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 | GIDDENS Anthony | | La Transformation de l'Intimité | | Sexualité, amour et érotisme dans les sociétés modernes | Titre original : The Transformation of Intimacy | [2] Rouergue (Le)
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271 pages - 25 € ISBN 10: 2-84156-565-3
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| Texte | Iconographie | Pertinence | Objet | Informatif/Intéressant
Pagination > 450 p.
Historicisant
Universitaire
Appareil critique
| Cartes
Dessins / Croquis
Photos / Reproductions
Quadrichromie
Griffe originale
| Concision
Cohérence
Esprit / Génie
Pluridisciplinaire
Sujet original
| Cartonné / Relié
Grand format
Papier spécial
Maquette / Typographie
Autres / Cachet
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En Occident, les rapports à la sexualité et au commerce intime ont bien changé en un siècle. Vue d'ensemble et essai d'explication sur les bases de l'œuvre de Foucault, de Freud, de la psychanalyse, et de nombreuses études aux USA. Une référence en sociologie occidentale. Propos et Limites de l'Ouvrage
Il ne s'agit pas que d'une simple évolution des comportements de cour ou de l'acceptation de la sexualité d'autrui, femmes notamment : « les femmes comme les hommes attendent à présent bien plus du mariage sur le plan sexuel que les générations antérieures n'avaient coutume de le faire. Les femmes, en particulier, comptent bien recevoir aussi bien que donner du plaisir sexuel, et nombre d'entre elles voient en une vie sexuelle épanouie une condition absolument essentiellement d'un mariage réussi (p.23) ». D'ailleurs, « le sexe n'a strictement rien de clandestin au sein de la civilisation moderne. Tout au contraire, c'est un sujet dont on discute en permanence et qu'on ne cesse de scruter (p.31) ».
En effet, cela s'accompagne d'une transformation profonde de l'intimité, comme le résume bien le titre : elle est désormais réclamée et défendue par hommes et femmes, alors qu'elle avait peu de place voici quelque temps encore. Et les conséquences en sont profondes : « l'intimité entraîne une démocratisation massive du domaine interpersonnel, pleinement compatible avec la démocratie qui prévaut dans la sphère publique […] il n'est pas exclu que la transformation de l'intimité ait une influence subversive sur les institutions modernes dans leur ensemble. Car un monde social dans lequel l'épanouissement émotionnel viendrait se substituer à la maximalisation de la croissance économique serait infiniment différent de celui que nous connaissons aujourd'hui (p.11) »
Le livre d'Anthony Giddens, sociologue et ancien directeur de la LSE ( London School of Economics, équivalent de Sciences-Po ), expose ainsi ces changements en en rappelant l'historique et les nombreuses études effectuées en ce sens. Comme ouvrage de sociologie, il semble assez complet et constitue une référence comme en témoignent les nombreuses citations plus bas. En revanche, comme nous le verrons, le texte est exclusivement centré sur l'Occident et ignore presque tout des développements et réponses apportés par l'éthologie et la sociobiologie, plus à même d'expliquer et relativiser ces idées et observations largement répandues. Enfin, l'auteur semble conférer une importance démesurée au phallus dans l'explication du phénomène amoureux, sans doute un signe de la compartimentation étanche entre sciences et 'sciences' sociales…
Comparaisons à l'Histoire
L'auteur reprend le cliché judéo-chrétien d'une sexualité normative vouée à la procréation, ce qui certes est toujours l'objet visé par l'évolution. Il insiste même que « la plupart des civilisations semblent avoir forgé des histoires et des mythes ayant pour but premier de faire savoir à ceux qui se hasarderaient à nouer des liens permanents à travers l'amour passionné que leur tentative était d'emblée vouée à l'échec (p.54) », en raison des ravages et troubles que cause la passion, notamment chez les jeunes. C'est vrai, le réveil hormonal a un effet comparable à l'adrénaline « aux yeux de l'amoureux passionné, le monde dans son entier apparaît soudain comme neuf [et] l'amour passion provoque des bouleversements considérables (p.53) »…
Simplement, en Occident, les cultures grecque et latines accordaient déjà plus de licence aux transports sexuels et amoureux, comme en témoignent leurs arts et littérature, même si on restait plus sourcilleux sur les libertés féminines, constante que Giddens n'explique pas alors que la science a d'excellents éléments de réponse. Mais les femmes ont toujours d'autres armes, comme jadis : « l'homme a la haute main sur la personnalité et la conduite de son épouse, tandis qu'elle a la haute main sur ses inclinations à lui : lui gouverne par la loi, elle par la persuasion (…) L'empire exercé par la femme est un empire de douceur (…) ce sont les caresses, ses menaces des larmes (p.59) ».
