres / Cachet
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Le maire de Paris s'étend sur son éveil et son cheminement politiques, les réalisations et ambitions de son mandat, et ses préoccupations et enjeux de la gestion municipale. Un aperçu synoptique de sa générosité et rectitude, sans scoops toutefois. Trois ans après le basculement à gauche, Paris présente déjà des changements notables, beaucoup dus à la politique dynamique insufflée par l'équipe Delanoë, dont la gestion de proximité et les ambitions sociales tranchent avec celles de ses deux prédécesseurs. D'ailleurs, « l'actualité municipale ne défraie plus la chronique judiciaire (p.144) », et les inscriptions sur les listes électorales ont crû de 13 % depuis 2001, à population constante.
L'Eveil politique
L'auteur rappelle d'abord comment les excès et incohérences de la colonisation française ont marqué sa jeune adolescence en Tunisie : « le fait colonial m'a construit politiquement (p.29) […] A la base de tout mon engagement politique, il y a l'indignation de l'enfant, la conviction de l'adolescent (p.32) ».
Mais à quatorze ans, la famille quitte Bizerte pour Rodez, où il développe son intérêt naissant pour la politique. En 1974, il décide de monter à Paris, seule ville à la mesure de ses ambitions professionnelles, car Bertrand Delanoë n'est pas issu des filières des grandes écoles : il a roulé sa bosse comme on dit, en s'assurant un travail dans le privé avant de s'engager davantage au PS.
Remarqué par les responsables du nouveau parti, Delanoë entre tôt dans le cercle restreint autour de François Mitterrand, qui lui dit malgré leurs frictions : « ceux qui vous ont combattu sont des amis, mais vous, vous êtes de la famille directe, comment avez-vous pu en douter ? (p.109) ». Mais c'est à Lionel Jospin que Delanoë voue ensuite sa plus grande admiration : intégrité, droiture, capacité d'écoute et qualité de gestionnaire.
Mais le candidat Delanoë connaît aussi les affres des débâcles électorales, tant nationales que personnelles comme dans son malheureux parachutage en Aveyron en 1986. Il se retire alors de la vie politique pour se faire dans le privé et prendre du recul. Il revient une décennie plus dans la bande des dirigeants socialistes du XVIIIe arrondissement, devient sénateur et enfin maire de la capitale…
PARIS : une Ville tournée vers ses Habitants
Son enfance tunisienne et les multiples voyages ultérieurs ont forgé chez lui un grand intérêt pour les grandes métropoles et les solutions adoptées à l'étranger pour les humaniser. Fort de ces confrontations enrichissantes avec l'expérience accumulée sur ses mandats politiques, le nouveau maire a courageusement avalisé un vaste éventail de mesures en faveur du bien-être des Parisiens.
Leur application témoigne autant de la suffisance des équipes antérieures que de la difficulté à imposer des changements sans volonté politique ; certes, les excès de la gestion précédente et le basculement politique à gauche lui ont donné un exceptionnelle lune de miel, une carte blanche pour entériner des changements, de bon sens plus que radicaux.
Ces mesures, diverses mais ciblées, s'imposaient car « la civilisation urbaine reste à inventer (p.206) » selon le mot de Mitterrand. Sur le plan culturel, le bilan est déjà édifiant : Nuit Blanche, Paris Plage, cinéma de quartiers, réorientation du Théâtre du Rond-Point aux nouveaux talents de variété, légalisation du squat d'artistes de la rue de Rivoli, etc.
Et pour abattre les barrières à l'entrée comme on dit en économie, gratuité d'accès à tous les musées municipaux : 78% de hausse de la fréquentation. La Direction des Musées de France devrait s'en inspirer. Il en est de même sur le plan spirituel, avec une grande volonté de communauté œcuménique : hébergement d'au moins une fête annuelle par confession dans les locaux de la mairie, construction de deux nouvelles mosquées dans le nord de Paris, etc.
Contre l'Exclusion sociale et culturelle
Naturellement, le développement de logements sociaux reste prioritaire, avec l'aménagement de nouvelles crèches dont Paris manque tant, pour freiner l'exode des jeunes couples vers la banlieue… D'où la création d'une crèche dans « les anciens appartements privés du maire (p.132) », au rez-de-chaussée de la Mairie, tout un symbole !
Il y a aussi le développement des 121 conseils de quartier « ouverts à tout habitant quels que soient son âge et sa nationalité [ soit ] 11 350 propositions que nous avons intégrées à notre travail de préparation du Plan local d'urbanisme (p.137) ». Ils furent relayés dès 2001 par un conseil des résidents non communautaires qu'il préside pour les autres résidents étrangers, et par l'instauration progressive de maisons des associations avec diverses facilités, à terme dans chaque arrondissement, pour une meilleure vie sociale et associative.
Contre l'exclusion, citons pour les RMIstes la gratuité d'accès aux installations sportives, l'allocation personnalisée d'autonomie pour les personnes âgées et la construction de facilités d'accès supplémentaire pour les handicapés moteurs. Par ailleurs « une femme sur dix vivant en couple et âgée de vingt à cinquante-neuf ans a subi des violences de la part de son compagnon au cours des douze derniers mois […] 60 % des appels à police secours concernent ce type de violence (p.88) » !
