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 | ROMANOV Panteleïmon | | Des Gens sans Importance | | Titre original : Bez tcheriomoukhi | [19] Ginkgo
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193 pages - 15 € ISBN 10: 2-84679-027-2
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| Texte | Iconographie | Pertinence | Objet | Informatif/Intéressant
Pagination > 450 p.
Historicisant
Universitaire
Appareil critique
| Cartes
Dessins / Croquis
Photos / Reproductions
Quadrichromie
Griffe originale
| Concision
Cohérence
Esprit / Génie
Pluridisciplinaire
Sujet original
| Cartonné / Relié
Grand format
Papier spécial
Maquette / Typographie
Autres / Cachet
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Ces onze nouvelles relatent avec ironie, parfois avec humour et nostalgie, les tracas quotidiens et les amours impossibles dans la Russie des années vingt, partagée entre pauvreté et conventions héritées du passé, et la Nouvelle Politique Economique favorisant la spéculation. Auteur reconnu dans les années vingt, mais ensuite victime de la censure, Panteleïmon Sergueïvitch Romanov ( 1884-1938 ) tomba vite dans l'oubli. Deux grands thèmes s'en dégagent : les amours impossibles d'une part, et d'autre part l'absurdité du système doublée de l'apparition de la spéculation.
A travers ses personnages modestes ( ouvrier, étudiant, prêtre, femmes esseulées ), l'auteur montre et dénonce les aberrations d'un système qui appesantit la vie du peuple. Souvent traités avec humour ( Une Instruction, Des Gens mal organisés, etc. ), les menus incidents décrits rendent compte d'une réalité difficile où l'on sent poindre le désespoir… Scènes de la vie quotidienne
Ainsi, dans Les Spéculateurs, les femmes avec enfants en bas âge sont prioritaires dans la file d'attente au guichet de la gare. Chaque jour, l'endroit bondé stresse les voyageurs anxieux de manquer leur train faute d'avoir pu acheter leur titre de transport à temps. Pour pallier l'attente, ils peuvent 'louer' des enfants à un groupe de femmes venue spéculer sur le prix ! C'est pourquoi, les jours de marchés, « les gosses ont augmenté (p.16) »…
Dans Une Instruction, une autre femme pressée doit prendre le train, avec un oiseau en cage. Or le règlement prévoit l'acquisition d'un billet séparé pour « le petit bétail domestique (p.8) », après pesage. Mais comment peser l'oiseau sans la cage, puisque « c'est le poids vivant qui compte (p.10) » ? Et que faire lorsque le préposé à la balance n'a pas de poids assez léger pour peser le frêle volatile avec précision ? D'où l'attroupement cocasse où chacun y va de son joyeux commentaire sur la scène ou proposition de solution farfelue. Mais le règlement, c'est le règlement !
Dans Des Gens mal organisés, un homme attend son ami devant un magasin fermé. Très vite une file d'attente se crée, encore une, les gens pensant qu'on va vendre quelque chose. Ce quiproquo est ainsi prétexte à décrire la difficulté à s'approvisionner, à ce réflexe courant dans les anciens pays de l'Est et résumé très justement par un des personnages : « autrefois, on sortait, on achetait ce dont on avait besoin, et terminé. Aujourd'hui, nous attendons sans savoir pourquoi. Ni quand ça va ouvrir (p.21) ». Dans un registre moins grave, un prêtre oisif peine lui aussi à obtenir satisfaction : « obtenir de l'eau chaude auprès de mes domestiques est plus difficile que de se faire gracier par un bourreau (p.29) » !
Les mensonges de l'amour Parmi les nouvelles contant des amours impossibles ou mesquineries amoureuses, deux m'ont particulièrement plu par l'originalité du thème et la forme stylistique. Dans La Robe bleue, un homme blesse sa femme involontairement mais mortellement, au mariage de leur fille… Dans son agonie, la dévouée épouse ne pense qu'à son mari, pingre notoire qui ne songe qu'aux coûts si jamais elle en sortait invalide : engager et payer une aide pour s'occuper d'elle…
Les Roses, à mon sens, est la nouvelle la plus réussie du recueil. L'auteur utilisa le procédé des lettres, comme Inoué Yasushi le fit brillamment dans son magnifique recueil Le Fusil de Chasse. Ici, un vieux professeur reçoit deux lettres d'un couple d'anciens étudiants en médecine. Chacun a écrit séparément pour en cacher le contenu à son conjoint. Le mari ainsi avoue tromper sa femme, tout en lui faisant croire qu'elle seule compte à ses yeux pour mieux endormir d'éventuels soupçons. Le stratagème réussit à merveille : dans sa lettre, l'épouse dit vivre un amour sans limites dans une confiance totale, ne percevant qu'attentions et délicatesses dans l'attitude de son compagnon.
Quelques Réserves
Voilà donc pour les nouvelles que j'ai apprécié. L'autre moitié est d'intérêt inégal ( Une Rencontre ) et certaines chutes faibles ( L'Automne, Une Page vierge ). Dans l'ensemble, si elles n'atteignent pas la perfection d'un Tchékhov, elles s'inscrivent dans son sillage et méritent d'être découvertes, souvent plaisantes ou ironiques, drôles ou pathétiques. Et on leur reconnaîtra qu'elles sont bien écrites.
© 2004-2007 - Les Beaux Esprits Se Rencontrent (LBESR) : Archivé édition N°18 : 01.IV.05 * * *
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