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Pagination > 450 p.
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Roman désopilant sur la vie des ados au lycée, qui découvrent la vie, ses règles et ses codes de clan. Avec humour et tendresse, l'auteur brosse dans leurs ton et langage, leurs quêtes, hantises, inimitiés, amours, hobbies, rêves, blagues faciles, pensées plus profondes… Ban, j'ai beau être en première année de fac, ce bouquin, c'est comme replonger au lycée. Carrément : y sont tous à se houspiller là-dedans, à se chercher des embrouilles ou à se faire des crasses. Les dialogues sont on peut plus jeunss, à croire que l'auteur et les deux traductrices ( Lena Grumbach + Catherine Marcus ) les ont enregistrés sur place. Ou qu'ils ont excellente mémoire et sont restés éternellement jeunes… Ados à Dos
C'est qu'y a pas à dire, les ados en Suède, c'est comme les ados en France ( cf. Speedy Mata de Franca Maï ). P'têt juste qu'ils picolent et fument un peu plus ; chais pas, mais à en croire l'auteur, on dirait bien. En tous cas, clair, les vieux sont pareils dans les deux pays, complètement à côté de leurs pompes : « les parents de Juha lui donnent vingt-cinq couronnes par mois s'il ne fume pas. Ça suffit pour acheter quatre paquets de cigarettes. Puis ils lui donnent encore vingt-cinq couronnes s'il ne boit pas. Ça suffit pour en acheter quatre autres (p.112) ». Et idem lorsque le pater, croyant bien faire, commence à expliquer en public ( et en gloussant d'un air faussement cool ) comment on met un présa : trop la honte…
Juha, c'est le personnage principal, un peu filou : il a une conception très particulière de la vérité, genre 'la vérité, c'est le mensonge que tout le monde croit'. Et il s'en est écrit dix de règles comme ça : la « Loi de Juha ». Alors il ment comme il respire, avec le chic pour donner le change, ou se taire pour faire comme s'il était dans le secret des dieux, ou pour ne pas se trahir. Parmi les autres garçons, ya son pote Roy, un vrai gamin: « le message sous-entendu à l'intention de Roy est clair et net : Mais au moins, j'ai baisé, ce qui fait de moi un vrai adulte et de toi un vermisseau arriéré et sous-développé et tu peux tout aussi bien retourner sous le caillou d'où il est sorti (p.179) ». Sauf que Juha, comme d'hab', il se la joue pas mal : il sait s'en tirer sans tirer…
Et puis ya Jenny, la voisine de Juha, « Jenny la gerbe » comme ils disent, car elle est pas gâtée physiquement ( enfin, c'est plutôt le contraire ) : elle a de la pellicule, elle sue vite et fort, et elle est tellement coincée la pauvre qu'elle est pas cap' d'aligner deux phrases à la suite… Pas de chance. N'empêche, elle m'émeut Jenny, ouais, un peu quand même : « moyennant quoi Jenny attend Juha. Ça fait toute une enfance qu'elle l'attend. Le matin dans l'entrée chez les Lindström, elle attend pour qu'ils aillent à l'école ensemble […] Dans la salle de classe après les cours, elle traîne pour voir s'ils rentrent ensemble aussi ou si Juha a décidé d'accompagner quelqu'un d'autre. Le cœur de Jenny semble être de cire. Il fond dans sa poitrine. Des week-ends longs comme l'éternité dans sa maison silencieuse, elle attend un appel hypothétique de Juha. Elle reste près du téléphone sans oser elle-même soulever le combiné […] Dans l'attente de Juha, son enfance s'est écoulée, telle de l'eau d'un seau qui fuit. Elle attend, parce qu'elle est obligée, parce qu'elle n'a personne d'autre. Il est sa seule issue. Et s'il la bloque… (p.103-104) »…
Comme quoi le père Gardell, il aime bien les paragraphes à une phrase, et les mini-chapitres ( parfois d'un paragraphe ) : il y en a presque cent ! Mais il décrit bien son monde : son book, il est bon ! Des Souris et des Hommes
Et puis, ya aussi les filles qu'on peut mettre sur le dos. Ou à dos, car il y a les chieuses, avec le lot de thons habituel : « Eva-Lena a le cul le plus large du monde et le plus laid au monde, et son jean Marilyn ne lui va pas du tout (p.54) ». Un peu comme l'infirmière scolaire, à qui Juha fait péter les plombs : « il fixe sa poitrine et se surprend à se demander comment on peut avoir des seins aussi gros. Sans soutien-gorge. Ils doivent s'étaler comme de gigantesques corps de poulpe (p.286) ». Pas très ragoûtant tout ça : est-ce pour ça que Juha est un peu à voile et à vap' et qu'il décide de faire son coming-out ? L'ovni qui entre en scène ?
