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 | NASSIB Sélim | | Un Amant en Palestine | | | [6] Robert Laffont
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225 pages - 19 € ISBN 10: 2-221-09358-5
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| Texte | Iconographie | Pertinence | Objet | Informatif/Intéressant
Pagination > 450 p.
Historicisant
Universitaire
Appareil critique
| Cartes
Dessins / Croquis
Photos / Reproductions
Quadrichromie
Griffe originale
| Concision
Cohérence
Esprit / Génie
Pluridisciplinaire
Sujet original
| Cartonné / Relié
Grand format
Papier spécial
Maquette / Typographie
Autres / Cachet
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Entre 1925 et 1948, la vie et les amours d'Albert Pharaon, banquier, dont une relation avec Golda Meir, sioniste et future premier ministre d'Israël. En toile de fond, les premières déchirures entre Juifs et Arabes… En 1928, le cosmopolitisme semble de mise en Palestine : « d'autres couples se promènent dans les allées, enlacés, mais aussi des bandes d'adolescents, des familles nombreuses, des ouvriers, des intellectuels. La musique et les slogans les unissent dans un même sentiment d'appartenance, on les entend parler les langues du monde entier. 'Etre juif ne les distingue plus, pense Morris, puisqu'ils le sont tous. Pour se présenter, ils sont obligés de se dire yéménites, polonais, ukrainiens, russes, lithuaniens, allemands, syriens… La Palestine leur a permis de réaliser un fantasme aussi profond qu'inavoué : ne plus être juif ! (pp.46-47) ».
C'était avant que l'immigration, conforme à la promesse formulée en 1917 par le ministre britannique des affaires étrangères James Balfour, 'confortée' ensuite par l'holocauste, n'assoie le pouvoir des Juifs en Israël au détriment des Arabes de Palestine.
Golda Meir, jeune
Le préambule termine ainsi : « Golda aimait les hommes, mais ses amants étaient juifs, tout comme son monde, elle n'en connaissait pas d'autres. Sauf pour une nuit, peut-être, avec le roi Abdallah de Transjordanie (p.11) ». Et cela résume sa trajectoire politique autant que l'esprit du roman : son parti privilégiera systématiquement la prééminence sioniste en Palestine, sans égard envers la population palestinienne, comme l'illustrent de multiples répliques, comme celle-ci : « nous ne sommes pas des étrangers dans ce pays mais les descendants de ceux qui en étaient maîtres dans le passé. Nous revenons nous y installer et c'est comme si nous y étions nés ! (p.52) ».
Mais le livre décrit aussi une femme jeune, mère de surcroît, mais que l'engagement politique oblige à confier ses enfants à des tiers. Originaire de Kiev, où elle connut les pogroms, Golda Meir, après un bref détour par Milwaukee aux Etats-Unis, est venue en Palestine dans l'espoir de trouver une vie meilleure… Et la vie ne lui fut pas facile : « pendant toutes ces années, David, je te jure, j'ai tout essayé, vraiment essayé. Je me suis efforcée de soigner et d'aimer Morris comme il le mérite, je lui ai donné deux enfants, j'ai couru du matin au soir, tenu la maison, travaillé dur… Je n'y arrivais pas, personne n'y arrive, la misère est telle, mais c'est mon devoir, bonne mère, bonne épouse, un effort acharné, quatre ans durant ! Je suis devenue experte en pauvreté, ça ne nous a pas empêchés d'êtres affamés. Un jour, je me souviens d'avoir pleuré uniquement parce que nous n'avions plus d'argent pour acheter du pétrole à brûler. Tu t'imagines ? […] C'est ça être sioniste, non ? dit-elle avec un pauvre sourire. venir en Palestine, être content simplement d'y être et, oui, souffrir… J'ai laissé passer les semaines les unes après les autres. Je pensais que je m'habituais, que je finirais par m'habituer (p.58) ».
Albert Pharaon, banquier
Le nom ne s'invente pas, l'auteur en jouera d'ailleurs un peu avec l'histoire biblique en rappelant ce pharaon du Nouvel Empire qui accueillit les juifs en errance… Albert Pharaon, banquier de son état, est le personnage central du livre autour duquel gravitent toutes les scènes, ou presque. Lors d'une réunion mondaine, où les deux protagonistes se rencontrent pour la première fois, les propos du sioniste Remez l'amène à poursuivre ainsi :
« - Je ne vous prêterai pas d'argent, dit Albert d'un ton calme et sûr, pas plus que je ne vous vendrai un seul dounom de mes terres. - Pourquoi ? demande vivement Golda. - Parce que je suis opposé par principe à une entreprise visant à développer la seule société juive en Palestine […] je suis prêt à mettre une livre sterling sur la table chaque fois que vous en mettrez une, à condition que ce soit pour financer un projet de développement bénéfique à la fois aux Juifs et aux Arabes (pp.91-92) ».
