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 | GRUZINSKI Serge | | Les Quatre Parties du Monde | | | [2] Martinière (La)
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479 pages - 35 € ISBN 10: 2846751048
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| Texte | Iconographie | Pertinence | Objet | Informatif/Intéressant
Pagination > 450 p.
Historicisant
Universitaire
Appareil critique
| Cartes
Dessins / Croquis
Photos / Reproductions
Quadrichromie
Griffe originale
| Concision
Cohérence
Esprit / Génie
Pluridisciplinaire
Sujet original
| Cartonné / Relié
Grand format
Papier spécial
Maquette / Typographie
Autres / Cachet
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Ce livre, superbement illustré, détaille une réelle mondialisation dès le XVIe siècle : les navires des empires coloniaux et commerciaux, espagnols et portugais, sillonnaient les océans, échangeant hommes, biens, culture et savoirs aux quatre coins du monde… La qualité de l’exposé, l’iconographie luxueuse, et le papier glacé rangent cet ouvrage dans la catégorie des beaux-livres, et dans celle des livres rares par la thématique abordée. En effet, si l’on écrit beaucoup sur les Amériques de l’avant et de l’après Colomb, rares sont les titres qui s’intéressent aux relations des Amériques d’alors avec le reste du monde, c’est-à-dire Europe à part.
Celles-ci sont non seulement amplement détaillées ici, mais en outre le point de focalisation change pour se centrer tantôt sur la Chine ou les Molluques, tantôt sur l’Inde ou l’Afrique. On redécouvre alors la richesse ces régions à l’histoire quelque peu ignorée, dans un savant exposé sur laquelle l’enseignement européen passe pour ne vanter que les productions de la Renaissance.
Le XVIe siècle : un commerce mondialisé
L’auteur, spécialiste de l’histoire de ce continent, explique comment le Mexique devint le centre de gravité et le centre de transbordement du commerce espagnol, à mi-chemin entre l’Europe et l’Asie. L’argent du Pérou et l’or du Mexique partaient vers l’Europe mais aussi vers l’Asie, en échange d’épices, de soies, de porcelaines, etc. Avec le premier demi-million de globe-trotters en 150 ans installés ou voguant autour de la planète, la présence européenne, négligeable au regard des populations locales, contrôlait néanmoins le commerce et le pouvoir mondiaux.
Et qui dit commerce, dit aussi commerce de livres et de connaissances. Par conséquent, le métissage culturel commençant avec la colonisation, s’étendit sur tous les plans. Les chroniqueurs espagnols notent d’ailleurs l’insatiable curiosité des Amérindiens comme des Asiatiques qui, comme les Japonais modernes, surent rapidement intégrer les techniques occidentales et dépasser souvent leurs maîtres, sans jamais perdre de leur dextérité d’antan.
En Asie, au Japon par exemple, les magnifiques paravents dans le style du Yamato-E que reproduits l’ouvrage illustrent avec tous leurs attirails, Portugais, Espagnols et Arabes tels qu’ils étaient perçus dans l’Archipel. A l’image des artistes ailleurs dans le monde, les artisans nippons immortalisèrent l’appréciation du phénomène à leur manière : l’arrivée des étrangers, quels qu’ils furent, ne passa jamais inaperçue, et l’on oublie facilement l’étonnement que cela suscitait de part et d’autre.
Brassages à tous les niveaux
C’est donc surtout l’histoire des hommes qui ici attire l’attention. Si les premiers métissages entre Européens et Méso-américain(e)s commencèrent au Mexique, favorisés en cela par ma promiscuité dans les bas-fonds citadins, la fusion des peuples s’amplifia dès le XVIe siècle partout autour de la planète. Un quart de million de personnes s’embarquèrent ainsi en mer entre 1506 et 1600, et autant entre 1601 et 1650, tendance qui allait en se renforçant.
Le métissage religieux occupe une place centrale. En effet, si le catholicisme est aujourd’hui très présent du Mexique à la Terre de Feu, les premiers siècles furent ceux d’un syncrétisme entre croyances européennes et américaines… De l’autre côté de l’Eurasie, les missionnaires étaient tout aussi actifs, mais avec moins d bonheur… L’esprit pratique des Chinois était moins propice à embrasser les valeurs célestes de l’Eglise et surtout, comme au Japon, les autorités veillaient : les excès de prosélytisme furent durement sanctionnés, les victimes touchant autant les étrangers que les convertis sur place.
C’est sans doute au Pérou et au Mexique que l’on trouve les plus importants témoignages écrits. Et si l’on compte parmi leurs chroniqueurs nombre d’ecclésiastiques, il y eut aussi des Amérindiens qui se révélèrent être d’excellents observateurs de leur époque. Le XVIe est aussi le siècle des historiens qui, recueillant les nouvelles du monde entier avec certes des délais de plusieurs mois, les consignaient avec leurs commentaires…
Un livre rare
Voilà donc quelques-uns des thèmes abordés et développés à divers endroits du livre, et l’on notera un souci constant de comparaison entre les diverses parties du monde. A chaque fois, on ne peut que constater un début de mondialisation, ne serait-ce que par la diffusion croissante des techniques et des gens : les Européens n’étaient plus les seuls à voguer, il y avait aussi, surtout en Asie, des échanges dans l’autre sens.
En revanche, le texte aurait mérité d’être mieux rationalisé et plus ramassé : outre de très nombreuses redites nécessaires parfois à l’argumentaire dans un texte aussi dense, le foisonnement de détails, les envolées lyriques et les circonlocutions rhétoriques nuisent à la clarté de l’exposé. Heureusement, un index détaillé en fin d’ouvrage permet de retrouver rapidement les informations et les passages recherchés. A la lecture, on regrettera aussi dans une iconographie déjà abondante et de qualité, l’absence d’illustration d’œuvres majeures auxquelles le texte fait parfois référence. En contre-partie, le livre contient des reproductions d’œuvres magnifiques et pratiquement introuvables ailleurs dans le commerce.
Malgré ces quelques réserves, ce dernier titre de Serge Gruzinski, qui en compte une dizaine à son actif, est une prouesse et une entreprise digne d’être soulignée. Le thème synoptique du livre intéressera les férus d’histoire, surtout ceux qui s’intéressent à la diversité des cultures autour du monde. Claudio Sepulveda Schulz © 2004-2007 - Les Beaux Esprits Se Rencontrent (LBESR) : Archivé édition N°3 : 01.VII.04 * * *
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