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 | DUBOIS Claude | | Gisements de Rêves | | A la découverte de notre inconscient | | [5] Dervy
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265 pages - 18,50 € ISBN 13: 2-84454-243-3
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| Texte | Iconographie | Pertinence | Objet | Informatif/Intéressant
Pagination > 450 p.
Historicisant
Universitaire
Appareil critique
| Cartes
Dessins / Croquis
Photos / Reproductions
Quadrichromie
Griffe originale
| Concision
Cohérence
Esprit / Génie
Pluridisciplinaire
Sujet original
| Cartonné / Relié
Grand format
Papier spécial
Maquette / Typographie
Autres / Cachet
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Archéologue et historien des mines, Claude Dubois est aussi analyste de rêves, ici basés sur les symboliques de la terre, des mines et des sources. Ses intéressantes explications archétypiques, mythologiques et historiques sont émaillées de confidences sur son propre parcours. Originalité de l’ouvrage :
Il est signifiant que l’auteur ait tenu à détailler d’entrée combien ce livre est un commandement de son inconscient, dans une longue introduction consacrée à l’histoire de sa genèse. Comparé à d’autres ouvrages de référence sur l’analyse des rêves, l’optique retenue d’interpréter des légendes de découvertes de mines ( et ses mythes associés ) ne résulte pas seulement d’une ‘déformation intellectuelle’, mais aussi de son adéquation avec le langage symbolique : « j’ai très vite pris conscience que l’exploration des profondeurs souterraines creusées par les hommes est la projection dans la matière de la démarche d’extraction des contenus inconscients et que la métallurgie illustre les transformations psychiques (p.22) », comme cela est désormais notoire de l’engouement des alchimistes pour les métaux. Dans la même veine, si on peut dire, « l’orfèvrerie participe d’un édifice conscient, tandis que le minerai est enfoui dans l’inconscient (p.39) »… Vu la richesse qui y est puisée, l’appel aux images et à l’expérience sont nécessaires pour rendre compte analytiquement d’une description chargée en symboles : « une énergie archétypique [est] irréductible au langage intellectuel (p.203) ».
Une autre originalité est l’honnêteté avec laquelle l’auteur parsème ses explications et expérience personnelle, de praticien autant que d’archéologue et d’analyste à Toulouse. Il raconte ainsi combien son propre parcours vers « l’autorité suprême » fut ardue et semée d’embûches, dont témoignent même ses échanges de lettres avec Etienne Perrot ( un traducteur de Jung et auteur d’une dizaine d’ouvrages aux éditions de La Fontaine de Pierre dont il fut le co-fondateur ), tel cet extrait : « cher monsieur, le tête-à-tête avec ses propres rêves et les livres traitant du monde intérieur est, à la longue, stérile et non dépourvu de danger. On finit par y trouver le reflet de sa propre image, au sens qui a été fatal à Narcisse. Le souhait que je forme pour vous de tout cœur est que vous ayez l’humilité de donner véritablement votre confiance à quelqu’un et de placer votre âme dans ses mains (p.85) ». Mais le style de Claude Dubois s’en détache volontairement : « le style d’Etienne Perrot ne m’enthousiasme guère en raison de l’omniprésence des références aux Ecritures chrétiennes (p.28) », lui préférant des références aux mythes d’occident plus anciens, grecs et romains en tête, mais aussi celtes, scytes et orientaux.
L’auteur explique aussi à plusieurs endroits combien cette quête a un prix fort, au bas mot : « la mort symbolique est la condition sine qua non de la transformation, il n’y a pas de compromis possible avec l’inconscient et il faut payer le prix fixé par l’intérieur, qu’il soit de larmes ou de sang parfois (p.32) ». Pire, rappelant l’épisode où Jung refusa de répondre à la requête d’un médecin qui désirait devenir analyste sur la base d’un rêve qui montrait une psychose latente menaçant de se déclarer s’il allait de l’avant, Claude Dubois explique combien « la peur devant l’inconscient est légitime et saine. Elle a pour fonction d’inciter à la prudence, c'est-à-dire à la préparation […] en réalité, il faut bien souvent être acculé pour accepter de franchir le pas fatidique (pp.71-72) ». En effet, rejoignant Jung ici aussi, si « la confrontation de la conscience avec l’inconscient signifie d’une part une dissolution de la personnalité, mais en même temps une synthèse de la totalité […], le simple fait de vouloir se tourner vers son monde intérieur, condition incontournable du cursus envisagé, lui était interdit sous peine de folie. C’est ce conduire en Loki criminel que d’inciter inconsidérément quiconque à se tourner vers le centre de son être psychique ( pp. 89, 229 ) ». C’est pourquoi « il serait mal venu de juger, car il est humain de vouloir préserver l’intégrité du moi, d’avoir peur de l’inconnu et nul ne peut savoir ce qu’il perdrait ou gagnerait en adoptant une autre attitude (p.120) ». Le tout est de ne pas abuser de l’argument, par confort, car l’individuation est pour ceux qui le peuvent un but central : « une personne centrée, en bonne relation avec l’inconscient, nourrit l’âme de ceux qui l’approchent, sans même le vouloir. Il est une source d’eau de vie qui coule en eux et que les personnes assoiffées d’individuation savent reconnaître instinctivement, comme s’il en émanait un rayonnement diffus (p.77) ».
