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[40] ARCHEOLOGIE > [2] Afrique
[25] ARCHITECTURE > [6] Cités antiques
SEPULVEDA Claudio - Grand Zimbabwe (Great Zimbabwe)
Grand Zimbabwe (Great Zimbabwe)
Capitale de pierre d'Afrique australe
par SEPULVEDA Claudio
 

Inscrit au patrimoine mondial de l'UNESCO Grand Zimbabwe le plus emblématique d'un vaste ensemble de plus de 200 sites fortifiés et apparentés. Histoire d'une découverte archéologique mouvementée.

 

Introduction
I . L'ENCEINTE DE GRANIT
II . L'ACROPOLE
III . ETHNOLOGIE
IV . Economie : l' OR
V . UNE ARCHEOLOGIE SACCAGEE
VI . ARCHITECTURE
VII . STATUAIRE


 


Grand Zimbabwe est au cœur de l'histoire et de la culture du Zimbabwe. Nul autre lieu ne peut donner au visiteur une compréhension plus profonde de l'histoire et du développement du pays.
- Peter Garlake, 1985.


Introduction

L'Empire du Zimbabwe constitue une des plus extraordinaires entités politiques d'Afrique australe avant la colonisation européenne. Il est aussi connu sous le nom de Royaume de Monomotapa, dû à une confusion entre le nom du site et celui de son puissant monarque, Mwene Mutapa, alias Motuta. A son apogée, Grand Zimbabwe abritait entre 15 000 et 20 000 habitants. Déclaré monument national et inscrit au patrimoine mondial de l'UNESCO, Grand Zimbabwe donna son nom à l'ancienne Rhodésie indépendante depuis le 18 avril 1980. C'est le site le plus emblématique d'un vaste ensemble de plus deux cent sites fortifiés apparentés, et le nom est la contraction de dzimba dza mabwe, qui signifie grandes demeures de pierre en langue Shona, ou tombeaux de chefs par extension.

C'est le complexe architectural le plus emblématique d'un très vaste ensemble de plus de deux cents sites fortifiés et apparentés, tels Danangombe, Zinjanja, Bila ou Naletale. Dans les monts Inyanga et ailleurs dans le pays, il y a littéralement des milliers de kilomètres de terrasses à parois de pierre et constructions annexes, certaines manifestement stratégiques, au Zimbabwe comme dans les pays limitrophes : Botswana, Mozambique et nord-est d'Afrique du Sud. Au XVIIIe siècle, les mambos ( rois ) Rozwi, au faîte de leur puissance, contrôlaient un territoire de plus de 60 000 km2, pour une population dépassant sans doute le million d'habitants.

L'apogée de la ville se situe vers les XIII-XIVe siècles alors au centre d'un réseau de localités s'étendant du sud du Mozambique au nord du Zimbabwe actuels. On a aussi déterminé que cette apogée coïncida avec le déclin d'un autre centre situé plus au sud, près de l'intersection des frontières des Zimbabwe, Botswana et Afrique du Sud actuel, déclin aux raisons encore indéterminées. Mais au XVe, siècle le même phénomène semblent avoir frappé Grand Zimbabwe au profit d'un site encore plus au nord, près du Zambèze qui remplaça le Save comme grande voie d'accès la mer. Divers éléments indiquèrent à l'archéologue Peter Garlake que le site ne jouait plus d'aucun rôle économique au XVIe siècle…


I . L'ENCEINTE DE GRANIT

De forme elliptique, c'est un mur de quelque 100 mètres de diamètre, haut de 10 mètres, épais de 6 mètres à la base et de 4 mètres au sommet, où le roi et sa cour habitaient probablement. Percé de trois entrées, un long couloir intérieur de 90 mètres débouche sur la célèbre tour conique qui domine le sanctuaire, et dont la fonction exacte n'est toujours pas déterminée ( silo ? tour de guet ? culte ? ).

L'architecture y est là la plus élaborée, et n'était le matériau de construction de la pierre, le plan général est celui du village de chef bâti en roseaux comme il en existait jusqu'au XIXe siècle. Comme sur d'autres sites archéologiques ( exemple de la cité Taïrona Ciudad Perdida au nord de la Colombie ), plusieurs enclos cernent des plates-formes qui servirent de socles aux demeures réservées sans doute à l'aristocratie. Le reste de la population vivait en deçà, dans des huttes circulaires en torchis ( daga ) et de chaume.

