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1907, nord du Chili : révoltés par leur exploitation éhontée, les grèves pacifiques des ouvriers du salpêtre aux mines de nitrates sont réprimées dans le sang. Un portrait poignant de ces fleurs noires, victimes d'un drame social dû à la cupidité des gringos et du gouvernement. En décembre 1907, dans la ville portuaire de Santa María de Iquique ( Iquique ) dans l'ancienne province de Tarapacá au nord du Chili, les grèves ouvrières des mines de nitrate furent sévèrement réprimées par l'armée, qui ouvrit le feu tuant près de 3000 hommes, femmes et enfants. Ces rebelles pourtant pacifiques, miséreux et exploités, ne voulaient que protester contre leurs conditions de travail déplorables et faire valoir leurs droits. Voilà l'histoire émouvante de ces vies misérables aux espoirs floués, à travers laquelle l'auteur raconte un épisode sanglant de l'Histoire du Chili.
La Traversée des Espérances Le 10 décembre 1907, la grève générale est déclarée à San Lorenzo pour demander une augmentation des salaires. En effet, avec la baisse de la monnaie, les prix ont doublé dans les magasins où les ouvriers sont obligés de s'approvisionner et qui appartiennent aux gringos, les patrons des compagnies d'exploitation des nitrières.
Harassés et démunis, ces « traîne-misère » accompagnés de leurs familles se rendent à San Antonio pour rencontrer le préfet, qui leur fait faux bond. Menés par José Brigg l'anarchiste, ils décident de se rendre à Iquique, pour faire entendre leurs revendications et négocier avec les autorités.
Un long voyage à pied commence à travers le désert d'Atacama, sous une chaleur infernale. Tel le « peuple élu marchant à travers le désert à la recherche de la Terre promise (p.37) », ceux que l'on considère « comme moins que des hommes » marchent l'espoir au cœur, « fatigués et suants comme des chiens, couverts de terre comme des chiens, puant le chien (p.37) ». Rejoints par leurs camarades des compagnies de la région, ils seront plus de 14 000 à destination. Des Vies minuscules Parmi eux, l'auteur donne la parole à quelques personnages attachants et magnifiques. Olegario Santana est le meilleur ouvrier de San Lorenzo. Veuf d'une femme « morte sans même lui laisser la compagnie d'un souvenir agréable contre lequel blottir son chagrin d'homme seul (p.12) », il est amoureux du visage féminin figuré sur son paquet de cigarettes. Deux vautours apprivoisés, qui « se sont montrés plus fidèles que n'importe quelle femme (p.22) », l'accompagnent tous les jours à la mine. Peu loquace, Olegario est résolument pessimiste sur l'issue du conflit, mais son cœur bat pour Gregoria Becerra, femme forte au grand cœur. Sa fille Liria María, n'a d'yeux que pour le jeune Idilio Montaño, le constructeur de cerfs-volants…
L'ami d'Olegario, le charretier José Pintor connu « pour être un anar chronique 'du genre à lire le journal à table' (p.16) », entretient une haine anticléricale à grands renforts de jurons et de blasphèmes. Quant à Domingo Domínguez, camarade de beuverie des deux autres, c'est un « pilier de bistrot patenté (p.21) » d'humeur à plaisanter à la moindre occasion. Leurs vies à tous, sur cette terre oubliée de Dieu, ne connaissent rien d'autre que la mine, si ce n'est un compagnon ou une compagne pour partager leur misère. Et pourtant ils ne veulent courber l'échine ni devant la fatigue, ni devant les patrons profiteurs.
Un Hymne à la Solidarité et à la Liberté
Né en 1950, Hernán Rivera Letelier a longtemps vécu dans le désert d'Atacama, où il fut lui-même mineur et un témoin silencieux à l'écoute de ses compatriotes. Dans une écriture sensible et poétique, il évoque la solidarité dans l'adversité des travailleurs chiliens, péruviens, argentins et boliviens, sans oublier leur émotion à voir l'océan pour la première fois : ceux qui franchissent la dangereuse Cordillère des Andes sont émerveillés et fascinés par cette immensité bleue.
Le roman est un bel hommage à ces mineurs honnêtes et pacifiques pour qui « le pire n'est pas d'être exploités mais d'accepter de l'être, de baisser les bras (p.128) », tout en dénonçant les abus du pouvoir et ses méthodes de répressions barbares. L'auteur exalte l'intégrité et le courage de ces hommes et ces femmes « fleurs noires et discrètes / qui naissent et meurent dans le désert…(p.175) »…
© 2004-2007 - Les Beaux Esprits Se Rencontrent (LBESR) : Archivé édition N°9 : 01.X.04 * * *
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