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 | DALAÏ Lama | | Leçons d'Amour | | Comment élargir le cercle de nos relations affectives | Titre original : How to expand Love | [8] Plon
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190 pages - 17 € ISBN 10: 2-259-20341-8
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| Texte | Iconographie | Pertinence | Objet | Informatif/Intéressant
Pagination > 450 p.
Historicisant
Universitaire
Appareil critique
| Cartes
Dessins / Croquis
Photos / Reproductions
Quadrichromie
Griffe originale
| Concision
Cohérence
Esprit / Génie
Pluridisciplinaire
Sujet original
| Cartonné / Relié
Grand format
Papier spécial
Maquette / Typographie
Autres / Cachet
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Les ouvrages sur ou par le Dalaï Lama sont si nombreux en librairie que le lecteur peut s’y perdre et passer à côté de son enseignement, pourtant capital et si simple. Voici une tentative d’exposer la pensée lamaïste par un recoupement de ses citations et quelques explications… Cet ouvrage est semblable à Esprit d’Amour, Esprit de Paix de Thich Nhat Hanh. Rappelons aussi que contrairement au réflexe cartésien d’identifier le Bouddhisme à une religion, le Bouddhisme n’est est pas une : il n’y a pas de théogonie pour commencer, pas d’Eglise obligatoire comme en Islam ou comme dans diverses obédiences chrétiennes, et pour finir il n’y a pas de Paradis dans le sens chrétien ou païen viking. En dépit d’un clergé et d’un patriarche mondialement connu, et le fait que le Dalaï Lama reconnaisse aux religions une téléologie similaire ( « les religions enseignent un message d’amour, de compassion, de sincérité et d’honnêteté (p.15) » ), le bouddhisme n’est pas une religion !
C’est une éthique comme le définit parfois l’enseignement occidental, et plus que cela, une connaissance de l’âme humaine, car « nous abritons à l’intérieur de nous-même tous les moyens d’agir (p.15) ». C’est cette connaissance qui seule permet le bonheur et de vivre sereinement : le Dalaï Lama lui-même précise dans le présent livre que « le but ultime du bouddhisme est d’aider les autres (p.108) ».
L’ouvrage est assez court, avec de nombreuses redondances, dont on connaît cependant les vertus pédagogiques d’assimilations. Elles sont d’ailleurs nécessaires à tous les exemples de méditation : on ne médite pas en vain, du moins au début ; on médite d’abord sur des aspects concrets, quitte à faire le vide ultérieurement lorsqu’on a quelque expérience. L’ouvrage est de plus parsemé de citations de maîtres bouddhistes des siècles précédents, et témoins de l’ancienneté de la sagesse humaine à laquelle l’Asie était parvenue…
Société Contemporaine : un état des lieux
La préface de Jeffrey Hopkins précise en quoi l’enseignement bouddhiste est important pour notre modernité qui court après le temps et la chimère du confort matériel, tout en négligeant l’essentiel, c’est-à-dire l’être humain. Ce passage est éloquent : « le monde s’est apparemment tourné vers le développement économique, avec son pendant d’exploitation, d’avidité et de convoitise : consumérisme galopant, manipulation de l’opinion qui renforce des envies vulgaires, proposition de loisirs insatisfaisants, aggravation de la fracture sociale entre riches et pauvres, problèmes humains complexes traités avec un simplisme déconcertant, suralimentation et obésité jusqu’à en souffrir, remise en cause des droits des travailleurs, laissant planer un retour aux normes du travail en vigueur au XIXe siècle, glorification du profit financier comme but ultime de la vie (p.9) ».
Et le Dalaï Lama d’expliquer à son tour que « dans la prime enfance, nous avons le sens de l’égalité entre les hommes. Plus nous grandissons, plus nous créons des distinctions et quantités de critères artificiels accessoires qui recouvrent peu à peu l’essentiel. Notre intérêt fondamental pour l’homme diminue. Voilà le problème […] A partir du moment où vous avez admis que nous sommes tous semblables, l’amour a une telle stabilité qu’il ne vacille plus, à la merci du moindre événement (p.102) ». Mais ce n’est pas tout : le piège est qu’il est aussi très facile d’imiter la multitude, toujours si occupée de nos jours et se laissant peu de temps pour elle-même : « les hommes s’agitent dans tous les sens […] Il faut être conscient que s’investir dans les aspects superficiels de la vie ne peut résoudre cette insatisfaction au fond de nous-même (p.14) », car « il ne sert à rien d’accumuler encore et encore plus d’objets matériels : vous resterez insatisfait (p.35) ».