Delanoë a donc « décidé de subventionner - c'est inédit à Paris - les associations dédiées à cette cause, qui proposent un hébergement ainsi qu'une assistance juridique et psychologique. Nous avons acheté un immeuble dans le XVe arrondissement pour y installer un centre exclusivement consacré à l'accueil des femmes et de leurs enfants (p.88) ».
La Délinquance La délinquance est une préoccupation constante : « la population carcérale a augmenté de 22% en deux ans, ce qui est énorme. Certains établissements ont un taux d'occupation de 300% […] Il faut oser dire aux Français que le problème ne sera pas résolu seulement en construisant quelques prisons supplémentaires, aussi fonctionnelles soient-elles. Il nous faut engager une refonte complète de notre système judiciaire, car l'engorgement des prisons est d'abord imputable au délai de traitement des affaires (pp.39-40) ».
La prévention pourrait passer par un encadrement sportif en complément à l'école : « l'accès à un club, la participation à des matchs peuvent leur inculquer la nécessité d'une discipline autrement et peut-être plus efficacement que l'école. La possibilité de progresser, de remporter des victoires, et d'abord sur soi-même, est un instrument incomparable pour construire la confiance en soi sans l'appuyer sur la haine de l'autre (p.204) ».
Sur l'homme qui le poignarda en octobre 2002 : « les experts l'ont déclaré irresponsable pour cause de pathologie psychiatrique grave. Il a donc obtenu un non-lieu et a été enfermé dans un hôpital psychiatrique pour y être soigné. Sans contester la décision de la justice, je me pose deux questions : […] qu'est-ce que son acte doit à ses incarcérations précédentes ? […] dans quelque temps, les psychiatres le laisseront sortir. Que ce passera-t-il alors ? C'est là que le bât blesse. Car l'accompagnement hors du cadre hospitalier souffre de graves lacunes dans notre pays (p.43) ».
Et il poursuit : « 30 % des SDF souffrent de troubles psychiques, - dont l'hôpital psychiatrique s'est déchargé sur le réseau des centres dits 'couverts', qui n'ont ni les moyens, ni les structures, ni l'envie d'encadrer les fous en rupture de ban ! (p.44) ».
Considérations nationales Bertrand Delanoë s'intéresse aussi aux enjeux nationaux, comme l'affaire du voile ou les violences en banlieue, dont son médecin, une Tunisienne, dit de son pays, « je ne courais pas le risque d'être violée ni brûlée par les garçons du voisinage. Je n'avais pas besoin, moi, de dire 'ni pute ni soumise' (p.90) ».
Dans la même veine, il dénonce comme tant d'autres la discrimination salariale à compétences égales entre hommes et femmes, la sous-représentation féminine en politique. Mais conséquent avec lui-même, la mairie de Paris fait heureusement exception. Enfin, il se prononce en faveur du droit de vote aux étrangers aux consultations nationales, et propose une stratégie pour convaincre une nation française plus que rétive.
A cet égard, il dénonce clairement le cumul des mandats, une « nécessité : limiter strictement le cumul des mandats en l'inscrivant dans la Constitution. Et disant cela, c'est bien à un mandat unique que je pense, au moins pour les parlementaires et les responsables d'exécutifs locaux. Ce serait après tout une manière d'accélérer le renouvellement du personnel politique en favorisant l'émergence de nouvelles personnalités et en élargissant considérablement le partage du pouvoir (p.124) ».
Il y aussi la question de l'euthanasie, qu'il défend sous l'argument de la douleur : « à un certain degré d'intensité, l'imposer est inhumain. La douleur peut-être pire que la mort (p.147) ». Et il déplore les dérobades et la défense de demi-mesures qui donnent bonne conscience, là où des médecins courageux agissent et disent haut et fort ce que la profession maquille souvent en complication fatale, pour soulager le patient. Le débat doit être étendu sur la place publique, car pour l'instant « nous nageons en pleine hypocrisie […] érigée en mode de gouvernement (p.150) »…
Opinion d'Ensemble Voilà donc un livre utile pour mieux connaître la personnalité et les préoccupations de l'actuel maire de Paris. Le texte confirme un esprit alerte ouvert aux nouvelles propositions, avec un grand sens de la délégation : les résultats, déjà palpables sur la circulation automobile, se voient aussi dans la culture et les aides sociales.
Mais ses observations et développements rejoignent ceux faits ailleurs, si bien que le livre montre surtout un homme bien au fait des dossiers de société. Il ne fait donc qu'allonger la longue liste de titres à laquelle chaque politicien semble aujourd'hui sacrifier, et le lecteur curieux restera sur sa faim : il manque notamment une ventilation détaillé des bugdets, un exposé argumenté des possibilités, difficultés et obstacles à l'action d'une mairie qui gère rien moins qu'une des principales et plus belles villes du monde, et en tout état de cause, une capitale touristique, culturelle et financière de premier plan… Mais on trouvera un développement intéressant sur les raisons de l'échec de la candidature de Paris pour les J.O. de 2008, et toutes les mesures prises pour défendre celle de 2012. Philippe CESSE © 2004-2007 - Les Beaux Esprits Se Rencontrent (LBESR) : Archivé édition N°9 : 01.X.04 * * *
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