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Quand l’amour d’un poète pour la Mer et la Femme s’unissent en un même récit : la pensée vogue sur l’horizon entre les effluves maritimes, tandis que la passion amoureuse sourd, puis afflue et reflue dans une double communion sentimentale et littéraire… La bibliographie de l’écrivain et poète François Solesmes ( lire notre entretien ) témoigne de sa passion pour la Mer : ce récit forme le troisième volet d’une tétralogie dévouée au domaine de Poséidon : Ode à l’Océan (1999), Océaniques (2001), Marées (2002) et l’Ile Même (2005), tous chez le même éditeur.
On connaissait aussi sa passion toute naturelle et toute masculine pour la femme ( cf. Les Murmures de l’Amour ), qui parsème son œuvre publiée jadis chez d’autres éditeurs. Or la mer comme la Femme ont souvent été, non sans raison, deux thèmes ou deux symboles dont mythologie et littérature ont abondamment dressé les parallèles quand ce n’est pas l’identité. Marées en est un bon exemple, une première semble-t-il chez François Solesmes qui ne les avait pas encore réunis : « - ‘As-tu remarqué que nue est l’anagramme de une ? Je suis tout cela à la fois. - Comme la mer…’ Et il ajoute, à part soi : ‘comme une parole juste’ (p.134) ».
La Mer
Le récit commence par d’amples descriptions et métaphores de la mer, dans le riche style de l’auteur : « mêlée aux frais embruns, une touffeur s’exhale de chaque vague qui s’abat, et l’oreille en suit la dissipation, cependant que se résout le piétinement de l’eau écumeuse. Et peut-être la bouffée de la chaleur est-elle illusoire, mais comment ne serait-elle pas une modalité de l’effervescence des flots ? L’être est désormais soumis à une alternance de temps forts où quelque chose débouche, se précipite, s’engorge ; où profusion et confusion assombrissent le jour – puis de temps amoindris où la situation se dénoue, se défait ; où l’abondance se résorbe. Pour un instant, alors, la brume, le brouillard turbulents s’ouvrent, s’écartent : sable et mer se départagent, l’eau redevient elle-même et parle à votre peau d’une caresse sans suture (p.25) ».
De longs développements, à l’image du précédent et du suivant, témoignent de la séduction, quand ce n’est pas la subjugation, que montre le poète face à l’étendue maritime : « la mer monte, s’échauffe comme on se prend au jeu, comme on prend conscience de l’enjeu. Son ampleur se mesure au déploiement de la rumeur latérale ; sa résolution paraît dans ces vagues jetées en avant sur un rythme si pressé que l’éraflement de la basse paroi de l’espace en devient constant et que les silences ne peuvent plus prendre leur essor, tels des oiseaux aux ailes rognées (p.32) ».
La Femme
C’est là que l’univers du narrateur, un homme tout abandonné à l’emprise de la mer qu’on sent au travers des quelque cent premières pages, est troublé par la venue inopinée, on l’aura deviné, d’une femme… Celle-ci n’y est pour rien, elle, qui était librement venue sur la plage pour se délasser dans la tranquillité et la solitude, sérénité que l’irruption taquine de l’homme va immédiatement perturber :
« Elle se revoit, par un jour gris et froid d’automne, dévalant une dune littorale dans le volettement des pans de sa gabardine, s’asseyant sur la pente inférieure d’un rivage semblable à celui-ci, puis s’étendant sur le dos, bras écartés, visage à fleur de mer. Et il y avait eu, soudain, debout auprès d’elle, un homme qu’elle n’avait pas remarqué, abrité qu’il était, comme aujourd’hui, par un amas de bois d’épave. Un homme qui lui adressait la parole, au mépris des convenances, et qui se voulait désagréable : ‘J’espérais être seul, par un temps pareil : mais bien sûr, vous aimez les lieux où tout peut arriver, comme dans les contes… Méfiez-vous : l’espace, ici, ne fait qu’une bouchée des filles’. L’indignation l’avait remise debout. Aussi furieuse que si on l’eût surprise dans son intimité, elle l’avait considéré, sans trouver les paroles cinglantes qu’elle eût souhaitées – paroles qu’il lui souffla, par jeu, comme s’il lisait une réplique, avec l’intonation de circonstance : ‘J’en ai assez, dit-elle, de ces malotrus qui vous importunent où que l’on soit ; de ces hommes ridicules qui ne peuvent voir une femme gracieuse, bien faite, sans l’aborder…’ Et elle avait souri, désarmée, à demi conquise par son humour, par ce qu’elle devinait de ses goûts, eu égard à sa présence en un tel lieu, par un jour hostile. - ‘Je peux savoir en quoi je vous dérange ? - Vous vous interposez entre la mer et moi… - En somme, je vous trouble ! Eh bien, si votre passion pour elle était véritable, je serais à vos yeux à peine un contour, comme vous l’êtes aux miens.’ Et sur ces mots, elle s’était éloignée avec une vivacité d’épaules en partie enjouée (pp.113-115) ».
Progressivement. La défiance se mue en observation, qui assure la transition de la mer à la femme, avec parfois des considérations ayant valeur d’aphorisme : « qu’il a fallu de caresses, depuis la création, pour obtenir le poli d’un flanc de femme… Qu’il n’y ait pas de plage de sable sans une patience infinie, je ne l’oublierai pas […] La femme est vraiment la chance pour tout homme de s’éprouver créateur – par la caresse (pp.138-139) »…
Et comme dans tant d’histoires d’amour débutées sur quelque antagonisme, celui-ci cède bientôt sa place aux amours ; et sous la plume d’un homme naturellement, plutôt sous le volet érotique : « Elle a ouvert un peu plus les jambes pour dégager l’aine. ‘Que j’aime ce supplice !... Comme il fait bien semblant de ce pas voir ce qui bâille… bâille et bat, et brûle !... Ah, c’est trop différer… Désigne mon sang… désigne-moi !’ Et elle voudrait se soulever jusqu’à lui tendre son bassin à hauteur de la bouche, pour qu’il s’y abreuve à longs traits […]« Il pose le talon de sa main sur le pubis, fermeté pour fermeté, et enveloppe, de la paume et des doigts joints, l’écusson d’ombre (pp.154-155) »… Claudio SEPULVEDA SCHULZ © 2004-2007 - Les Beaux Esprits Se Rencontrent (LBESR) : Archivé édition N°5 : 21.VI.05 * * *
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