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 | SAND George | | Nouvelles Lettres d’un Voyageur | | | [8] Des Femmes
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249 pages - 18 € ISBN 10: 2-7210-0499-9
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| Texte | Iconographie | Pertinence | Objet | Informatif/Intéressant
Pagination > 450 p.
Historicisant
Universitaire
Appareil critique
| Cartes
Dessins / Croquis
Photos / Reproductions
Quadrichromie
Griffe originale
| Concision
Cohérence
Esprit / Génie
Pluridisciplinaire
Sujet original
| Cartonné / Relié
Grand format
Papier spécial
Maquette / Typographie
Autres / Cachet
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Recueil de lettres et articles de journaux révélant une autre facette de George Sand, outre l’écrivain et la féministe avant l’heure. Son plaidoyer pour la préservation et la défense de la nature sauvage avait déjà de clairs accents d’écologie moderne et responsable. Recueil divisé en deux parties. La première rassemble des lettres de Sand adressées à des amies et à son fils, avec des brèves semblant avoir été extraites d’un carnet de route. La seconde partie, Mélanges, mêle tour à tour des descriptions de lieux et des chroniques de livres scientifiques : la mode du journal de voyage était alors en vogue en cette époque si friande d’exotisme et de sciences en dilettante. La première édition de ce titre fut lui-même posthume, d’où sans doute le peu de cohérence dans le regroupement des textes qui, s’ils traitent de près ou loin de nature et botanique, n’en sont pas moins très différents dans leur facture. Le lecteur pourrait si perdre, tant le fil de la narration est ténu.
Scientifique en herbe
Le recueil a cependant le mérite de révéler une George Sand amatrice de sciences de l’observation, géologie et conchyliologie trouvant même grâce à ses yeux. Eprise de liberté et les plantes sauvages symbolisant la Nature libre, elle constitua des herbiers avec passion, en en faisant presque une profession de foi : « avant tout je dois vous dire que faire un herbier est une chose si grave, que j’ai écrit sur la première page du mien : Fagot. Je n’oserais donner un titre plus sérieux à une chose si capricieuse et si incomplète. Je parlerai donc de l’herbier au point de vue général, et je vous accorde que c’est un cimetière. Dès lors, ce n’est pas un coin aride pour la pensée. Le sentiment l’habite, car ce qui parle le plus éloquemment de la vie, c’est la mort (p.94) ».
De longues tirades sur les bienfaits de la science ponctuent ses divers conseils en botanique et anecdotes de promenades. La science, à l’instar de la vie de l’auteur, n’était pas encore séparée de métaphysique, des notions fort ésotériques croisant ainsi le strict empirisme. Elle développa ses propres croyances en la réincarnation, et dans les principes des trois âmes qui seraient le propre de l’Homme, l’ensemble soutenu par des références à des chercheurs nommés de l’époque. On voit là combien la deuxième moitié du XIXe siècle fut une période fertile en idées, toujours imprégné de romantisme et de grandes difficultés à se séparer du dogme chrétien, même chez un esprit farouche comme George Sand. Elle lutta néanmoins en dénonçant plus d’une fois et avec force les contradictions qu’elle voyait entre les textes sacrés et le prêche : « toute la doctrine du spiritualisme catholique repose ainsi sur une foule de notions et de symboles contradictoires que l’Eglise a fait entrer pêle-mêle et de force dans sa prétendue orthodoxie. Elle succombe à cette pléthore, recueillant aujourd’hui ceci, et rejetant demain cela, au hasard des circonstances et selon les besoins de la cause du moment. Elle a fait grand mal au spiritualisme, qu’elle n’a jamais compris, et qu’elle tue en irritant une réaction cruelle, mais légitime (p.138) ».
Bien sûr, ne se réclamant pas d’une érudition scientifique, elle répéta plusieurs fois combien elle manquait de connaissances, un grand regret que de n’avoir pu jeune verser davantage dans les sciences. Mais elle tenta d’y remédier partiellement, et prôna une stricte discipline à ses proches, l’occasion pour elle de rédiger un manifeste, avec ses objectifs : « j’ignore si, dans des régions plus élevées que celle où je promène cette vie un peu aventureuse et toujours sincère, les penseurs se croient forcés d’expliquer leur variations. Moi, j’ai la simplicité de regarder les miennes comme un progrès, et je n’attache pas assez d’importance à ma personnalité pour ne pas lui donner un démenti quand je pense qu’elle s’est trompée […] Mes défauts ont persisté, mon indépendance ne s’est point rangée au joug du convenu, je ne me suis pas réconcilié avec ce qui facilite la vie et allège le travail ; j’ai cherché un chemin, je l’ai trouvé, perdu, retrouvé, et je peux le perdre encore. Si cela m’arrive, je le dirai encore, rien ne m’empêchera de le dire. La contrée idéale que j’appelais autrefois la verte bohême des poètes s’est semée de plus de fleurs à mes yeux, mais les fleurs fantastiques y ont fait de moins fréquentes apparitions. J’ai essayé de trouver le vrai de ma fantaisie, le droit légitime de ma protestation (p.154) ».
Sand : une écologiste avant la lettre
Ses belles descriptions de voyages et visites invitent le lecteur à s’asseoir dans un lieu calme, de préférence en pleine nature, tant elles sont propices à la rêverie : « Nohant, 15 juillet 1868. Il fait sombre, l’orage s’amasse, et déjà vers l’horizon les hachures de la pluie se dessinent en gris de perle sur le gris ardoisé du ciel. La bourrasque va se déchaîner, les feuilles commencent à frissonner à la cime des tilleuls, et la flèche déliée des cèdres oscille, incertaine de la direction que le vent va prendre. C’est le moment de rentrer les enfants, les petites chaises et les jouets fragiles (p.157) ».
‘Ecologiste’ en son âme, son discours et ses valeurs gardent une étonnante modernité, montrant que déjà à l’époque nos ancêtres étaient conscients des excès de la modernité : « à l’homme sans doute est dévolue la mission d’explorer et d’exploiter ; mais l’intelligence lui a été départie pour épargner à propos, prévoir l’avenir, et chercher dans la nature même le préservatif de son existence. Les forêts lui avaient été données comme réservoirs inépuisables de la fécondité du sol et comme remparts contre les crises atmosphériques. Il a violé tous les sanctuaires […] En Amérique, il s’acharne avec fureur contre le monde primitif qui lui livre un sol admirablement nourri et préservé depuis les premiers âges de la végétation. L’œuvre de dévastation s’accomplit. Nous aurons du blé, du sucre et du coton jusqu’à ce que la terre fatiguée se révolte et jusqu’à ce que le climat nous refuse la vie (p.223) ».
Si la préface d’Ève Sourian est éclairante, cette réédition aurait gagné à comporter, par exemples, des facsimilés de la plume de George Sand, des extraits de son cher herbier, ou plus simplement d’anciennes photos pour illustrer cet ensemble de textes bien hétérogènes. Séverine MARECHAL © 2004-2007 - Les Beaux Esprits Se Rencontrent (LBESR) : Archivé édition N°11 : 01.XI.05 * * *
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