Mais Albert n'est pas un Arabe hostile à l'immigration juive, il y reconnaît même quelques mérites, en sus du charme que Golda exerce sur lui, comme en témoigne cette belle métaphore : « vous allez nous jeter dans la modernité comme des homards dans l'eau bouillante (p.99) ».
Les Amours de Pharaon
Mais le roman ne traite pas de ses activités professionnelles. Ce n'est qu'une information pour le situer, puisque Albert, grand amoureux devant l'Eternel, entretient des sentiments pour sa nièce, que la mère précipite dans les bras d'un riche Egyptien en échange d'un très généreux renflouement des finances familiales… S'ensuit alors entre eux deux une altercation qui en fait un moment fort du roman. Puis Golda traverse son chemin, laquelle ne pose les yeux sur Albert que parce que son visage et sa démarche lui rappellent un amour d'enfance… Mais la passion naît, en dépit des convenances et à l'insu du public, sans empêcher la rumeur…
Or Golda est d'abord mariée à sa cause, et ne supporte pas qu'Albert défende les siens, au point de s'en irriter telle une bête fauve… Suite au massacre des juifs d'Hébron en 1929, et devant son intransigeance, celui-ci explique : « tu ne connais pas la société palestinienne, murmure-t-il. Elle est pauvre, aux trois quarts analphabète. Elle ne comprend rien à ce qui lui arrive. Ses terres sont achetées et ses paysans transformés en fantômes hantent les rues de Haïfa et d'ailleurs. Elle ne sait même plus à qui se plaindre ni à qui s'en prendre. Pendant dix ans, les Palestiniens ont fait confiance à leurs dirigeants sans réaliser qu'ils étaient impuissants ou complices. Et quand ils l'ont compris, certains sont devenus fous et ont répondu sauvagement à cette violence insaisissable qui leur était faite. C'est horrible. Mais vous êtes sur cette terre, parmi ces gens. Vous n'avez pas le choix. Vous êtes obligés de vivre avec nous (pp.147-148) ».
Et même si le couple évite de trop parler de politique, l'engagement de Golda dans le projet de création d'un état juif a raison de leur relation, subrepticement, mais non moins sûrement : « Golda prend le bateau demain matin pour New York. Elle vient cette nuit à Haïfa pour assister à un concert, chez lui, au milieu de son monde, et elle lui a demandé de ne pas s'y montrer. Il a accepté. Il réalise à quel point c'est violent : elle l'a rendu complice de sa disparition (p.163) ».
Premières Echauffourées
La rupture consommée, le hasard voudra qu'il rencontre une autre juive, Ada, dont la passion, bien qu'éphémère, sera d'une grande intensité. Les années passant, Golda n'a pas oublié son ancien amant, mais elle ne le lui fait savoir que par une unique mise en garde contre les séides sionistes qui s'apprêtent à évacuer le tiers de la Palestine à leur seul bénéfice, dont Haïfa où habite Albert. Or les premières rixes ont déjà eu lieu, à Hébron justement en 1929, dont Albert fut témoin sans y prendre part, mais où il sentit « le moment du basculement, quand la foule a commencé à comprendre que tout ce qui est interdit, meurtres, viols, pillages, va devenir possible pour un instant (p.143) »… D'ailleurs, avec le partage de la Palestine annoncé en 1936, la ségrégation et les premières évacuations forcées commencent sous les tirs des milices sionistes. Dans l'une d'elles, même les soldats britanniques se prêtent au jeu :
« - De quel côté êtes-vous ? Un jeune militaire britannique lui pose agressivement la question. Albert ne comprend pas bien, il hésite. - Vous êtes juif ? - Non. - Alors de l'autre côté de la barrière ! Albert contemple la jeunesse de l'Anglais, son arrogance inutile, son ignorance (p.170) »,
même si, dans l'ensemble, ces jeunes soldats ne savent trop que faire : « certains gardent leur dignité mais la plupart des fuyards craquent, bousculent, frappent, piétinent leurs voisins pour essayer en vain de passer. Des soldats britanniques sont stationnés de part et d'autre de la rue. Ils ont l'air éprouvés. Personne ne leur a dit s'il fallait pousser les gens à partir ou a rester. En l'absence d'instructions, ils montrent simplement ce qu'est devenu l'Empire Britannique au terme de son mandat en Palestine : inutile et désemparé (p.213) »… Nicolas VAILLANT © 2004-2007 - Les Beaux Esprits Se Rencontrent (LBESR) : Archivé édition N°9 : 01.X.04 * * *
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