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 | FROMKIN David | | Le Dernier Eté de l'Europe | | Qui a provoqué la première guerre mondiale ? | Titre original : Europe's Last Summer : who started the great war in 1914 ? | [27] Grasset
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392 pages - 22 € ISBN 10: 2-246-62071-6
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| Texte | Iconographie | Pertinence | Objet | Informatif/Intéressant
Pagination > 450 p.
Historicisant
Universitaire
Appareil critique
| Cartes
Dessins / Croquis
Photos / Reproductions
Quadrichromie
Griffe originale
| Concision
Cohérence
Esprit / Génie
Pluridisciplinaire
Sujet original
| Cartonné / Relié
Grand format
Papier spécial
Maquette / Typographie
Autres / Cachet
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La Grande Guerre, appelée à tort en son temps « la der des der », est vue par nombre d'historiens comme le véritable début du XXe siècle, et elle est de loin la plus meurtrière de l'humanité. Voici une relecture qui prouverait qu'elle fut bien plus préméditée qu'on ne pense. Le premier conflit mondial est à la source des principaux enjeux depuis 1914, et revêt dans l'Histoire, européenne en particulier, une importance capitale que l'historien américain David Fromkin prend soin de détailler « analyser sa genèse est devenu non seulement la question la plus redoutable mais aussi la plus importante de l'histoire contemporaine (p.18) ».
Une nouvelle perspective
L'auteur ne se satisfait pas du scénario standard, qu'il juge pour le moins insuffisant, voire naïf, mais sans l'exclure. Il ne croit pas à la thèse de l'étincelle entre Serbie et Autriche-Hongrie qui aurait dégénéré en conflit mondial selon l'engrenage du jeu des alliances politiques. En effet, il rappelle que les historiens considèrent depuis longtemps le célèbre assassinat par Prinzip de l'archiduc François-Ferdinand, héritier du trône des Hasbourg, comme un simple prétexte. Il démontre que sa mort laissa la plupart des nations européennes indifférentes, accueillie avec soulagement même dans sa propre patrie, l'Autriche ! Ainsi lorsque, un mois après le meurtre, l'Autriche-Hongrie se décida sous l'influence allemande à lancer un ultimatum inacceptable aux autorités serbes, « il ne s'agissait pas de venger la victime d'un assassinat ; mais, sous le manteau de la recherche de la justice, de faire reculer la Russie dans les Balkans (p.196) ».
L'ouvrage propose donc un nouvel éclairage sur ces événements : par exemple, la grande majorité des peuples et gouvernants était animée d'un profond pacifisme et redoutait véritablement le spectre d'une guerre. Paradoxalement, Fromkin occulte toute responsabilité française et accorde très peu de développements au gouvernement Poincaré, qu'il présente comme pris en otage lors de son retour de Saint-Pétersbourg où il s'était rendu pour raisons diplomatiques. D'ailleurs « de toutes les grandes puissances qui se sont liguées contre l'Allemagne et l'Autriche-Hongrie en 1914, seule la Grande-Bretagne a été libre de décider si elle participerait ou non au conflit (p.338) ». Richement documentées, les démonstrations sont faites à la lumière de nouvelles sources, essentiellement russes, autrichiennes et serbes. Dans la septième partie, la dramaturgie du compte à rebours bat son plein et confronte, au quotidien, les intentions et ambitions à Berlin, Vienne, Budapest, Moscou, Londres et Paris, depuis le 27 juillet 1914 ( veille de la déclaration de guerre de l'Autriche à la Serbie ) au 5 août ( lendemain de l'entrée en guerre de la Grande-Bretagne ).
Le dernier chapitre donne une analogie inattendue avec le roman policier : « toute enquête sur les circonstances qui ont entouré le déclenchement des hostilités en 1914 finit par se lire comme un roman policier (p.311) ». L'originalité de cette approche ne dessert en rien l'excellente synthèse qu'il présente à la suite. Ainsi, la guerre fut plus préméditée qu'on ne l'enseigne généralement, et non pas le fruit d'un malheureux hasard de circonstance. D'où l'importance qu'il souligne de distinguer deux conflits : « la guerre entre l'Autriche-Hongrie et la Serbie était en rapport avec le double assassinat de Sarajevo ; pas la guerre mondiale. Celle-ci était le fruit d'une lutte pour la suprématie en Europe […] L'Allemagne a délibérément déclenché une guerre européenne pour ne pas être dépassée par la Russie (p.331) ». Plus précisément, « je pense qu'une ou plusieurs personnes sont à l'origine du déclenchement de la seconde guerre mondiale (p.346) » : « seules les petites cliques gouvernementales de l'Allemagne et de l'Autriche-Hongrie sont à tenir pour responsables (p.325) »…
La fibre du romancier
La restitution des atmosphères a des relents romanciers : « la pluie avait cessé pour laisser la place à une nuit d'été agréable ; on avait ouvert les portes-fenêtres de la salle à manger et, sur la pelouse en contrebas, l'orchestre de la garnison donnait un programme de musique légère (p.144) ». L'auteur ne déroge jamais au sérieux du sujet et à la rigueur de l'historien ; il livre de précises descriptions physiques et psychologiques des principaux protagonistes. C'est dans la personnalité et l'attitude des différents protagonistes que le lecteur dégage les responsabilités des uns et des autres ; et l'auteur sait le rattraper quand il s'égare dans la fourmilière des identités grâce aux habiles conclusions en fin de chaque chapitre.
Certes, ceux-ci auraient parfois mérité être plus dynamiques, mais Fromkin a su trouver le difficile équilibre de formuler des développements substantiels et rigoureux avec une conclusion vulgarisée, voire simplificatrice. On regrettera aussi quelques parallélismes établis entre la guerre préventive menée par les Américains en Irak, et celles préventives aussi de l'Allemagne contre la Russie, et de l'Autriche contre la Serbie, qui ne peuvent que dévaluer la singularité de la Grande Guerre et dater l'ouvrage à terme. L'historien n'avait pas besoin d'établir ces comparaisons avec l'Histoire récente pour justifier de l'intérêt de son étude. Xavier CHARRETON © 2004-2007 - Les Beaux Esprits Se Rencontrent (LBESR) : Archivé édition N°14 : 01.I.05 * * *
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