|
|
| Texte | Iconographie | Pertinence | Objet | Informatif/Intéressant
Pagination > 450 p.
Historicisant
Universitaire
Appareil critique
| Cartes
Dessins / Croquis
Photos / Reproductions
Quadrichromie
Griffe originale
| Concision
Cohérence
Esprit / Génie
Pluridisciplinaire
Sujet original
| Cartonné / Relié
Grand format
Papier spécial
Maquette / Typographie
Autres / Cachet
|
L'auteur récidive avec l'inspecteur Harry Hole ( troisième du nom donc avec le Harry Bosch de Michael Connelly ), dans une autre facette du peuple norvégien déjà donnée dans Rouge-Gorge. L'enquête, actuelle et documentée, est toujours aussi bien articulée et bien écrite… Alors que le romancier suédois Henning Mankell a entamé notre regard d'une Suède idyllique au travers des enquêtes de l'inspecteur Wallander ( cf. La Lionne Blanche), Jo Nesbø fait de même avec son Harry Hole, reconsidérant la Norvège à travers un roman sombre et tortueux, efficace et avec un éclairage particulier sur la communauté tsigane…
Sexe, mensonges et vidéo L'inspecteur principal Harry Hole, quinquagénaire, mène l'enquête… Il combat l'alcool et la solitude en s'investissant entièrement dans son travail. Recherchant le meurtrier de son ancienne équipière Helen, il mène en parallèle une investigation approfondie sur l'auteur d'un sanglant hold-up bancaire.
Il est assisté de Beate, fille d'un policier lui-même abattu lors d'un cambriolage, laquelle analyse les bandes vidéos car elle possède un gyrus fusiforme : cette partie du cerveau indispensable à la mémoire est chez elle plus développée que la moyenne… Ainsi, elle n'oublie jamais un visage, contrairement à l'environnement, comme cherche à le vérifier Tom Waaler, qui tente de la séduire pour obtenir des informations.
L'enquête les entraîne tous les deux à côtoyer la communauté tsigane, où l'honneur prime au point de pouvoir mener un innocent en prison, pour expier une erreur ou maintenir un aîné à la tête du clan. Par ailleurs, Harry passe la soirée avec Anna, une ancienne conquête… qu'on retrouve morte le lendemain !
Or Harry, qui se réveille avec une gueule de bois carabinée, ne retrouve plus son téléphone portable et ne se souvient rien des événements des douze dernières heures… Du coup, pour bien se faire voir par sa hiérarchie, Tom Waaler le soupçonne officiellement, déclenchant une chasse à l'homme…
Une galerie de portraits réalistes On retrouve la majorité des personnages secondaires de l'équipe d'investigation de Rouge-Gorge : Ivarsson le supérieur hiérarchique qui parle toujours de théorie sans bien connaître le terrain, Møller son contraire qui soutient Harry dans ses démarches et déductions quelquefois inhabituelles, Weber le psychiatre toujours à l'écoute ( importance de l'aide psychologique accordée aux policiers norvégiens ) et prêt à conseiller en coup de pouce à l'enquête, Rakel la dernière compagne sérieuse de Harry, partie se battre pour la garde d'Oleg, son enfant né d'un bref mariage avec un Russe et que Harry semble avoir adopté comme le sien…
Et puis, il y a Raskol, le chef tsigane qui semble tirer les ficelles de l'enquête du fond de sa cellule de prison, tant il égraine les renseignements nécessaires à sa progression. Sa description elle-même est tout un poème : « Harry prit conscience du ronronnement bas d'un néon qui s'allumait et s'éteignait […] Un homme était assis bien droit sur une chaise placée exactement au milieu du mur le plus étroit, derrière une table. Ses avant-bras étaient posés de part et d'autre d'un échiquier. Ses cheveux tirés en arrière, derrière des oreilles bien droites. Il portait une tenue grise et lisse ressemblant à un bleu de travail. Ses sourcils marqués et l'ombre qui tombait le long de son nez droit dessinaient un T bien net à chaque fois que le néon s'allumait. Mais c'était essentiellement du regard que Harry se souvenait depuis l'enterrement, ce mélange contradictoire de souffrance et d'impassibilité (p.218) »…
Fond et forme Jo Nesbø a produit encore une fois un texte dense avec des situations approfondies, inscrivant son récit dans l'histoire et l'actualité norvégiennes : « ce fut une journée triste, courte et dans l'ensemble superflue. Des nuages gris plomb porteurs de pluie passèrent au-dessus de la ville sans lâcher une seule goutte, et des rafales isolées faisait froufrouter des journaux sur leur support […] Les manchettes indiquaient que les gens commençaient à en avoir marre de la soi-disant guerre contre le terrorisme qui avait pris la connotation légèrement odieuse d'un slogan électoral et qui avait de plus perdu tout son impact […] Les journaux avaient donc recommencé à faire de la place aux vedettes des reality-shows, des semi-célébrités étrangères qui avaient dit quelque chose de sympa sur un norvégien et aux projets de vacances de la famille royale (p.421) ».
Il sait également rendre la banalité des tractations où se combinent politique et égoïsme, en intégrant l'expression des sentiments de ses protagonistes, comme dans ces aphorismes de Harry : « une personne douée de morale est une personne qui tire les conséquences de sa propre morale […] pas de celle des autres (p.423) », ou encore, « la pire chose que tu puisses faire à quelqu'un, ce n'est pas le priver de sa vie, mais de ce pour quoi il vit (p.432) »…
Et puis, il y a ce mal de vivre de la jeune Beate : « on devient policier parce qu'on a le sentiment qu'il doit y avoir un ordre, un équilibre dans les choses, non ? Règlement de comptes, justice, ce genre de choses. Et puis, un jour, tu as soudain la chance de faire ce dont tu as toujours rêvé. Juste pour découvrir que ce n'est de toute façon pas ce que tu veux […] Ma mère m'a dit une fois qu'il existe une seule chose qui soit pire que de ne pas pouvoir assouvir une envie. C'est de ne pas ressentir d'envie du tout. La haine…c'est un peu la dernière chose qui reste à quelqu'un qui a tout perdu. Et puis on te la prend, elle aussi (p.424) »… Norah Guéneau © 2004-2007 - Les Beaux Esprits Se Rencontrent (LBESR) : Archivé édition N°19 : 01.V.05 * * *
|
|
|