N'empêche que derrière ses grands airs, Juha, il assure pas avec les filles, contrairement à Stefan qui les emballe et roule à la pelle… Juha, il est plutôt du genre loser, celui qui « préfère la laisser croire qu'il ne veut pas d'elle, plutôt que la voir comprendre qu'il est mort de trouille. Ce qu'il souhaite par-dessus tout, c'est faire l'amour avec une fille. Mais s'il fait l'amour avec une fille, cette fille va piger qu'il est puceau. Donc, il ne peut pas faire l'amour avec une fille. Donc, il doit continuer à être puceau (pp.171-172) » C'est clair. Limpide même : « suis mytho, donc je pense » ! Pas comme ça qu'il va apprendre : Juha, ou l'art de s'en taper des filles… Le gros gag. Le gros naze.
Quant aux jeunes et jolies, « Charlotte et Cilla font tout ensemble. Elles partagent des bouteilles de vin dans les soirées-picole, elles partagent des clopes, elles sont amoureuses du même mec […] et elles ont leurs règles en même temps, ce qui est vachement pratique parce que comme ça elles sautent les mêmes heures de gym (p.139) ». Ah, les garces : à mon lycée, elles les sautaient chaque semaine, trois fois sur quatre, tout sourires et ogives dehors. Alors au début, j'ai cru que le prof de bio avait tout faux et qu'il s'emmêlait les chiffres. Puis ensuite, j'ai compris que le prof de gym il pouvait pas aller vérifier quand même, hein… Ouais, l'excuse pratique ; depuis, les vérités et les nanas ça fait facilement deux, alors faut pas mélanger les torchons et les serviettes…
D'ailleurs, Gardell, y va pas de main morte non plus ; non mais, comment qu'il nous sort ça l'autre, mortel : « qu'est-ce qu'ils cherchent, les garçons ? Ils essaient d'introduire leurs mains. Dans le jean, dans la culotte. Leurs doigts sont à la recherche du Trou. Le Trou. La Fente. La Chatte. Il existe une expression codée. Titiller l'abricot. Les filles ne sont pas supposées vouloir. Les garçons si. Pouvoir enfoncer son doigt dans le Trou est une victoire (p.168) »… Wouaaah… trop fort ! Même moi j'aurais pas osé… Le dire, je veux dire. Me demande si les traductrices ont pas rougi sur le coup. Ce qui est sûr en tous cas, c'est qu'avec le temps, la victoire, c'est plutôt quand elles gémissent. Et le pied, quand elles crient ; et surtout sur tout, quand elles demandent à te revoir et qu'elles sont aux petits soins… Là, c'est carrément le paradis terrestre. La Pantalonnade Là où les ados se ressemblent aussi en Europe, c'est dans leurs recherches de codes, ceux de la tribu, ceux du clan in : « il aurait vendu son âme au diable pour un jean BISES & BISOUS noir et moulant avec surpiqûres jaunes si on l'avait laissé faire […] Les magasins de jeans grouillaient d'adolescents qui venaient de toucher leurs allocations. Il n'y avait même pas de cabines d'essayage individuelles, tout le monde se bousculait dans de grands box communs […] Allongées par terre, des gamines s'efforçaient de devenir plus plates pour pouvoir entrer dans les pantalons. Les vendeurs penchés sur elles leurs criaient de rentrer le ventre. Elles n'arrivaient pas à se mettre debout toutes seules, il fallait les aider à se relever. Ensuite le derrière et les cuisses étaient inspectés dans le miroir. Il ne devait pas y avoir le moindre pli (pp.42,45) ».
'Tain ! Sympa le système suédois : t'as même des allocs' pour t'acheter des fringues ! Mais faudrait le leur dire aux petites Suédoises, ya d'autres soluces à part le chausse-pied : rentrer les fesses, ou la vaseline : ça peut servir à ça aussi hein… Pfff, y connaissent rien en Scandinavie, c'est has been leurs marques, rien ne vaut les valeurs sûres comme un bon Levi's 501 : vingt-cinq ans que ça dure…
N'empêche que l'égalité des sexes, ça marche mieux là-haut dans le Nord, mais pas de quoi jaser quand les mecs se prennent pour des filles : « le pantalon était tellement moulant que Juha ne pourrait pas marcher normalement dans les escaliers. Il serait obligé de faire de tout petits pas en sautillant à pieds joints pour se déplacer sur les marches. Le vendeur expliqua qu'il faudrait de préférence le laver tous les jours pour le faire rétrécir, car il s'élargissait de deux pour cent quand on le portait, et si on voulait vraiment bien faire, il faudrait enfiler le pantalon encore mouillé et le faire sécher directement sur le corps (p.46) »… Ou comment marcher façon kimono… Et pourquoi pas l'enfiler et passer ensemble à la machine à laver tant qu'on y est, hein ? Romain SALGARI © 2004-2007 - Les Beaux Esprits Se Rencontrent (LBESR) : Archivé édition N°23 : 01.XI.05 * * *
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