C'est aussi oublier la légèreté de mœurs relevée par les premiers voyageurs en Polynésie, l'impact du Kama Sutra et apparentés, sans parler des exquises miniatures érotiques d'Inde ou de Perse… Même au Japon et en Chine, où l'amour s'exprime encore derrière les rideaux, l'abondante littérature érotique et la diversité ancienne des accessoires suffisent à revoir la généralisation à laquelle prétend le titre. Mieux, et concernant l'intimité et le pouvoir des femmes, l'omniprésence des sociétés matriarcales au Néolithique invite à elle seule à beaucoup de prudence…
La Transformation de l'Occident
Quoi qu'il en soit, des changements sont notables en Occident. Avec la limitation drastique du nombre d'enfants, « l'immense majorité des femmes eut en effet la possibilité de dissocier [la sexualité] de l'enchaînement fatal et monotone des grossesses et des accouchements (p.40) ». A ce phénomène majeur, il faut adjoindre « la conquête, par les femmes, de leur autonomie sexuelle (p.42) », au point que « pour nombre d'entre elles, la première expérience sexuelle fait ainsi figure de véritable test quant à leur capacité de connaître ou non par la suite une relation romantique (p.68) […] à la fin de leur adolescence, la majorité des jeunes filles ont connu des histoires d'amour malheureuses et savent parfaitement que les romances ne sauraient désormais plus avoir la moindre importance (p.69) »…
Mais il y a aussi « l'extraordinaire épanouissement de l'homosexualité, masculine comme féminine (p.42) […] les lesbiennes font bel et bien voler en éclats le stéréotype voulant que les femmes sont naturellement monogames (p.174) […] alors que la majorité des femmes hétérosexuelles prennent bien soin de dissimuler leurs aventures extra-conjugales, parmi les lesbiennes, en revanche, les activités sexuelles non monogames auxquelles se livre l'une des deux partenaires sont en général parfaitement connues de l'autre et reçoivent sa pleine approbation (p.175) ». Le phénomène est d'ailleurs général : « un très grand nombre d'hommes, ainsi qu'un pourcentage non négligeable de femmes, ont eu des expériences homosexuelles à un moment donné de leur vie (p.24) »
De la Virginité
« Pratiquement, aucune adolescente ne parle de 'se préserver' en prévision de fiançailles ou d'un futur mariage (p.20) », alors que « depuis des temps immémoriaux, et aujourd'hui encore, 'la perte de virginité' constitue une expression quasi-contradictoire lorsqu'on l'applique à un garçon. Pour ce dernier, la première expérience sexuelle représente un effet un gain, une victoire, une conquête […] les filles, au contraire, continuent à voir dans leur virginité quelque chose qu'elles sont vouées à abandonner un jour ou l'autre (p.67) ».
Cela tient beaucoup de la pression religieuse des trois religions monothéistes ( mais pas seulement ), que la psychanalyse a repris avec l'attention du manque de phallus chez la femme. Or celle-ci n'est en rien inférieure à l'homme sur le plan anatomique et biologique, elle a tout pour pérenniser l'espèce, finalement le seul enjeu valable au regard de l'évolution, pour peu qu'elle s'arrange d'être honorée l'espace de quelques instants. L'homme de son côté est même une femme spécialisée, génétiquement parlant en ce sens que la testostérone inhibe l'expression par défaut des gènes ( dits féminins, mais en fait humains tout simplement ), comme entre les fourmis ouvrières et fourmis guerrières, et comme chez presque toutes les espèces animales ! Dans la recherche sur nous-mêmes, sans nier des apports notables de la psychanalyse, celle-ci accuse clairement des retards sur la science, avec des arguments tournant à vide dans un cadre conceptuel totalement étranger à la génétique évolutive.
Certes, les appréciations sur les comportements des hommes et des femmes, inter ou intra- genres, diffèrent selon le sexe, sans doute en raison du double souci inconscient du mâle de s'assurer la paternité du futur enfant et de prendre femme aussi jeune que possible pour maximiser le nombre de ses descendants ; l'hymen non perforé en est un excellent indice, quoique pas infaillible.