Quelques thèmes :
Il serait cependant réducteur de limiter l’originalité de ce livre aux seuls images et thèmes miniers, et du mineur à l’orfèvre. Entres autres chapitres, ceux sur le feu, le puits et le sel en étendent considérablement la thématique, à grands renforts de rappels mythologiques : « avec Eschyle, au Ve siècle avant notre ère, débute la personnification solaire du dieu Phoibos – Apollon, Astéria, l’île aride et flottante de l’Arctique, se couvre d’or et devient l’île fixe de Délos en mer Egée au moment où elle accueille la naissance d’Apollon (p.41) ». De même pour l’arbre, qui plonge ses racines dans les entrailles profondes de la Terre pour y puiser l’énergie de s’épancher en surface, tel Yggdrasill l’arbre scandinave, ou tout autre : « être vivant, vertical, plongeant ses racines dans la terre et lançant ses branches dans le ciel où il réalise la photosynthèse, parcouru par la sève, l’Arbre constitue une projection de l’Homme et de ses processus intérieurs, dans le monde extérieur. Image de l’individuation, il incarne une réalisation qui transcende les limites du cycle vivant. C’est pourquoi il est souvent figuré sous forme d’une espèce à feuillage persistant, dont notre sapin de Noël est un lointain reflet (p.75) ». De même, comme Jung et von Franz l’ont noté à plusieurs reprises, les petits êtres que sont les lutins, kobolds, knockers britanniques et autres nains « sont le fruit des projections des peurs et espoirs des mineurs de tous pays (p.124) ».
Chose inhabituelle chez Marie-Louise von Franz ( dont les conclusions sur ses divers travaux sur les contes de fée sont abondamment citées au cours des chapitres : « les fourmis volantes, guêpes, mouches, etc. annoncent souvent dans les rêves une dissociation, psychique qui peut parfois se révéler très dangereuse (p.45) » ), l’auteur mêle allégrement références mythologiques et faits historiques intéressants, depuis la préhistoire à l’Antiquité. Sa référence au « Ve siècle décadent » ne manque pas de sel symbolique : « la chute de l’Empire romain d’Occident, c’est-à-dire, symboliquement, la mort d’un état de conscience, certes éclairé et civilisateur un temps, mais devenu stérile. La décadence est la manifestation d’un système bloqué, parvenu à ses limites et incapable d’évoluer. La décadence précède la mort et la transformation, thème décidément récurrent. La chute fut provoquée par l’invasion des Germains, eux-mêmes poussés par les Huns et les Slaves. Le renouvellement vint donc du nord-est, du côté du soleil levant, autrement dit d’une conscience renouvelée (p.33) »… De fait, les conflits armés sont aussi une projection d’ombre collective : « sur le plan collectif, les guerres et leurs atrocités sont le fruit horrible d’une possession de masse qui annihile les consciences […] Celles-ci sont d’autant plus nombreuses, profondes et puissantes que le degré d’inconscience est grand ( pp. 121, 222 ) ».
Il y a aussi de nombreux développements sur les thèmes mythiques du Gardien ( chapitre I ), du cheval ( chap. IV ) et des chiens ( chap. V ) domestiqués par l’homme aux loups sauvages, de Cerbère à toutes les formes de Griffons conçus par différentes civilisations au cours des siècles. Or tout symbole n’étant jamais figé, on peut aussi avoir, plus prosaïquement le caniche, « le compagnon typique de la femme moralement seule, qu’elle soit bourgeoise ou prostituée. Il est par conséquent le support de projections affectives et il représente à ce titre un besoin naturel d’épancher des pulsions aimantes (p.147) ». Sur ce thème des pulsions aimantes, l’auteur s’est personnellement épanché avec des mots justes : « les prostituées jouent, depuis la nuit des temps, un rôle important dans la paix sociale, nonobstant ce que cela signifie quant à leur féminité ainsi asservie. Mais un palliatif, quel qu’il soit, n’est une solution qu’à très court terme. Car il ne résoud pas le fond de la demande, il n’apporte aucune satisfaction émotive et sentimentale. Pour garder l’exemple des prostituées, je puis confier ici en avoir fréquentées au début de ma vie d’adulte. Certes mon corps se libérait temporairement, mais quelle déprime à ne trouver que froideur, sourire glacé et indifférence minutée, lorsque j’avais soif de tendresse, de caresses complices, de chaleur humaine, en un mot d’amour. Ce comportement réduit en fait à se masturber dans un corps dont toute participation affective s’est retirée, et non à rencontrer une personne dans un acte de partage et d’échange. Le mot ‘putain’ est une insulte, pourtant ce n’est pas tant la femme réduite à cette extrémité qui est vile, que l’homme qui en profite lâchement, mutilant ainsi sa propre féminité, se méprisant lui-même ( pp.144-145 ) »…
Pour terminer, une idée à considérer et à garder présente, qui rejoint celle de Jung sur le programme de vie de l’inconscient, formé pendant l’enfance au plus tard et proche de l’idée asiatique du karma : « sans doute est-il osé de spéculer plus avant, mais cela pourrait suggérer que notre structure psychologique, notre potentiel intérieur est constitué définitivement dès la naissance, voire un peu plus tôt. Les aléas de la vie, les apports de l’éducation et de la culture ne seraient alors pas réellement des apports au sens d’ajouts, mais des stimuli qui feraient réagir notre être inconscient dans tel ou tel sens (p.208) »…
Claudio SEPULVEDA SCHULZ © 2004-2007 - Les Beaux Esprits Se Rencontrent (LBESR) : Archivé édition N°49 : 01.III.13 * * *
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