Grand Zimbabwe est situé sur un haut plateau granitique à environ 1000 mètres d'altitude, ce qui l'épargne des ravages des mouches tsé-tsé. Le site est encadré par l'Océan Indien à l'est et les deux grands fleuves qui s'y écoulent, le Limpopo au sud et le Zambèze au nord. La flore est celle de la savane arborée, plus riche et humide à l'est, plus aride à l'ouest vers le désert du Kalahari.

Le site est ceint de gisements aurifères sur un quart de cercle depuis l'ouest au nord, avec traces d'exploitations anciennes, mines du Matabeleland notamment. La géologie a montré que les veines aurifères, plutôt verticales, résultent de l'intrusion de solutions riches en métaux dans les veines de quartz et autres roches friables. L'érosion continuelle à surface contribua ainsi au fil du temps à l'enrichissement de la surface.


II . L'ACROPOLE

A proximité de l'enceinte, le sommet granitique porte des constructions, probablement rituelles, accessibles par un sentier. Les bâtisseurs ont ingénieusement tiré parti des formes rocheuses pour y aménager terrasses, salles et couloirs. Les murailles remplissent les grands interstices entre les énormes blocs de granit. Le plus frappant sont les hautes fortifications au sud, bâties sur des falaises inaccessibles, alors que les murs sont plus bas sur le flan nord dont la pente est plus douce.

La présence d'une tombe épargnée semblerait indiquer que le lieu fut à l'origine d'abord un sanctuaire destiné aux chefs. En effet, si MaDzimhahwe signifie aujourd'hui tombe des chefs, cela peut se traduire littéralement par maison de pierre, par car extension seuls les chefs disposaient de constructions lapidaires. Mais le sanctuaire aurait aussi pu être adressé à Mwari ( dieu ) pour lui implorer la pluie à la fin de la période sèche si caractéristique dans cette partie du continent. D'autant qu'une curiosité de la géologie, une longue anfractuosité rocheuse permet à un homme parlant à voix normale dans la caverne orientale d'être entendu sans être vu à l'intérieur du temple… Mais ce ne sont là que conjectures, et nul ne sait comment les souverains ou les sorciers ont pu en tirer parti.


III . ETHNOLOGIE

Grand Zimbabwe fut dès les X-XIe siècles le foyer de la civilisation Shona, ethnie qui constitue aujourd'hui encore près de 80% de la population actuelle. Les universitaires s'accordent à dire que les Shona migrèrent vers le IXe siècle probablement de la région du Shaba au Congo, comme le montre la présence d'objets comme les gongs congolais.

Il semble que les Shona aient étés très hiérarchisés. L'existence de l'enceinte réservée à l'élite tend à confirmer une forte dissociation entre la vie de palais et celle du menu peuple. On ne sait rien de sûr sur les coutumes de l'époque, sauf à extrapoler au passé les modes observées encore au XXe siècle. Mais à Khami on a trouvé plusieurs exemplaires de ces jeux sculptés sur dalles de pierre avec quatre rangées de trous ( tsoro ) et qu'on retrouve en bois en Afrique de l'Ouest.

En 1955, l'architecte Anthony Whitty termina la première étude exhaustive de Grand Zimbabwe et démontra toute une séquence de styles et de périodes distincts. La première époque, 100~300 de notre ère, est celle d'une occupation modérée de la colline par des peuples connaissant l'usage du fer. La deuxième, en gros de 350 à 1050, se caractérise par des figurines à longues cornes. Ce n'est donc qu'à la troisième période, 1050~1450, que débuta la construction des murs qui correspond à l'arrivée des Shona.

La dernière periode, ≈1400~1800, est la grande période d'architecture lapidaire, avec érection au XVe siècle de la majorité des murs du site, par un nouveau peuple, les Rozwi, également auteurs des oiseaux en stéatite, de carafes, de phallus et d'ornements en métal ( or, cuivre, fer ), et grands amateurs de soies de Chine et de perles de verre de l'Inde. La tradition accorde aux Rozwi d'excellents talents d'organisation, et il n'est pas exclu qu'ils aient été minoritaires dans la population, mais capables d'orienter le travail des centaines de femmes et d'hommes qui bâtirent ces grandes murailles.