Différences Garçons - Filles
Il reste que ces différences comportementales se traduisent aussi dans les perceptions et sentiments différents entre filles et garçons. « A la fin des années 1980, Sharon Thompson mena une enquête sur les attitudes, les valeurs et les comportements sexuels de cent cinquante adolescents sexuels américains provenant des origines sociales et ethniques les plus variées. A cette occasion, elle constata des différences fondamentales entre les réponses des filles et la manière dont les garçons parlèrent du sexe ( puisqu'ils n'évoquaient que très rarement l'amour ) tout au long des interminables entretiens qu'elle eut pour eux. Ils se révélèrent en effet systématiquement incapables de parler du sexe sous une forme narrative, dans la perspective d'un amour envisagé comme possible […] en revanche, presque toutes les filles […] furent en mesure d'élaborer, sans avoir guère besoin d'y être encouragées, de très longs récits 'tous imprégnés des découvertes, des angoisses et des joies accompagnant les relations intimes (p.65) ».
Les raisons sont elles aussi connues : pour les filles, « elles étaient le résultat des multiples heures que les adolescentes passent à discuter entre elles, au cours desquelles elles parlent ouvertement de leurs sentiments ainsi que de leurs attentes, et tentent de leur donner forme (p.65) », et malgré les griffes que les femmes se font souvent entre elles, ce sont elles qui renforcent les liens sociaux et abaissent le degré d'agressivité des hommes. Car les hommes, fidèles à une image de macho et sans doute plus pour des raisons éthologiques que le livre n'aborde pas, « tendent à nouer des relations de fixation avec des personnes auxquelles ils se sentent profondément attachés, mais ou bien ils se montrent incapables de déchiffrer cet attachement, ou bien ils le dénient activement (p.114) ».
Et pour ce faire, les femmes parlent beaucoup entre elles, mais moins que les hommes n'aiment à le penser… Or ils taisent souvent leurs questionnements relationnels au point que « la quasi-totalité des femmes hétérosexuelles interrogées par Hite déclarèrent désirer ardemment 'plus de proximité verbale' avec leurs maris, la plupart d'entre elles témoignèrent rencontrer des résistances les plus acharnées ou se voir confrontées à un éloignement émotionnel de la part de leurs conjoints dès l'instant où elles tentaient d'instaurer une communication plus intime avec ces derniers. Les femmes sont au plus haut point désespérées par les infidélités répétées de leurs partenaires, même si un pourcentage non moins important d'entre elles entretiennent également des liaisons extraconjugales (p.183) ». Normal, le sex-ratio des adultes nubiles étant ce qu'il est, 1:1, et qu'il faut être deux au moins pour convoler jusqu'à nouvel ordre, il vient que les femmes 'trompent' autant que les hommes. Et le fait qu'elles s'en plaignent davantage, montre qu'elles pensent à ça plus que les hommes…
Et « il n'est pas rare qu'une aversion pour tout engagement chez un homme ait pour effet d'accroître considérablement à la fois son charme et le défi qu'il représente aux yeux des femmes (p.191) », ce qui tient sans doute du défi lancé par un comportement dominant… Or le fait est qu'on ne cesse de parler des hommes désemparés devant l'égalité désormais accordée à (presque) l'ensemble de ce qui fut leurs prérogatives, au point qu'une « grande part de la violence masculine provient à présent de sentiments d'insécurité et d'échec plutôt que d'une perpétuation sans encombre de la domination patriarcale. Dans ces conditions, la violence constitue une réaction destructrice à la disparition progressive de la complicité féminine (p.153) »…
Bref, voilà un livre riche en informations et possibles commentaires. Malgré les réserves scientifiques adressées ici et là, et qui prouvent une fois encore la logique en circuit fermé qu'ont magistralement dénoncée Alan Sokal et Jean Bricmont dans leur livre Impostures Intellectuelles, l'ouvrage de Giddens est dans les normes de qualité de la sociologie. Mais celle-ci ne peut elle seule expliquer toutes les variantes et évolutions du comportement humain mû, c'est prouvé, bien plus par la génétique, l'inconscient (le soi), le système limbique et le cerveau reptilien (le ça), tous phénomènes et circuits inconscients, que notre pauvre conscience (le surmoi) ne veut bien l'admettre… Clarisse YOUNG © 2004-2007 - Les Beaux Esprits Se Rencontrent (LBESR) : Archivé édition N°9 : 01.X.04 * * *
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