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 | BENET Juan | | Le Chevalier de Saxe | | Titre original : El Caballero de Sajonia | [15] Passage du Nord/Ouest
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200 pages - 16 € ISBN 10: 2-914834-15-2
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| Texte | Iconographie | Pertinence | Objet | Informatif/Intéressant
Pagination > 450 p.
Historicisant
Universitaire
Appareil critique
| Cartes
Dessins / Croquis
Photos / Reproductions
Quadrichromie
Griffe originale
| Concision
Cohérence
Esprit / Génie
Pluridisciplinaire
Sujet original
| Cartonné / Relié
Grand format
Papier spécial
Maquette / Typographie
Autres / Cachet
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Juan Benet est un des grands romanciers espagnols du XXe siècle. Dans ce dernier roman, il figure au XVIe siècle un chevalier Georges à l'histoire haute en couleurs : excommunié, violé par une femme, rencontre Lucifer avec qui il a des échanges savoureux et lucides… Contrairement à l'ensemble des récits de Juan Benet qui se déroulent dans l'imaginaire province de Región, son dernier roman Le Chevalier de Saxe fait exception à la règle, et lui a préféré un cadre germanique de fin moyen âge pour relater les pensées et périples du chevalier Georges, en route vers une entrevue secrète…
Ne cédant à aucune facilité stylistique, l'auteur s'est employé à exploiter la subtile mécanique de son verbe dans les enjeux métaphysiques de ce roman difficile d'accès, tel le sang qui irrigue le complexe organisme du corps humain, en le traversant en toutes dimensions pour alimenter ses tissus, initier les battements du cœur, et lui insuffler rythme et sa vitalité… On savoure ainsi la précision du style : « je vois que ce n'est pas le meilleur moment, dit une voix dans son dos, d'un ton calme mais un peu criard et chantant, comme celui qu'adoptent certains adultes pour s'adresser à des gens et des créatures de peu d'entendement, et par lequel ils prétendent combiner (sans distinction possible), l'affection, le sarcasme et la réprimande (p.58) ». Quatre étapes
Centré sur quatre étapes développées en autant de chapitres, la narration suit l'itinéraire sinueux, voire contradictoire, de la réflexion métaphysique. De la campagne d'Ansbach à Pottmes, en passant par Eichstätt et Neuburg, les descriptions peignent le paysage morne et désolé de la Saxe de l'hiver 1531. Mais leur rareté contribue au sentiment de claustration.
Georges se fait aussi appeler Docteur et se dévoile dans l'exercice introspectif et les quelques rencontres. Mais on devine bientôt une éminente figure religieuse sous ce pseudonyme dont-il s'est affublé après son excommunication effective que demandait l'empereur par Rome. D'ailleurs, il expérimente une forme de voyage initiatique toute singulière, puisque après avoir été violé par une femme de mauvaise vie, il rencontre le Diable en personne qui le contraint à nouer le dialogue.
Cet échange présente le Malin brillamment en atteignant des sommets d'intelligence : « je le répète ce n'est pas ton âme qui m'intéresse mais bien l'esprit de rébellion qui l'anime et ta force de volonté (p.88) ». Et Satan, en parlant du Christ, poursuit : « je l'ai connu. […] Mais son caractère s'accordait mal au mien. Je me suis fait des illusions parce que j'ai pris au pied de la lettre certains de ses sermons et j'en suis venu à supposer que lui aussi désirait s'élever contre l'ordre établi et lutter pour un autre moins misérable. Mais non ; il était trop respectueux des autorités et prétendait faire de sa pusillanimité une norme de conduite (p.91-92) »…
Des échanges religieusement hétérodoxes
Après ce coup d'éclat, on attend une suite savoureuse, mais le troisième chapitre déçoit par sa confusion… dont celle du chevalier Georges, qui ne sait peut-être plus s'il est chevalier, Georges, Docteur, Martin ou Luther… Ce chapitre n'en constitue pas moins une étape décisive. Ainsi, tel le prisonnier nihiliste qui rejoint la critique de la bonne conscience formulée par Camus dans La chute, l'évêque défroqué constate les limites de son autorité et de sa force de conviction chrétienne. Lorsqu'il propose l'absolution, le prisonnier perspicace répond :
« Ecoutez-moi bien mon père ; à moi cela ne me sert à rien mais à vous, si. A vous, cela vous sert à retrouver la tranquillité, convaincu que vous avez rempli votre mission de pasteur. Vous n'avez rien à vous reprocher, on vous paie pour cela. Vous, en effet, vous partez en paix, voilà la différence. Les faveurs que vous, les curés, prodiguez retombent toujours sur vous. Vous me donnez l'absolution mais c'est moi qui vous absous (p.130) »… Dans ce coup de maître, Juan Benet donne à étudier une œuvre profonde : « le dernier des coquins lui-même assure qu'il obéit à l'appel du Seigneur et qu'il suit le chemin que lui signale sa conscience, éclairée par sa foi dans le Christ (p.156) ».
Aussi regrettera-t-on que le contexte politique soit resté trop flou ou trop complexe pour le néophyte du schisme de la chrétienté. Sans doute l'auteur reporta-t-il toute son ambition à l'examen des contextes et enjeux religieux de Europe du début XVIe siècle, qui trouvent leur expression dans ce dernier face à face entre Charles Quint ( « tout est lié : l'humanité, l'Allemagne, la conscience chrétienne et la monarchie universelle (p.188) » ) et Martin Luther ( « je ne crois qu'à la domination du Christ, au royaume de l'esprit, et je sens que la vie temporelle sera toujours plus agréable et paisible sous l'autorité d'un prince juste même s'il n'est point puissant (p.189) » )…
Parmi l'œuvre de Juan Benet, on retiendra le roman Tu reviendras à Région, ses nouvelles Treize fables et demie, ses cinq pièces de théâtre et l'essai L'inspiration et le style. Disparu en 1993, l'héritage de Juan Benet est aujourd'hui incarné par Javier Marias, à sa manière certes et à qui on doit les deux grands romans contemporains, Un cœur si blanc et Demain dans la bataille pense à moi. Xavier CHARRETON © 2004-2007 - Les Beaux Esprits Se Rencontrent (LBESR) : Archivé édition N°16 : 16.II.05 * * *
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