Or le problème est que la conscience personnelle, si forte en Occident et qui le plus souvent s’identifie à l’ensemble de la personnalité, réfute tout argument qu’elle ne comprend pas. Pire, elle transige avec l’être, ratiocine et s’impose sans écouter la voix intérieure : « tant que votre conscience conceptualise, il est difficile pour la pensée d’observer la pensée (p.34) ». Il y a là un abus de langage ou de traduction : le reste du livre le montre, dans la pensée le Dalaï Lama distingue clairement entre conscience et esprit, et c’est celui-ci qui importe comme on le verra plus bas. En d’autres termes, « il est nécessaire dans la pratique quotidienne d’identifier et de se concentrer sur la nature de l’esprit. Néanmoins, contrôler son esprit est délicat. Il est enfoui sous la multitude de nos pensées […] L’esprit doit flotter indépendamment de toute pensée. Il retrouve alors son état naturel (p.29) »… C’est cet aspect du Soi, si évanescent quand la conscience s’interpose, que le Tao a décrit ou que la psychologie analytique appelle inconscient personnel. L’adéquation entre ce dernier et le Moi-sujet ( la conscience ) est le difficile processus et le résultat de l’individuation ( sagesse, supra-conscience, boddhisattva, etc. ), nous y reviendrons.
Affects, Attachement et Colère
L’ouvrage insiste aussi beaucoup sur les raisons et l’inanité des émotions perturbatrices, que la psychologie analytique désigne sous les termes d’affects ou de complexes. Ceux-ci, comme la colère ou la médisance, sont indépendants de la pensée bien qu’ils s’emparent trop souvent de la conscience. Il importe donc de comprendre que « les émotions perturbatrices n’appartiennent pas à la nature de l’esprit (p.148) », et qu’il est « possible d’isoler dans notre esprit les émotions aussi puissantes que la haine et les observer. Cela montre que la haine et l’esprit ne sont pas unis (p.71) ». D’ailleurs, intimement, chacun le sent bien à défaut de le comprendre : « face à votre colère, votre épouse, vos enfants et vos amis sont irrités, ils changent d’attitude. Vous devez faire face et maîtriser avec plus d’efficacité chaque contrariété, sans vous mettre en colère. Elle est vaine (p.140) ».
De plus, la colère libérée est un danger grave en société, car de même que le sang appelle le sang, la colère suscite celle des autres s’ils ne savent pas se maîtriser : « la colère ne peut éteindre la colère. Si une personne est irritée contre vous et que vous lui répondez avec colère, vous allez à la catastrophe (p.14) », car « tant qu’elles jugent leur colère justifiée, elles ne font aucun effort pour la réduire (p.139) ». Naturellement, pour cela, il faut pouvoir s’entraîner et sans cesse : c’est pourquoi « les ennemis sont donc les principaux inspirateurs de notre développement spirituel (p.69) », tout en essayant de les comprendre et d’apaiser leur souffrance. De fait, seule la compassion apporte du baume au cœur, au point que le Dalaï Lama considère que « l’altruisme est la seule arme capable d’arrêter le terrorisme (p.57) ». Sans doute, mais pour cela, il faut aussi du temps, et beaucoup d’altruistes dédiés et tenaces…
Mais il ne s’agit pas d’être naïf pour autant : si « la compassion supérieure est la prise de conscience que tous les êtres sensibles peuvent être libérés de la souffrance », il est néanmoins « difficile de rester compatissant devant la méchanceté. La colère ne doit pas être contenue mais contrôlée. Acceptez vos réactions. Ne les niez pas. Sinon, votre compassion est superficielle (p.138) ». Se connaître, reconnaître ses propres affects, et maîtriser leur expression, quitte parfois à enfreindre la réserve si cela est pour le meilleur : « des paroles dures sont parfois nécessaires pour interdire à quelqu’un de commettre un acte stupide (p.140) »…