IV . Economie : l' OR

Il est établi que c'est le commerce de l'or qui donna à Grand Zimbabwe les moyens de son développement et sa puissance, au point que les Portugais, supplantant les négociants arabes au XVIe siècle, firent le rapprochement entre ces ruines et les mentions bibliques des mines du Roi Salomon ou de l'antique royaume de la Reine de Sabah. D'autres y virent les mines d'Ophir dont les Phéniciens extrayaient or et argent. En fait, les biens importés ( perles de verre d'Europe et d'Inde, soies et porcelaines de Chine ) et les comptoirs arabes, puis portugais qui se raréfient à partir du XVIIe siècle, montrent que le pouvoir d'achat des africains était le résultat direct de l'avidité étrangère pour l'or, même si la prospérité fut antérieure grâce à la rencontre des négociants swahilis qui sillonnaient le littoral depuis des siècles.

Les veines étant souvent à pic, étroites, et s'enfonçant à une profondeur moyenne de 12 mètres, parfois jusqu'à 30 mètres, on s'est longtemps interrogé sur les modalités de leur exploitation, surtout chez un peuple ignorant la technique de l'étayage des galeries. Les découvertes de plusieurs squelettes broyés sous des chutes de pierres et des sépultures voisines ont montré que les accidents étaient non seulement fréquents, mais que les mineurs étaient essentiellement des fillettes et des femmes de faible taille… Le minerais était ensuite acheminé à travers la vallée de la rivière Sabi, affluent du fleuve Save, vers la région côtière autour du port Sofala. Masudi, écrivain arabe qui visita ces contrées au Xe siècle, témoigna de l'important trafic d'or autour de Sofala.

On sait aussi que l'ivoire jouait un rôle non négligeable, et que pour chaque éléphant abattu, une défense revenait au monarque. L'or et l'ivoire amassés par impôt sur les territoires soumis servaient aux notables pour acquérir les biens exotiques ( verroterie arabe et indonésienne, étoffes d'Inde, de Perse et même de Chine, sans en oublier la porcelaine et les céladons dont on a retrouvé des traces sur plusieurs sites. Les tessons retrouvés datent de l'époque Song ( fin en 1280 ) ou du début de l'ère Ming ( 1368 - 1644 ), acheminés par mer de Nanjing ( Nankin ). Il semble d'ailleurs qu'une des jonques géantes utilisées dans les sept expéditions du grand amiral chinois Zheng He au début des Ming parvint aux côtes d'Afrique de l'Est, et peut-être même jusqu'aux comptoirs de Grand zimbabwe. Certains objets en cuivre et en or proviennent de l'intérieur du continent, indiquant que Grand Zimbabwe se comportait comme une plaque tournante et d'échange de produits. On y trouve aussi des pièces de monnaies frappées dans les ports maritimes d'Afrique orientale.


V . UNE ARCHEOLOGIE SACCAGEE

Entre septembre 1871 et mai 1872, Carl Mauch visita et étudia les ruines, dont il publia trois descriptions, un plan, un croquis et le seul rapport sérieux (3) des cérémonies célébrées alors sur l'acropole. Mais il propagea l'équation empruntée semble-t-il aux sources arabes à la Reine de Saba. On ignore s'il y trouva de l'or comme d'autres peu après lui, car telle la ruée vers l'or dans l'ouest américain, ces années sont aussi celles des grands explorateurs avides de découvertes antiques ou d'argent facile. Ainsi, comme Schliemann à Troyes, grand découvreur certes, ses fouilles sauvages détruisirent de précieux vestiges riches en informations archéologiques.

En 1891, l'amateur d'antiquités Theodore Bent, nommé par Cecil Rhodes, fouilla les ruines et s'en fut déçu de n'y trouver que des artéfacts indigènes. Sous couvert d'officielles recherches archéologiques, la Rhodesia Ancient Ruins Ltd créée en 1894/96 ne cherchait en fait que de l'or, après avoir acquis les droits pour le Matabeland, mais pas au Grand Zimbabwe. Il fut relayé en 1892 par Sir John Wolloughby dont la fièvre aurifère mutila ou détruisit de nombreux monuments, et ce pour un maigre profit. Cette folie destructrice fut dénoncée par l'allemand Heinrich Schlichter qui visita le site en 1899, ce qui conduisit à la dissolution de la compagnie et à l'interdiction officielle des chasses au trésor, après le vote de la première Loi sur les Antiquités.

Richard Hall, journaliste de Boulawayo, après co-signer le livre Ancient Ruins of Rhodesia avec W.G. Neal, l'ancien directeur de la Rhodesia Ancient Ruins Ltd, passa vite pour un expert de Grand Zimbabwe et en fut nommé conservateur général. Or il mena des fouilles désordonnées, enlevant « une telle quantités de sédiments et creusant des tranchées si profondes que les archéologues modernes s'estiment heureux lorsqu'ils découvrent la trace d'un dépôt inexploré (3) ».

