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Pagination > 450 p.
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Cette épopée malaise composée à la charnière des XIVe et XVe siècles, traduite en France en 1874 par Aristide Marre, est enfin disponible à nouveau, étayée par un important appareil critique : rappels historiques, généalogie des protagonistes et un index particulièrement détaillé. Le royaume de Pasey, historiquement avéré et décrit par Ibn Battuta entre autres, était situé sur le flanc nord de l'actuelle province d'Aceh, celle-là même qui connut le raz-de-marée de fin 2004. Il fut annexé au puissant royaume de Majapahit, lorsque celui-ci s'étendit au reste de Sumatra.
Le Document
Il s'agit d'un récit romancé de la fondation du royaume, avec une bonne dose de mythologie, comme la fillette recueillie dans un tronc de bambou et le garçonnet sur la tête d'un éléphant. La traduction, bien qu'elle ait plus d'un siècle, reste de qualité selon les spécialistes français. Les erreurs, confusions et surtraductions sont dûment signalées dans cette version, avec force explications pour bien comprendre les allusions et concepts propres à cette lointaine partie du monde.
Cette épopée, la première du genre à avoir été conservée dans le territoire de langue malaise ( dont une grande partie du territoire indonésien actuel ) a quelques relents de document historique en ce qu'il cite les principaux noms de la lignée régnante. Mais c'est « une œuvre littéraire dont la valeur historique est à relativiser fortement. On y distingue des faits historiques réels, mais ils ne sont pas datés, et les mythes et les légendes y sont nombreux. A l'origine de ces derniers, il y a des faits avérés, mais, au cours de leur transmission orale, ils ont été considérablement déformés (intro, p.26).
Un texte didactique
Autrement, à côté de l'histoire proprement dite et qui donne tout le charme à la lecture, surtout dans sa première moitié, « les idées omniprésentes qui sous-tendent le récit de bout en bout, successivement exposées, tournent autour de deux thèmes majeurs : la légitimisation du pouvoir pour lequel elle est écrite par la sacralisation de la lignée royale, et la transmission d'une philosophie de la bonne manière de gouverner. On se trouve, autrement dit, face à un texte dont la portée idéologique est de première importance (intro, p.30) ».
Ainsi, s'agissant d'une royauté par transmission filiale, on relève force conseils de la part des rois à leurs enfants, ou proches parents selon le cas, comme ici : « quand vous ne m'aurez pas plus auprès de vous, soyez attentifs à bien gouverner, en observant fidèlement les commandements et les défenses ; par-dessus tout, gardez-vous bien de la convoitise des richesses de ce monde, mères de toutes les déceptions ; ne recherchez rien de ce qui ne vous sera pas utile au moment suprême ; donnez-vous de garde de rien faire qui puisse vous désunir ; ne vous faites tort ni offense l'un à l'autre, en quelque circonstance que ce soit […] Soyez tous deux, mes enfants, des modèles d'équité pour tous vos sujets (p.81) ».
On trouve ici l'influence de l'enseignement bouddhique sur la vacuité des biens, ainsi que dans l'emploi de certains termes ( raja, singha ). De fait, certains éléments du récit étayent l'hypothèse d'une inspiration à partir d'un mythe indien, adapté au folklore local. Il s'agit en tout état de cause d'un texte qui donne un éclairage particulier à l'histoire de ces îles voisines, jadis si prisées pour leurs épices… Gilles de ROKHA © 2004-2007 - Les Beaux Esprits Se Rencontrent (LBESR) : Archivé édition N°12 : 21.XI.04 * * *
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