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Un beau recueil bilingue des œuvres complètes de Catulle, contemporain de César, poète amoureux, déçu, désabusé même, qui ne perdit jamais ni sa verve ni son vocabulaire des plus verts. On conçoit que tant de successeurs s'en soient inspirés, avec plus ou moins de bonheur… Actes Sud enrichit sa collection Thésaurus d'un beau recueil bilingue des œuvres complètes du légendaire Catulle ( ?88 - ?54 av.JC), poète délicat mais à ses heures volontiers lapidaire, voire gaulois. Sa notoriété, déjà grande à son époque, traversa les siècles et inspira quantité de poètes, dont la délicieuse Louise Labé à en juger par le poème 5 de Catulle, dont le livre est un ensemble de 117 poèmes rescapés, la plupart courts, avec quelques textes longs en nombre des pieds comme en nombre de vers. Poèmes grivois à part, les poèmes tendres alternent avec des textes allusifs aux rites et mythes de l'Antiquité.
CATULLE : poète de l'amour, poète écorché vif Catulle est connu pour sa délicatesse, qu'on enseignait volontiers dans les siècles précédents. En témoigne le poème 109 :
Tu me promets, ma vie, que notre amour sera délectable Et qu'il durera toujours entre nous. Grands dieux, faites que ce soit une vraie promesse Et qu'elle parle sincèrement, du fond du cœur, Afin que nous puissions faire durer toute une vie, Pour l'éternité, ce pacte d'amour inviolable. ou encore ce très joli passage du poème 62 :
Lorsqu'une fleur naît en secret dans l'enclos d'un jardin, Ignorée des moutons, à l'abri des dents de la charrue, La brise la caresse, le soleil l'affermit, la pluie la fait croître ; La tradition, se basant sur textes, veut qu'il ait été très épris d'une femme du nom récurrent de de Lesbie, comme dans le poème 87 qui lui est entièrement consacré :
Nulle femme ne peut se dire aimée aussi sincèrement Que tu as été aimée de moi, ma Lesbie. Personne n'a jamais respecté ses engagements aussi fidèlement Que je l'ai fait de mon côté, par amour pour toi.
Assurément, la dénommée Lesbie ne fut son seul amour, car s'adressant à Aufilena, il lance : « Toi, parce que tu m'as menti après m'avoir promis, tu es une ennemie / Parce que tu obtiens souvent sans rien donner, tu agis mal. (poème 110) ». En effet, amitié et amour doivent être entretenus et nourris… Mais Lesbie laissa une trace indélébile et amère qui imprègne son œuvre : « Or j'ai appris à te connaître ; aussi, tout brûlant que je sois / Je t'accorde beaucoup moins d'estime et d'importance (poème 72). Il rejoint aussi ses successeurs qui n'auront de cesse de dénoncer la légèreté des femmes, de certaines tout au moins : « […] mais ce qu'affirme une femme à un amant passionné / Est à écrire sur du vent et sur de l'eau courante ( poème 70 ) »…
C'est ainsi que le poète dresse ce constat, lucide peut-être, désabusé sans doute, sur la rançon de la générosité : « Tout n'est qu'ingratitude, agir avec générosité ne sert à rien / Et même, cela te porte tort et finit par te dégoûter (cf. poème 73) ». Et si ce n'était pas suffisant, il enfonce le clou au poème 76 :
Car tout le bien qu'un être peut dire ou faire A autrui, tu l'as dit et tu l'as fait, Et tu as tout perdu pour avoir fait confiance à un être déçu. CATULLE : homme de recul
Il a aussi des poèmes violents, sortes de règlements de compte ( poèmes 39, 69 ou 78a, entre autres ) ou de cris du cœur, avec quelques aphorismes et de l'humour. Mais les béni-oui-oui l'exacerbent : « Il sourit. Quoi qu'il arrive, où qu'il se trouve / Quoi qu'il fasse, il sourit ; c'est une maladie ( poème 39 ). »
C'est aussi un personnage qui ne pardonne les exactions et commérages de ses contemporains : « Et parce que vous avez lu dans mes livres des milliers / De baisers, vous vous imaginez que je suis un faux mâle ? (poème 16) », et n'hésitent par à remettre les pendules à l'heure. Il n'est d'ailleurs pas sans rappeler Zhuangzi : en effet, Catulle suit sa propre voie, et n'a cure des modes et de la facilité avec laquelle tant s'abaissent à côtoyer les hommes de pouvoir : « Je n'ai pas un désir fou, César, de chercher à te plaire / Ni de saisir si tu es blanc ou noir ( poème 93 ) ».
Enfin, déplorant la médiocrité littéraire, il n'hésite pas à fustiger écrivassiers et rimailleurs : « En attendant, adieu, et vous, retournez / D'où vous venez et ne remettez pas ici vos sales pieds / Poètes nullards, catastrophe du siècle ! ( poème 14a ), verdict qu'on retrouve au cours de l'histoire chez d'excellents écrivains comme Oscar Wilde ou Victor Bernard… Une Nouvelle Traduction
Le présent recueil est le résultat de longues recherches, et pour plus de sûreté, colligé d'après les meilleures traductions anglaises et allemandes actuellement disponibles. En effet, outre les doubles sens et autres allusions aujourd'hui perdues, les comparaisons avec les autres traductions confortent le parti pris de la fidélité au texte, jadis abondamment corrompu par des traducteurs bien-pensants pensant au bien de préserver l'innocence des jeunes lecteurs. Les notes de bas de page donnent des exemples édifiants des libertés prises par les traducteurs plus soucieux de ménager le public et leur propre conscience.
Cette nouvelle traduction de Danièle Robert, outre quelques informations sur le vers latin et la place de Catulle dans la littérature romaine, propose des équivalents en français parlé pour rendre le texte aussi proche de celui donné voici deux millénaires. Car Catulle mêlait allègrement calembours et divers registres du langage, et n'hésitait pas à user d'expressions et d'images osées, parfois crues et licencieuses… C'est donc rendre justice au verbe de Catulle que de donner ici une version telle qu'elle était rendue et perçue voici deux mille ans. Erwan L'HELGOUACH © 2004-2007 - Les Beaux Esprits Se Rencontrent (LBESR) : Archivé édition N°3 : 01.VII.04 * * *
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