Le premier archéologue professionnel fut l'anglais David Randall-McIver, qui publia ses conclusions en 1906 dans son ouvrage Mediaeval Rhodesia, tout en dénonçant l'incurie de Hall, partiellement réhabilité depuis, mais qui avait alors froissé certaines sensibilités locales. Qui plus est, l'orthodoxie coloniale, persuadée que les nègres étaient incapables de construite un tel site, refusa obstinément les résultats de Randall, leur préférant encore une explication biblique ou la thèse répandue de peuplades du nord ( Egypte, Soudan, Ethiopie ) alors fort répandue encore.

Hall, de son côté, répondit dans Prehistoric Rhodesia, et à eux deux par la virulence de leur querelle, ils bloquèrent tout compromis sur la question pendant plus de vingt ans ! Il fallu attendre les travaux de Gertrude Caton-Thompson pour que le monde acceptât les conclusions de Randall-McIver, bien que contrée par la thèse opposée de l'ethnologue allemand Leo Frobenius. La datation au 14C régla le problème une fois pour toute.


VI . ARCHITECTURE

Le matériau de construction de base est la pierre taillée, agencée les unes sur les autres sans emploi de mortier, d'où une grande habilité à les découper selon la forme nécessaire. Mais il y une claire discontinuité entre les XIVe et XVe siècles. Dans la première période les pierres sont taillées assez grossièrement, et sans fondation. En revanche, le XVe siècle se caractérise non seulement par l'existence de fondations, mais aussi et surtout par des pierres soigneusement équarries, de même épaisseur de rangée, sans interstices.

On note aussi que les murailles adoptent une légère inclination de 13,5° en moyenne, grâce à la disposition en légers retraits successifs d'une rangée à l'autre. On retrouve parfois des recherches de disposition, en chevrons par exemple ; les plus belles sont visibles à Naletale et à Khami ( motifs en chevrons, en dentelle, en damier, en épis ). Ainsi, et bien qu'il n'y ait aucun rapport, certains murs ressemblent de loin aux murailles maya. Khami était une des résidences des rois Roswi, et donc de construction postérieure à leur capitale de Grand Zimbabwe.


VII . STATUAIRE

Le Zimbabwe est aujourd'hui réputé pour sa statuaire aux formes élégantes autant qu'appuyées, dont on put en voir à Londres ou au Pavillon Africain à l'Exposition Universelle de Séville de 1992. Cet art qu'on dit moderne a ses racines au Zimbabwe même, où l'on a retrouvé des centaines de figurines anthropomorphes ou phalliques : les plus spectaculaires sont les huit oiseaux en stéatite gris vert de 40 cm de haut, jadis juchés sur les piliers au sommet des temples. Leur fonction comme leur origine demeurent très débattues.

A la fin du XIXe siècle, le marchant sud-africain Willi Posselt repéra une statue d'oiseau en pierre friable qu'il échangea contre des couvertures, d'un mètre et demi de long et de quelques centimètres d'épaisseur, travaillé sur les 50/60 centimètres supérieurs. La colonne pesant près de 50 kilos, Posselt scia et emporta la partie sculptée, que Cecil Rhodes racheta ensuite pour sa propre collection. C'est la Groote Schuur House à Cape Town, aujourd'hui résidence officielle du premier ministre d'Afrique du Sud…


Bibliographie :

. BOYER Alain Michel, Architecture et statuaire du Zimbabwe, Arts & Culture 2:93-103, 2001.
. SCARRE Chris (2000), Monuments du Monde Ancien, Hazan, pp.190-193.
. SUMMERS Roger (1974), L'Enigme de Zimbabwe, in Civilisations Disparues, Imprimerie des Arts et Manufactures, pp.39-64.
. Grand Zimbabwe, in Archéologie ( ouvr. coll.), Nathan, 1986, pp. 98-101.
. Encyplopaedia Britannica

http://www.scholars.nus.edu.sg/landow/post/zimbab we/art/greatzim/gz1.html
http://www.usd.edu/anth/zimb.html
http://www.metmuseum.org/toah/hd/zimb/hd_zimb.htm
http://www.bbc.co.uk/worldservice/africa/features/storyofafrica/10chapter1.shtml



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