Mais la colère n’est pas la seule source de contrariété, la seule émotion perturbatrice. Comme on l’a vu plus haut, « la futilité et l’argent vous attirent au détriment du développement spirituel. Les émotions perturbatrices se multiplient. Vous allez au-devant des ennuis. L’inquiétude vous ronge et perturbe votre entourage. Vous soucis s’aggravent alors que vous pensez avoir des solutions pour répondre aux émotions perturbatrices. Vous n’obtiendrez aucun bien-être tant que vous vous trouverez sous la pulsion de l’attachement (pp.96-97) », car elle ne sont qu’illusions malfaisantes : « ces comportements découlent de la vision erronée que les objets existent comme des entités indépendantes, alors qu’en réalité il n’en est rien (p.31) ». Comme la colère donc, « l’attachement est déraisonnable. Pendant un laps de temps très court, il vous recentre strictement sur vous-même. Plus puissant est l’attachement, plus vous êtes partial et obnubilé par vous. La moindre chose vous dérange […] L’attachement représente un obstacle et emprisonne l’esprit. Un élève qui se consacre à un seul sujet est vulnérable. De nombreux thèmes doivent être étudiés (pp.100-101) ».
Dernier exemple ici d’affect perturbateur, ne pas respecter ce qu’on sent qu’on doit faire, ou à l’inverse, s’inquiéter quand on ne le peut pas : « si vous pouvez résoudre un problème, faites-le. Si vous n’y arrivez pas, s’inquiéter est inutile (p.143) »…
Esprit d’Ecoute et de Compassion
Tout ce qui précède, le Dalaï Lama ne cesse de le répéter, peut se résumer à ceci, et à ceci seulement : « il faut comprendre que les êtres vivants recherchent le bonheur, et qu’ils rencontrent tous des épreuves douloureuses (p.88) », sachant que « le meilleur moyen de rendre la bonté aux autres est de les aider à se libérer de toutes les formes de souffrance (p.74) »… En effet, « la haine n’appartient pas au fondement de l’esprit. En revanche l’amour est enraciné dans la vérité (p.28) », et « le rayonnement sans entrave de l’esprit est appelé la compassion (p.36) ». C’est donc dans ce sens qu’il faut comprendre l’amour de son prochain que préconisent les Bouddhistes lamaïstes : empathie profonde pour tous les êtres, pour leur apprendre à se connaître et soulager leur souffrance. Et ce quels qu’ils soient : « dans la pratique de l’altruisme, il est strictement impossible de traiter une personne mieux qu’une autre (p.110) ».
Le Dalaï Lama, cohérent avec son discours, martèle que la compassion est la panacée absolue, que chacun y gagne, et qu’à l’inverse, « la mort d’un être humain est une vie perdue pour l’humanité (p.79) ». Entre maintes citations, il rappelle notamment celle-ci de Nâgârjuna : « avec la compassion, tous les buts peuvent être atteints (p.127) ». Pour cela, il faut un minimum de discipline personnelle, une méditation matinale : « cette méditation s’effectue très tôt le matin. Votre esprit est éveillé et lucide, alors que tous vos sens ne sont pas encore sollicités. Il faut avoir dîné légèrement la veille sans avoir trop dormi […] Si vous méditez sur l’essence de l’esprit tôt dans la matinée, votre esprit est plus alerte toute la journée. Vos pensées sont apaisées. Votre mémoire s’améliore si vous renoncez à l’agitation psychique pour pratiquer une courte méditation chaque jour (p.30) ». Et c’est un travail de longue haleine, duquel il ne faut pas se décourager, car « il faudra des mois et des années pour les cultiver (p.125) »… Philippe CESSE © 2004-2007 - Les Beaux Esprits Se Rencontrent (LBESR) : Archivé édition N°27 : 27.VII.06 * * *
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